Quel méta-film d’horreur regarder ce soir ?

Quel méta-film d’horreur regarder ce soir ?

Considéré comme l’un des plus vieux genres cinématographiques (Le Manoir du diable de Méliès sorti en 1896), le cinéma d’horreur est certainement celui qui se plait le plus à constamment redéfinir, parodier et honorer ses propres codes. En plus d’un siècle d’existence, il a nourri la créativité de cinéastes exceptionnels, de Murnau à Carpenter en passant par le récemment disparu Wes Craven pour les spécialistes du genre, mais aussi Polanski, Cronenberg, Friedkin, etc. La profonde nécessité de se renouveler de manière permanente tout en faisant honneur aux maitres du passé fait de ce cinéma un terreau d’inventivité et de surprise foisonnant.

De cet environnement très codé et prompt au cliché est né le méta-film d’horreur, un sous-genre qui mise sur l’autodérision, l’humour noir ou la parodie parallèlement au récit. Qu’ils soient complètement loufoques et absurdes ou plus subtils dans leur critique, ces petits classiques sélectionnés sauront plaire aux amateurs d’humour barré et de frisson.

 

La saga Scream, de Wes Craven (1996, 1997, 2000, 2011)

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Grande saga d’horreur que tout le monde connait, Scream a renouvelé le genre slasher avec un style d’écriture méta brisant constamment le quatrième mur. Les films de la série peuvent aussi bien être classés en tant que comédies que films d’horreurs, et parodient les grands classiques des années 70/80 (dont les films de Wes Craven lui-même), ce qui leur doit vénération de la part des fans du genre. La saga a créé une véritable rupture dans l’histoire du cinéma, puisqu’on parle de films d’horreurs “pré-scream” et “post-Scream”. Elle a confortablement installé le genre de méta-film d’horreur, invitant à une remise en question et une parodie permanente. La première scène culte du premier name-drop les classiques à la chaine, et à partir du deuxième, on entre dans le domaine du méta-méta puisque le film se met lui-même en abime à travers la délirante saga Stab, équivalent de Scream mais dans le monde de Scream (il faut suivre). Dans chacun des films, les personnages devront s’inspirer des plus gros clichés scénaristiques du cinéma afin de découvrir l’identité du (ou des) meurtrier(s). Les films ne cessent de s’adresser aux spectateurs, questionnant leur rapport au cinéma (à travers un débat entre étudiants pour déterminer si il existe de bonnes sequels dans le deux, ou en faisant référence à la controverse des années 90 quant à l’influence des films d’horreurs sur les tueries américaines). Le quatrième opus peut être considéré comme de trop, moins piquant et subtil que les trois précédents.

La petite raison en plus : Carrie Fisher dans son propre rôle dans l’épisode 3.

Mood : Ambiance vidéoclub rétro et cinéphiles massacrés.

Effet secondaire possible : Désintégration de l’égo à force de mises en abimes.

 

You’re Next, de Adam Wingard (2013)

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Dernier grand slasher en date (sous-genre de l’horreur où un ou des psychopathes armés s’attaquent à un groupe sans défense), You’re Next est un bon représentant d’un style très nouveau. Le film raconte l’attaque classique d’une famille bourgeoise dans leur demeure par de mystérieux fascistes (référence à Funny Games). Jusqu’à la deuxième moitié où le film change de ton, parodiant un grand nombre des clichés du slasher, pour offrir un point de vue totalement inédit et très plaisant. Le jeune réalisateur parvient à imposer une esthétique nouvelle avec une très belle lumière et une caméra parfaitement maitrisée tout du long, assez inspirée des “films Sundance”. Le film combine d’ailleurs parfaitement la pastiche du home-invasion et de la “family comedy” bourgeoise surexploitée par le cinéma indépendant américain. Excellent film d’humour noir subtil et moderne dans ses thématiques.

La petite raison en plus : La bande son et le style très arche de Noé des tueurs.

Mood : Survivalisme et morts spectaculaires à l’arme blanche.

Effet secondaire possible : Passion soudaine pour le krav maga.

 

La Cabane dans les bois (Cabin in the woods) de Drew Goddard (2012)

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Réalisé et co-écrit par Drew Goddard en compagnie de Joss Whedon, l’idole incontestée de la pop culture actuelle, La Cabane dans les bois est un hommage parodique au genre horreur très largement inspiré d’Evil Dead. Le scénario est le même, un groupe de cinq étudiants part se ressourcer dans une cabane en forêt pour y subir l’attaque de puissances démoniaques, mais le ton est complètement différent. Contrairement à Evil Dead, c’est ici une sorte de multinationale qui semble derrière les sordides évènements, utilisant diverses technologies pour torturer les locataires dans une ambiance à la The Office. Extrêmement inventif et fin dans la parodie, le film est à conseiller à tous les fans de Whedon et amateurs de pop-culture.

La petite raison en plus : La référence très drôle aux films d’horreurs japonais.

Mood : Envie d’une riche mythologie et de références par centaines.

