Amour, de Michael Haneke

Amour, de Michael Haneke

 

Amour de vieillesse
Rester enfermé pendant 2h dans un huis clos, avec un couple d’octogénaire affrontant la mort, voilà de quoi faire fuir n’importe quel spectateur normalement constitué. Et même si la question de l’amour pendant la vieillesse est devenue un sujet très à la mode ces derniers temps (émissions sur les sites de rencontre pour personnes âgées, livres comme Le Coeur n’a pas de rides ou encore la dernière comédie de Meryl Streep, Tous les espoirs sont permis, qui veut prouver que la sexualité passé 60 ans est encore possible… !), le dernier film de Michael Haneke, à l’affiche très peu sexy, n’a a priori rien pour déclencher la frénésie des foules.

Splendeur de Palme

Cependant, ce serait mal considérer le jugement de notre cher festival de Cannes, qui palme pour la 2e fois en 4 ans le réalisateur autrichien. Et ce n’est pas pour rien. Le début du film nous propose un face-à-face avec une foule de spectateurs assis dans un théâtre (ce plan n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui qui ouvre Holy Motors de Leos Carax, et qui permet aussi au spectateur d’adopter un point de vue réflexif sur son propre regard de spectateur). Parmi cette foule, se trouvent nos deux héros. Pourtant, le spectateur ne les remarque pas… Ce n’est qu’au plan suivant, les observant dans le bus, le regard enjoué et amoureux, que le spectateur leur découvre tout à coup une certaine aura.

Oublie donc tes préjugés, ami spectateur ; ces héros si peu habituels, qui t’apparaissent d’abord inaperçus, ont finalement tout d’héroïque ! Invitant le spectateur à s’installer l’espace d’un instant dans un élégant appartement haussmannien aux couleurs chaleureuses et boisées, le film n’a en vérité rien de macabre. Chaque plan – et pour la majorité des plans fixes – apparaît comme un véritable tableau de théâtre, dont la composition harmonieuse et recherchée ne cesse d’émerveiller le spectateur. La complicité des deux personnages demeure toujours aussi éclatante ; leur Amour incroyablement authentique et résistant.

Immortalité
Mais brusquement, le noir du fauteuil roulant contraste nettement avec le bois huilé de l’appartement… L’approche de la mort convoque avec elle le terrible retour au début de l’enfance (la couche, la lutte pour donner à manger, l’apprentissage de comptines ou encore la difficulté à s’exprimer). Dès lors, c’est bien essentiellement de la mort, dont il est question dans ce film, de la difficulté à affronter et à endurer cette épreuve terrifiante. Pourquoi alors, l’intituler Amour ? Manque d’honnêteté de la part du réalisateur ? La Mort, comme un tabou encore trop lourd pour nous aujourd’hui ?

C’est que ce film, avant d’être un film sur la maladie et la fin de vie, est surtout le portrait de l’incroyable courage de celui qui l’accompagne. Courage uniquement nourri par l’Amour. Si les couleurs chaudes finissent par l’emporter sur le macabre, c’est parce qu’en définitive, l’Amour s’avère bien plus fort que la Mort. Et c’est tout ce que le film finit magistralement par montrer et faire ressentir. Quelque chose de grandiose, de transcendant survit ; et ce sentiment d’immortalité est sans doute la marque même du film sur le spectateur, que ce dernier n’oubliera pas de sitôt. C’est ce qu’on appelle un chef-d’œuvre.

Marion Attia

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