« A La Merveille » de Terrence Malick – ✭✭✩✩✩

« A La Merveille » de Terrence Malick – ✭✭✩✩✩

Neil est certain d’avoir trouvé la femme de sa vie. Belle, pleine d’humour, originaire d’Ukraine, Marina est divorcée et mère d’une fillette de 10 ans, Tatiana.  Après avoir connu la passion à la Merveille – le Mont-Saint-Michel – le couple a décidé de s’installer dans le pays de Neil, l’Amérique, dans les vastes espaces de l’Oklahoma. Leur relation s’est fragilisée : Marina se sent piégée dans cette petite communauté américaine ennuyeuse où elle cherche conseil auprès d’un autre expatrié, un prêtre catholique nommé Quintana. L’homme a ses propres problèmes : il doute de sa vocation… Marina décide de retourner en France avec sa fille. Neil se console avec Jane mais Marina revient finalement et les deux amants tentent de préserver leur couple abîmé par leurs personnalités contrastées.

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Visuellement, on reste bouche bée. Le réalisateur des Moissons du Ciel confirme une nouvelle fois son statut de poète visuel. Ses images (et celles du directeur de la photographie Emmanuel Lubezki) transcendent le discours des personnages, créant des métaphores visuelles aussi belles que simples à saisir (pour la plupart). A la Merveille reste ainsi aussi hypnotisant de beauté que son prédécesseur.

Mais le principal problème de A la merveille est d’arriver si peu de temps après The Tree Of Life. Cinéaste qui se laissait jusqu’à présent désiré (6 films en quarante ans), Malick met désormais les bouchées doubles : A la merveille a été monté pendant qu’il tournait Knight of Cups (avec Christian Bale et Nathalie Portman) et Lawless (avec Ryan Gosling et Rooney Mara). Si on peut être ravi de cette nouvelle énergie qu’a le cinéaste, on espère qu’elle ne va pas tourner à une vaine course contre la montre pour rattraper « le temps perdu » de son début de carrière l’empêchant de renouveler son propos, car A la merveille semble parfois n’être que les scènes coupées de The Tree of Life, laissant ainsi un arrière-goût de déjà-vu et ne fonctionnant pas à elles seules. Au final, ce nouveau film ne dit rien de vraiment nouveau.

Pourtant, le début du film laissait présager une possibilité pour ce cinéaste profondément américain de se renouveler. En effet, c’est d’abord une voix française que l’on entend (et que l’on entendra le plus dans le film), c’est à Paris puis au Mont Saint Michel que nous entamons notre voyage. L’espace géographique est différent que dans les autres films de Malick mais le réalisateur revient rapidement sur le sol étatsuniens, peut-être aussi mal à l’aise que Ben Affleck dans cette vieille France. De plus, le thème en lui-même pouvait suggérer un film pleinement nouveau. A la Merveille parle d’amour. Si cette thématique est récurrente au cinéaste (« Sans amour la vie passe en un éclair » prévenait Jessica Chastain dans The Tree of Life), il était question avec ce film de mener une réflexion profonde et complète mais celle-ci ne nous convainc pas, pire elle ne nous transporte pas.

Ce thème est pourtant aussi universel que le complexe œdipien présent dans The Tree of life mais ici la sauce ne prend pas vraiment. C’est peut-être dû à des personnages figés sur la pellicule. La virtuosité de la mise en scène ne permet de masquer qu’en partie des personnages sans réelle épaisseur. Javier Bardem semble un peu perdu dans son rôle de prêtre, sûrement passé à la trappe dans la salle de montage. Son personnage a néanmoins le mérite d’évoquer le questionnement de la foi ainsi que les conséquences d’un tel dévouement pour quelque chose qui restera à jamais incertain. Mais le véritable fantôme du film est le personnage de Rachel MacAdams. Son aventure avec Ben Affleck aurait pu venir complexifier ses sentiments envers celui d’Olga Kurylenko mais il n’en est rien et la jolie blonde reste aussi insignifiante qu’une aventure d’un soir.

Après avoir atteint le sommet de l’Everest cinématographique avec The Tree of Life, Malick tourne un film pendant son voyage de retour, encore hanté par les magnifiques images qui lui avaient value les honneurs cannois en 2011. Le spectre de son dernier film plane donc sur ce nouveau long-métrage ce qui est assez pour nous intéresser l’espace d’une heure quaranten car Terrence Malick reste le seul cinéaste à l’heure actuelle à jouer dans cette catégorie de cinéma pure, cherchant une nouvelle façon de dire et de raconter, autre que celle des sacro-saints 3 actes (exposition, nœud, dénouements). Si ses prochains films continuent sur la voie ouverte par the Tree of life (narration, images), ils devront cependant s’en affranchir et s’affirmer comme uniques et autonomes dans la filmographie du réalisateur texan, sous peine de devenir insignifiants, ce que l’on peut parfois reprocher à A la Merveille.

M.C

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