Alien : Covenant ✭✭✭☆☆

Alien : Covenant ✭✭✭☆☆

Alien : Covenant, ou « Prometheus, mais en mieux »

La saga Alien, véritable précurseur dans le genre de science-fiction horrifique, en a inspiré plus d’un et plus d’un film. Sorti en 1979, Alien le huitième passager est le second film de Ridley Scott après Les duellistes et celui qui amènera au Britannique sa reconnaissance mondiale.

Si le bon Ridley n’a pas cessé par la suite de démontrer son talent à travers des oeuvres aussi variées que Blade Runner, Thelma et Louise, Gladiator ou encore American Gangster; la science-fiction demeure le genre dans lequel il s’est le plus illustré et où il reste le réalisateur le plus prolifique.

C’est donc en 2012 qu’il revient avec une prequelle à Alien, après trois suites respectivement réalisées par James Cameron, David Fincher et le français Jean-Pierre Jeunet.


Gérer son héritage : entre rupture et continuation

Prometheus, sorti en 2012, marque le retour de Ridley Scott à la réalisation d’une oeuvre qui lui est chère. Le film a donc été pensé comme une préquelle à Alien,  l’action se déroulant en 2093 soit une quarantaine d’années avant l’action de Alien le huitième passager. Mais rapidement l’histoire s’est éloignée de celle du film d’origine pour finalement n’en garder que l’univers. La thématique de Prometheus était très vaste et ambitieuse : expliquer d’où vient l’Homme. Forcément avec un tel postulat, difficile de ne pas tomber dans le trip mystique et jouer avec les thèses créationnistes. Même si le film a quelques bonnes choses à garder, telles la mise en scène épurée et classieuse, et le personnage de David, il reste très largement mauvais, bancal et oubliable.

C’est donc sur ces bases bancales qu’a été bâtie la suite directe de Prometheus : Alien Covenant. Et comme chacun sait, on ne construit pas de maison solide sur des fondations branlantes, pas étonnant donc que ce dernier opus soit décevant.

Tout d’abord, il faut savoir qu’un prologue expliquant ce qui s’est passé entre les deux films est sorti sur Youtube avant la sortie d’Alien Covenant. Mais n’étant pas au courant de l’existence de cette vidéo, et ayant vu Prometheus il y a assez longtemps pour ne pas me rappeler de tous ses retournements alambiqués; j’étais au moins aussi perdue que les collégiens prépubères assis derrière moi. Je vous mets ici la vidéo pour que mourriez moins bête.

Sauf que ce prologue passe sous silence beaucoup de choses que le film échoue à expliquer également. on ne sait ainsi pas comment Shaw a réussi à réparer David alors qu’elle n’avait aucun outil, comment ils ont trouvé la planète des ingénieurs, d’où sortait cette nuée noire qui les a décimé, pourquoi d’ailleurs elle les a tué et n’a pas créé des Aliens par la suite … A défaut de nous éclairer sur les zones d’ombre du film, le prologue a au moins le mérite de nous rafraichir la mémoire.


Ridley, tu dérailles

Le film commence assez bien (mieux que le précédent), car il prend cette fois son temps et ne se précipite pas dans un tourbillon prétentieux et une surenchère de symboliques. On suit le vaisseau Covenant, toujours un projet de la Weyland, qui se rend sur une planète habitable, Origae-6, afin de la coloniser et d’y créer une nouvelle vie. Malheureusement, une éruption solaire (ou stellaire, ou what the fuck that is) abime salement le vaisseau, tuant au passage une quarantaine de colons et le capitaine de l’équipage.

Et après cinq minutes de film on a déjà un problème. En effet, on n’a jamais vu ce personnage et on ne comprend absolument pas qu’il s’agit du capitaine au moment de sa mort. Alors ok, le voir brûler dans d’atroces souffrances devant les yeux de sa copine c’est pas cool (et ça l’aurait été encore moins si on avait su qu’il s’agissait de James Franco), mais on ne le connait pas, on ne le voit pas avant ça, et on s’en fout. On apprend donc dans la scène suivante que ce type était le mari de Daniels, l’héroïne du film interprétée par Katherine Waterstone, l’Audrey Tautou américaine.
E
n fait, tout ce à quoi sa mort aura servi, c’est montrer à quel point Daniels est une femme forte et indépendante (d’autant plus qu’elle a les cheveux courts, donc elle est forcément badass) et qu’elle va continuer sa mission sans se laisser submerger par ses émotions de femme.

C’est donc Oram, joué par Billy Crudup (qui décidément ne joue que des mecs imbuvables et cons), qui reprend le rôle du capitaine. On apprend au détour d’un dialogue qu’on avait interdit à Oram d’être Capitaine car il est un homme de foi, un croyant, ce qui est complètement débile (mais au final prendra son sens quand on verra à quel point Oram agit de manière stupide à chaque fois qu’il lui est possible de le faire).

L’équipage se remet donc doucement de son choc et découvre un message crypté reçu d’une planète inconnue, planète qui apparemment serait parfaite pour la vie humaine. Comment est-ce possible qu’ils aient raté une telle planète après des années de recherches ? Le film ne le dira jamais.
Traumatisés par ce qu’ils ont vécu et n’ayant aucune envie d’être de nouveau cryogénisés, les membres de l’équipage et Oram décident d’aller sur la planète pour voir si elle est colonisable.