Effets secondaire possibles : Fumer de la weed pour se protéger du grand complot et “des gens d’en haut”.

 

La saga Evil Dead, de Sam Raimi (1983, 1987, 1993)

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Trois films cultes pour les fans d’humour noire, la saga Evil Dead a posé les bases du méta-film d’horreur. Le scénario est des plus simplistes : un groupe de jeunes part s’isoler dans une cabane dans les bois et se retrouve attaqué par des démons burlesques. Adeptes des insultes lubriques gueulées d’une voix dérangée (en référence à l’Exorciste), les démons vont tenter de posséder les invités un par un dans le premier épisode. Fort du succès de l’original, le deuxième reprend exactement le même scénario et deux des acteurs dans les mêmes rôles (l’escapade entre amis devient un weekend en amoureux), mais en poussant encore plus l’humour noire et l’aspect déjanté. Enfin, le troisième est une suite directe du deuxième et se déroule en des temps anciens où le héros, Ash, affronte une armée de squelettes à l’aide d’une tronçonneuse et d’un fusil à pompe. La saga est une référence du genre qui a beaucoup inspiré des films plus récents, notamment dans le traitement absurde de la peur. Parfait pour un marathon.

La petite raison en plus : Le kitsch assumé des effets spéciaux qui donne une tonalité encore plus chtarbé au film.

Mood : En quête de membres tranchés.

Effet secondaires possibles : Expressions faciales exagérées.

 

There’s nothing out there, de Rolfe Kaneski (1991)

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Cabane. Bois. Groupe. Jeunes. Massacre. Un film de plus qui s’inspire de ces codes pour se construire une personnalité et un humour propre. Plus besoin de décrire le scénario, la variation ici est qu’un monstre grenouille cherche à s’accoupler avec les filles du groupe. Un film sans aucun budget, au summum du kitsch, sorti directement en DVD, mais avec une écriture jouissive. Très agréable pour le côté rétro et précurseur. Comme dans Scream six ans plus tard, l’un des personnages, fan de film d’horreur, brise le quatrième mur et explique à ses camarades comment déjouer les codes du genre. Complètement cheap comparé à son successeur, mal joué, pas très fin, mais extrêmement passionné et drôle, le film est un trésor de série B.

La petite raison en plus : Le look du monstre grenouille, sorte de croisement entre Jabba le Hut et un Gremlin.

Mood : Petit budget et nostalgie ringarde.

Effet secondaire possible : “So you’re saying we’re in a movie ?”

 

Tucker & Dale fightent le mal (Tucker and Dale VS Evil), de Eli Craig (2010)

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Il semblerait qu’il y ait au final plus de méta-films d’horreurs se déroulant dans une cabane dans les bois que de véritables films d’horreurs. Même setting, donc, comme vous pouvez vous en douter, pour Tucker & Dale fight evil. On tend ici plus vers la comédie pure et dure que le méta-film d’horreur, mais bon, ça compte quand même. L’histoire : Tucker et Dale, deux pèquenauds inoffensifs, partent en vacance dans la forêt. Leurs voisins : un groupe d’étudiants qui ont regardé trop de films. Suite à un quiproquo, ces derniers sont persuadés qu’ils ont affaire à des rednecks psychopathes à la Delivrance, quand Tucker & Dale pensent avoir affaire à une secte en plein suicide collectif. Le film parodie avec humour la peur du monde rural véhiculée par le genre, enchainant des morts plus absurdes les une que les autres, et inversant les rôles. Très bon divertissement d’humour noir ultra référencé (Fargo, etc).

La petite raison en plus : Les morts digne d’un épisode d’Happy Tree Friends.

Mood : Chasse, pêche et tradition.

Effets secondaires possibles : Phobie des dude-bros à col relevé.

 

Funny Games, de Michael Haneke (1997/2007)

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On passe soudainement à un nouveau registre (maison, lac, famille), et une mise en abyme moins extravagante que les parodies délirantes précédentes. Funny Games a été réalisé en 1997 pour sa version Autrichienne, puis reproduite plan pour plan, mot pour mot, pour sa version américaine en 2007. Extrêmement provocant, le film est une critique de la société du spectacle et la mise en scène permanente de l’horreur ou la débilité, pour goinfrer un spectateur complice. Ici, deux jeunes adolescents attaquent et torturent une famille bourgeoise sans la moindre raison. L’un d’eux brise constamment le quatrième mur en s’adressant directement au spectateur, comme si ce dernier était complice de ses actes. Dans une scène, il en vient à rembobiner lui-même le film suite à la mort de son acolyte. Osé, peut-être même trop poussif, le film entend montrer à quel point l’horreur du spectacle, qu’elle soit cinématographique ou télévisuelle, est le fait même du spectateur, qu’elle est issue de sa volonté (ce que vient souligner la scène du rembobinage). Un immanquable.

La petite raison en plus : La possibilité de regarder les deux versions simultanément en multi-écrant, pour bien donner raison au propos du film.

Mood : Remise en question après une journée passée à comater passivement devant Youtube.

Effet secondaire possible : Voir double.

 

Adrien

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