Aimer, Boire et Chanter d’Alain Resnais ✭✭✭✭✩

Aimer, Boire et Chanter d’Alain Resnais ✭✭✭✭✩

ABC

Georges, euh, non, pardon, Alain Resnais, est mort. Le 1 mars 2014, le monde du cinéma était en deuil, attristé par la disparition de ce réalisateur génial et atypique. « Hiroshima mon amour », « Nuit et Brouillard », « Smoking/No Smoking », « On connait la chanson », « Vous n’avez encore rien vu »… Autant de films qui nous sont familiers bien que parfois jamais vus, autant de chefs d’œuvres que le cinéma français peut être fier d’avoir produits, autant de titres qui sonnent désormais comme des biens précieux. Mais qui est cet homme, ce cinéaste pas comme les autres dont le film « Aimer, Boire et Chanter » vient achever l’œuvre ?

Depuis les années 80, quand on pense « Alain Resnais », on pense Sabine Azéma, André Dussollier, Pierre Arditi, Jean-Pierre Bacri… En effet, il avait constitué sa bande avec laquelle il aimait tourner. Il avait également trouvé sa signature, un mélange de dessins, de plans particuliers, de mises en scène originales, qui témoignaient de son imagination débordante. Il était considéré comme un moderne de son temps, scandaleux, surprenant… et toujours jeune. Peu bavard, élégant, connaisseur, il est parti en nous laissant un dernier film qui raconte l’histoire de Georges, condamné par la maladie. Le philosophe Gilles Deleuze disait : « Resnais n’a qu’un sujet : l’homme qui revient de la mort ». Aujourd’hui, à travers ses films, et notamment celui qui vient de sortir en salle, comme ses personnages, Resnais ressuscite.

Vous pouvez trouver beaucoup d’informations et d’émissions réalisées en hommage à Alain Resnais, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Une émission qui  nous a particulièrement plu est celle de Blow-up sur ARTE intitulée «  Alain Resnais en 4 minutes » : vous pouvez aller voir la vidéo ici.   Par ailleurs, France Inter a consacré une journée spéciale au réalisateur il y a quelques jours, et on a adoré l’émission « comme on nous parle »

AIMER, BOIRE ET CHANTER

ABC 3

Georges Riley…un homme aussi intriguant qu’invisible. Un personnage mystérieux qui se révèle être l’objet de toutes les querelles. Un « fouteur de merde », en somme. En réalité, c’est Colin, médecin, qui apprend à sa femme, Kathryn, qu’un de ses patients va mourir. Elle devine qu’il s’agit de Georges, son premier amour. Bouleversée par la nouvelle, elle va immédiatement en informer Jack, le meilleur ami de Georges, et sa femme, Tamara, avec qui elle et son époux jouent une pièce de théâtre. Effondré, Jack tente de convaincre Monica, l’ex-femme de Georges, désormais en ménage avec Siméon, de revenir vivre avec lui, pour les quelques mois restants. Mais les choses s’avèrent plus compliquées que prévues…

Rentrer dans l’univers d’Alain Resnais n’est pas évident pour tout le monde. Marqué par un imaginaire très fort, un rythme assez lent, des plans qui changent brusquement, des dessins qui remplacent les séquences de la caméra (par le célèbre auteur de BD Blutch), on peut comprendre qu’il puisse agacer. Mais c’est justement ça qui fait son génie. Resnais s’amuse, comme un enfant. Il prend la caméra et nous emmène à la découverte d’un monde plein de malice. Il nous fait rencontrer des personnages singuliers, euphoriques, dépassés, tout cela accompagné par une mélodie qui résonne longtemps dans nos têtes bien après  le film.

Dans un décor de théâtre, simple , sans beaucoup de moyens, le réalisateur met en mouvement ses acteurs. Ses fidèles, Sabine Azéma, André Dussollier, Michel Vuillermoz, sont au rendez-vous, toujours aussi bons. C’est surtout le cas de Sabine Azéma, qui nous fait littéralement exploser de rire avec ses remarques et sa fâcheuse dépendance à l’alcool.

L’histoire se construit autour de Georges, personnage principal qu’on pourrait surnommer « l’homme invisible ». Il va bientôt mourir. Alors tout le monde se met en quatre pour qu’il savoure ses derniers instants. Kathryn, Tamara et Monica, ses amies, s’occupent de lui en alternance. Mais aussi invisible que charmeur, Georges réussit à troubler les cœurs, bien souvent en peine, de ces trois femmes. Bientôt, il sème la zizanie dans leurs couples respectifs.

Spectateurs, nous sommes ravis. La pièce d’Alan Ayckbourn a été parfaitement adaptée au cinéma. On se laisse volontiers transporter par les malentendus farfelus, par les querelles de couples, par les petites scènes de ménage. Avec une histoire simple et un décor sans prétention, on peut faire un film qui pétille et donne la pêche. C’est ce qu’Alain Resnais nous a prouvé, à nouveau. Dans « On connait la chanson », il nous avait séduit avec ses play-back hilarants. « Les herbes folles » nous avait attendris avec la réplique devenue mythique de la petite fille qui demande à sa mère : « Dis maman, quand je serai un chat, je pourrai manger des croquettes ? ». Avec « Aimer, Boire et Chanter » Alain Resnais achève sa carrière. Il signe son ultime création avec l’image de la mort qui sourit… une prémonition ? « La prochaine fois, on ira au cinéma » … plus pour voir un film de Resnais, certes, mais  en étant toujours conscient qu’il a contribué au meilleur du cinéma français.

 Sophie Wlodarczak

Image de prévisualisation YouTube

 ABC 4

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)