A cet instant, Daniels aura le seul instant de lucidité et de bon sens de tout le film en décidant de confronter Oram. Elle lui explique qu’aller sur une planète dont on ne connait rien alors qu’une planète parfaite qu’on a étudié pendant des décennies les attend, bah c’est clairement une idée de merde. Mais Oram décide, parce blabla la foi, de tenter le coup, quitte à risquer la vie de milliers de personnes et faire capoter leur mission.

Les personnages arrivent donc sur la planète, et après avoir quitté le vaisseau (sans casque ni masque bien sûr) explorent les lieux. Les membres se séparent (cliché), un des membres s’isole et met sa vie en péril (cliché), les personnages font des conneries (cliché), le noir meurt en premier.

Donc après que tout le monde se soit fait contaminer, on a droit à la seule scène qui fout un peu les chocottes, ce qui est quand même un comble pour un film Alien. Les chestbusters sont remplacés ici par des créatures qui t’explosent la colonne vertébrale, ce qui donne lieu à une scène assez gore pour être soulignée. Du sang, des aliens, des filles qui courent, des lance-flammes, un vaisseau qui explosent. Tout un tas de personnages dont on ne connait rien et dont on se fout meurent, et au final le reste de l’équipage se retrouve bloqué sur cette planète, ma foi fort peu accueillante.

Comme on se fout de tous les personnages et qu’on connait à peine leur nom, les scénaristes ont essayé de compenser ça par le fait que tous les membres de l’équipage soient en couple : Oram et la métisse, Tennessee et la pilote, Daniels et James Franco, et on a même droit à l’esquisse d’un couple homosexuel. Enfin faudra quand même aller vérifier sur Wikipédia que les deux hommes sont bien mariés, parce que ça va, en 2017 on veut bien que les homos se marient, mais les mettre en avant dans un film de science-fiction, faudrait pas abuser.
Par conséquent, ils prennent tous des décisions débiles parce qu’ils veulent sauver leur bien aimé. Tennessee par exemple décide de retourner sauver ses collègues parce qu’il a espoir de retrouver sa femme, ce qui est fort débile mais bon, « sinon y aurait pas de film ». Et tout cela alors que le vaisseau leur crie littéralement « ne vous approcher pas plus sous peine de faire exploser le vaisseau comme un pétard le 14 juillet ». Si si, le vaisseau dit ça, je vous jure.

C’est à ce moment là que David, l’androïde de Prometheus apparait et leur sauve la mise. Rapidement, on se rend compte que David n’est pas aussi innocent qu’il n’y parait, et après une scène très ambiguë avec son alter-ego Walter (scène très bien foutue d’ailleurs, merci Michael Fassbender x2), le spectateur découvre que c’est en fait David qui a créé les Aliens. La fan de Fassy en moi remercie d’ailleurs les scénaristes d’avoir inclus un baiser entre David et Walter, que j’attendais sans y croire réellement. Sorte de baiser de la mort, à la façon dont les facehuggers tuent leur victimes, David va se mettre à embrasser toutes les personnes qu’il a envie de tuer. David et Walter finissent par se battre, et puis cut.
Les quelques rescapés et Walter réussissent à regagner le vaisseau, et après un combat ultime et très peu réaliste entre Daniels et le xénomorphe, le vaisseau sort de l’atmosphère peu hospitalière de la planète. Happy ending. « Lol » te dit Ridley.

Capture d’écran 2017-05-24 à 16.08.08

Mais quand on connait un peu la structure des films Alien, on sait qu’au lieu que les films soient construits en trois actes (exposition, complications, résolution), ils sont construits en quatre actes avec un twist final.
Je pensais que le retournement Walter/David allait constituer le 4eme acte, alors qu’il est en fait le « 5eme ». Mais franchement, qui se doutait encore que Walter n’était pas Walter ?
L’ellipse sur le combat et la présumée mort de Walter, le gros plan sur le bras coupé de David pour souligner le fait qu’il a fait attention à ce détail; tout est fait pour laisser le spectateur dans le flou comme si il était un sombre idiot.

On apprend donc juste avant la fin que David a pris la place de Walter pour répandre la race Alien parmi les colons et ainsi détruire la race humaine pour faire prospérer celle des Aliens. Pourquoi ? Parce que selon lui, il s’agit de l’espèce vivant la plus parfaite qui ait jamais existé.
D’autant plus que David, étant un androïde, est la création directe des hommes, la créature de Peter Weyland. Et les hommes sont eux mêmes la création des Ingénieurs (comme expliqué dans Prometheus). Ainsi après avoir détruit les créateurs de ses créateurs, David veut anéantir ses créateurs. Pourquoi ? Peut-être simplement parce qu’il en a le pouvoir … 

Le film n’est donc pas tant mauvais qu’il est décevant, car c’est un film Alien et qu’en plus c’est un Alien de Ridley Scott. Il est certes plus compréhensible et clair que Prometheus, mais le film reste très flou dans ses intentions et dans ses messages. L’histoire entière repose sur des décisions débiles que prennent les personnages, et le twist final, bien qu’intéressant, est trop prévisible et très mal amené.
Reste plus qu’à attendre 2019 pour voir ce que Ridley a encore sous le pied avec Alien : Awakening.

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Mathilde

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