Argo, de Ben Affleck

Argo, de Ben Affleck

Finie l’époque où Ben Affleck enfilait sa combinaison rouge pour jouer Daredevil le super-héros. Déjà avec Gone Baby Gone et The Town, son passage derrière la caméra était plutôt réussi, aujourd’hui avec Argo, c’est bel et bien dans la cour des grands qu’entre Ben Affleck. Il nous en met plein la vue et prouve qu’il est un réalisateur extrêmement doué.

Le film se déroule entre Téhéran et Hollywood. Il commence par une scène de manifestation d’étudiants iraniens devant l’Ambassade américaine qui réclament le retour du Shah des Etats-Unis pour qu’il soit jugé en Iran. Des drapeaux américains brûlent, les slogans sont remplis de haine, de colère et de violence. Cette scène, oppressante car majoritairement tournée par des manifestants à l’aide de caméras Super8, plonge directement le spectateur au cœur du suspens. Un suspens qui nous tient en haleine jusqu’à la fin du film – et atteint son summum lors de la scène de l’aéroport où l’on ne peut s’empêcher de s’agripper à son voisin. Et puis l’ambassade américaine est assaillie, 52 membres sont pris en otages, 6 réussissent à s’échapper mais très vite les ravisseurs vont réaliser leur disparition. C’est pourquoi il faut rapidement les exfiltrer, et ça c’est le boulot de Ben – qui finalement joue encore les super-héros sans la combinaison cette fois, mais en tant qu’agent barbu de la CIA (Tony Mendes) arborant un look seventies qui le rendrait presque encore plus sexy qu’avec son uniforme de pilote dans Pearl Harbour. Il va monter un plan pour les sortir d’Iran : réaliser un faux film – avec l’aide du parfait duo comique formé par Goodman et Arkin.

En tournant ce film, Ben Affleck relève plusieurs défis. Tout d’abord, les scènes de manifestations de haine envers les Etats-Unis ne sont pas sans rappeler celles qui ont récemment éclatées avec la diffusion du film « Innocence of Muslims ». On comprend qu’avant tout Ben Affleck n’est pas un playboy hollywoodien mais bien un cinéaste qui se questionne sur les problèmes actuels. Et il le dit lui-même : « je n’ai pas fait un film sur l’Iran par hasard ». Passionné par cette région du monde et diplômé en études moyen-orientales, Ben Affleck s’est inspiré de films iraniens tel Persepolis notamment pour le prologue animé qui resitue le spectateur dans le contexte historique du film. Et puis c’est aussi un défi de tournage car Argo c’est trois films en un seul, difficile alors de ne pas perdre le spectateur. Pourtant on reste captivé et scotché à notre siège pendant deux heures dans un suspens grandiose alors même que l’on connaît le dénouement de l’histoire. Et c’est peut-être ça le plus fort.Ben Affleck jongle subtilement entre rire et suspens, fiction et réalité, satire hollywoodienne et drame historique. Il réussit un coup de maître en réalisant ce thriller politique, certes un brin patriotique mais plein d’humour, ce qui n’était pas gagné avec un thème si brulant et inspiré de faits réels. Alors est-ce qu’on préfère Ben devant ou derrière la caméra ? Difficile de trancher.

Léa Nogier

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