« Un film appelé “Rocco” ne pouvait pas commencer par mon visage ! »

« Un film appelé “Rocco” ne pouvait pas commencer par mon visage ! »

Vendredi 10h seul face à Rocco, la peur m’habite. Mais c’est pourtant bien avec la sienne que je suis tout de suite nez à nez : Rocco Tano dit Rocco Siffredi n’est, comme son attribut, plus à présenter et pour toi qui penses que 25centim’ n’est que la monnaie d’un crous (naïf), ou juste une moyenne haute (menteur !) ce film peut t’intéresser.

Mais c’est quoi ce film d’ailleurs ? Rocco est un documentaire réalisé par les Français Thierry Demaizière et Alban Teurlai, qui après un premier essai plus que réussi sur Benjamin Millepied décident en 2014 de s’associer à nouveau. C’est en creusant sans pincettes ni vaseline pour le plus grand plaisir de MC Circulaire l’univers très particulier et fermé de la pornographie qu’ils orientent leur travail vers l’incontournable Etalon italien, le fameux Rocco Siffredi. Si ce flim n’est carrément pas un flim sur le cyclimse, ce n’est pas non plus un film X puisque par des cadrages certes un peu hasardeux mais efficace, l’absence à l’écran de sexe en érection -et oui 15 c’est au repos- de pénétrations ou encore de fellations lui permet de se soustraire à la classification -18ans (quand on sait que certains veulent quand même l’imposer au superbe Sausage Party…). Il s’agit donc là du portrait d’un homme complexe et sensible mais surtout de son rapport à une addiction et à un monde difficile et peu glamour.

 

Après 30 ans de X, 1500 films et plus de 5000 partenaires c’est peut-être en fait là la première fois que R. Siffredi est mis à nu de la sorte. Si certaines anecdotes sont tout de même empreintes d’une sexualité étonnante (la fellation express d’une septuagénaire après l’enterrement de sa mère), beaucoup d’entre elles pourraient toucher n’importe qui. Que ce soit le récit de la mort prématurée d’un frère, celui de l’affection intense pour sa mère dont il avoue souhaiter partager la souffrance, Rocco dévoile ici une intimité bien plus personnelle que la pratique pour le moins atypique de la « triple péné’ » (non on ne parle pas ici de pâtes). Mais on découvre aussi comment un jeune garçon issu d’une famille modeste du centre de l’Italie, a déjà à 12 ans le rêve de devenir une star de la pornographie. C’est selon lui à cause de son « démon entre les jambes » que ce choix fut une évidence, mais la raison semble plus profonde (bien plus profonde). La quête de célébrité, l’envie d’échapper à une vie ordinaire mais surtout ce devoir qu’il s’impose d’aider financièrement sa famille apparaissent également comme des motivations à part entière.

 

Moi et mon "démon entre les jambes"
Moi et mon « démon entre les jambes »

Le temps passe et alors qu’il s’impose déjà comme un incontournable, celui qui s’était refusé toute ambition de la sorte fonde à la fin des années 90 une famille avec son épouse Rosa Caracciolo. Mais c’est avec ce bonheur nouveau qu’il ne comprend pas mériter, que les doutes s’installent. C’est empli de culpabilité vis-à-vis de sa femme et de ses deux fils vieillissants qu’il décide en 2004 de quitter ce milieu qu’il juge impropre à sa vie nouvelle.

 

« Ma sexualité est mon démon »

 

C’est bien là le fardeau de sa décision, après avoir vécu près de 20 ans à repousser les limites de la sexualité, le sexe devenu réelle addiction plonge Rocco dans la tourmente et ce n’est pas les prostitués qui n’y changeront grand-chose. C’est là qu’il prend conscience que la pornographie n’était pas qu’une échappatoire mais aussi une nécessité, sa nécessité. Encouragé par sa femme et ses proches il revient sur la scène du X en 2009 pour le plus grand soulagement d’un monde dont il a été si longtemps le symbole. Mais ce retour marque en fait un tournant puisque c’est avec pour seul objectif de conclure sa carrière et de mieux préparer son départ de la profession qu’il est revenu. Et c’est en Californie, entouré de ses partenaires de toujours qu’il termine une folle aventure de 30 ans qui aura fait de lui l’icône de la pornographie qu’il est aujourd’hui.

 

« Le 24 tu tournes avec Rocco, le 25 on t’enterre »

 

Outre l’homme fascinant, le film tente aussi de s’attaquer plus généralement à cette industrie pornographique et c’est là qu’il semble pêcher un peu. Le film jongle en effet entre le malaise que peut provoquer la fragilité de certaines femmes -notamment d’Europe de l’est qui enchaînent tournages, violences et humiliations sans en retirer le moindre plaisir- poussées par la seule détresse économique et des fortes personnalités comme Kelly Stafford, partenaire britannique de Rocco qui assume pleinement son féminisme et sa sexualité extrême « se faire dominer par 50 hommes en même temps n’est pas la normalité de tout le monde, c’est la mienne ». On retiendra également une scène assez surréaliste où Abella Danger, jeune actrice ukrainienne, témoigne sa fascination pour Rocco en enfonçant la main entière de celui-ci dans sa gorge et ce hors cadre. Oui hors cadre, car il faut rappeler qu’une bonne partie du documentaire suit Rocco sur différents tournages où il officie en tant que réalisateur/producteur aux côtés de son cousin, dernière pépite du film. Gabriele Galetta a quitté l’industrie bancaire et rejoint celle de la pornographie où il photographie, filme et met en scène le « super pénis » de son cousin. Ce cliché de l’Italien macho qui s’excite tout le temps en fait un personnage presque attachant tant il est le souffre-douleur de Rocco et l’objet de moqueries : filmer une scène en oubliant d’enlever le cache de la caméra, faire un scénario si long que les scènes de sexes manquent, rien n’est là pour l’aider. Si ses premiers jets ne sont jamais très concluants (à l’instar de ceux de son cousin), il n’en reste pas moins un atout et un soutien essentiel pour l’homme qu’il suit partout dans le monde au quotidien.

 

Rocco en plein questionnement existentiel : "Réussirai-je à bander ?"
Rocco en plein questionnement existentiel  :   « Réussirai-je à bander ? »

     Gêné, amusé, choqué, ému, voilà une liste non exhaustive des sentiments que vous feront vivre ce film. Il n’est pas sans défaut et aurait peut-être mérité de se concentrer uniquement sur Rocco tant son personnage est passionnant, mais sa franchise et sa réalisation lui permettent de faire briller un portrait inhabituel tout en rappelant notamment aux jeunes que la pornographie et l’amour sont deux choses très différentes, en témoigne avec finesse et poésie le héros du film qui se dédouane au passage de toute misogynie : « Les femmes je les baise, ma femme je lui fais l’amour »…

 

Virgil Meyre

 

 

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