73è Mostra de Venise, Frantz : un coup de cœur signé François Ozon

73è Mostra de Venise, Frantz : un coup de cœur signé François Ozon

Le cinéma français fait sa rentrée tout en beauté et retenue avec Frantz, dernier film de François Ozon présenté en compétition officielle à la dernière Mostra de Venise. Tiré d’une pièce de Maurice Rostand, L’homme que j’ai tué (1925), dejà portée à l’écran par d’Ernst Lubitsch en 1932 (Broken Lullaby), le dernier long métrage de François Ozon (Jeune et Jolie, 8 Femmes, Dans la Maison) constitue un mélodrame historique en noir et blanc qui nous plonge dans le contexte franco-allemand tendu de l’après-guerre.

 

Les tourments de la guerre; entre deuil, mensonge et culpabilité

L’histoire débute du côté des perdants, dans une ville allemande au lendemain de la Première Guerre Mondiale. La jeune et jolie Ana (Paula Beer) se rend chaque jour sur la tombe de son fiancé Frantz Hoffmeister, mort au combat. Elle découvre un jour qu’un inconnu est venu à plusieurs reprises se recueillir en secret sur la tombe. Cet homme s’appelle Adrien (Pierre Niney), c’est un ancien ami français de Frantz venant comme elle pleurer la perte du jeune soldat allemand qu’il a rencontré à Paris. Ana cherche alors aussitôt à se rapprocher de cet homme et à l’introduire dans le cercle de la famille Hoffmeister avec d’abord l’espoir de soulager sa douleur et celle des parents de Frantz. Mais Adrien est venu pour un motif précis qu’elle ignore encore. L’espoir d’un réconfort laisse peu à peu place à une réalité bien plus complexe et douloureuse.
Le film s’articule en 2 parties, si la première peut sembler parfois un peu longue et inconsistante, cette impression se dissipe avec la révélation du secret d’Adrien qui ne surprend pas vraiment le spectateur (car ne constitue pas le cœur du sujet) mais permet de donner un nouvel élan à la seconde partie du film en évoquant notamment un certain nombre de thématiques dont deux principales ; comment agir face au deuil ? faut-il mentir pour protéger ceux qu’on aime ? On se laisse alors peu à peu émouvoir par ces personnages qui enjolivent la réalité pour mieux supporter les conséquences dramatiques d’une guerre qui les dépasse totalement.

Une mise en scène soignée et subtile

La mise en scène sobre et épurée parvient remarquablement bien à transmettre le trouble et l’ambiguïté des sentiments internes contenus dans la pudeur des personnages. Les plans sont esthétiquement très beaux tel des peintures en mouvement (comme le laissait supposer l’affiche du film) et l’on peut également souligner la délicate alternance entre les images en noir et blanc associées à la mélancolie et quelques rares touches de couleurs dans les moments d’espoir ou d’apaisement, l’ensemble illustrant parfaitement les émotions des personnages.

Paula Beer, révélation de la Mostra

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La jeune révélation du cinéma allemand : Paula Beer

Enfin, une des principales forces de ce film réside dans le talent de ses acteurs ; l’ex-pensionnaire de la Comédie Française, Pierre Niney incarne de façon irréprochable (peut être un peu trop) le personnage torturé d’Adrien. Mais c’est surtout l’interprète d’Ana, la ravissante Paula Beer qui impressionne par la finesse de son jeu. Si le film donne à voir au début, les différents points de vue des personnages c’est finalement autour d’Ana que se resserre peu à peu l’histoire jusqu’à en faire la véritable héroïne. Nul doute qu’on entendra reparler très vite de la toute jeune actrice allemande dont la performance a été récompensée par le prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir. En bref, François Ozon signe avec ce film une œuvre émouvante et subtile qui ne vous laissera certainement pas indifférent.

 

C.Z.

 

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