L’été ciné 2018 – Film #8 : The Breakfast Club (1985)

L’été ciné 2018 – Film #8 : The Breakfast Club (1985)

Dans la famille des teen movies américains, je demande le plus classique d’entre tous, j’ai nommé The Breakfast Club. Sorti en 1985, ce film met en scène cinq adolescents condamnés à passer leur samedi entier ensemble en retenue, (plus ou moins) surveillés par un professeur assez peu commode.

Ce scénario, quoique pouvant paraître assez peu original, permet à chacun des élèves de se révéler. Ils sont tous très différents et leur réunion ne rend la chose que plus croustillante. Lorsque le huis-clos comporte une fille à papa et prom queen, un intello sans faille, un sportif imbattable, un rebelle provocateur à moitié punk et une fille paria du lycée, sans amis et sauvage, on se doute que le cocktail va être des plus détonants.

Alors que tout semble joué dès le début, que chacun a un rôle prédéfini et une image qui lui colle à la peau, le temps va défaire les a priori et permettre à chacun de s’en détacher. Les jeunes acteurs offrent une sensibilité touchante et parfois insoupçonnée ; s’y attacher voire s’y identifier un tant soit peu n’est pas chose difficile.

« Qui êtes-vous ? », c’est le thème de l’essai sur lequel nos jeunes élèves fautifs doivent plancher. Et cette question, pourtant simple en apparence, ne reste pas sans écho pour ces adolescents qui abordent avec humour les sujets de doute les plus communs à cet âge, qui sont sans grands étonnements la sexualité et la relation avec ses parents.

Le film offre assez peu de surprises, mais ce n’est pas ce qui compte, parce que le regarder, c’est l’assurance de passer un bon moment, de rire un peu, et de se remémorer ces années où on réunissait le peu de courage présent en soi pour bredouiller un maigre « oui, j’ai un stylo rouge » à son crush en espérant qu’il/elle croit que cette soudaine rougeur faciale était uniquement due à la chaleur du mois de décembre, ou encore où on passait plus de temps à dormir chez son/sa meilleur.e pote que chez soi pour éviter l’ire parentale, les cris et les pleurs. (C’est un tableau grossier, mais je parle bien de la période souvent qualifiée « d’ingrate » qu’est l’adolescence.)

Bref, un film léger qui commence avec bon goût sur Don’t you forget about me des Simple Minds et qui comporte une scène de danse à ne surtout pas manquer pour que votre été soit plein de bonne humeur et de déhanchés endiablés.

 

Emmeline Ruellan

L’été ciné 2018 – Film #7 : Thelma et Louise (1991)

L’été ciné 2018 – Film #7 : Thelma et Louise (1991)

Thelma et Louise, roadtrip féminin et féministe cultissime réalisé par Ridley Scott, sort en 1991. Non content d’être le film qui nous fera découvrir Brad Pitt au grand public,  il a raflé au passage un Oscar et un Golden Globe pour le meilleur scénario original la même année.

Le film met en scène deux copines, Thelma (Geena Davis) et Louise (Susan Sarandon),  qui, pour échapper à leurs conjoints, décident de partir en week-end toutes les deux.

A la suite d’une soirée arrosée dans un bar de cow-boys, un homme essaie de violer Thelma qui est sauvée in extremis par Louise qui l’abat d’une balle de revolver. Commence alors une cavale pour les deux jeunes femmes,  rythmée par l’enquête d’un inspecteur interprété par le brillant Harvey Keitel.

Le film est très bien réalisé, très bien interprété,  très bien écrit et nous offre des paysages majestueux du début à la fin. Donc déjà rien que pour (tout) ça, c’est un incontournable et c’est un bonheur.

Mais au delà de ces qualités, le film a le mérite de mettre en scène deux protagonistes femmes, fortes (surtout Louise, Thelma prend plus de temps à s’affirmer)  et d’avoir été scénarisé par une femme, Callie Khouri, dont c’était le premier scénario.

27 ans plus tard, on peine à  voir le début du commencement d’une parité hommes/femmes dans le milieu du cinéma  et à peine la moitié des films passe le fameux test de Bechdel (l’œuvre fait intervenir deux femmes identifiables par un nom, ces deux femmes discutent entre elles, elles parlent d’autre choses que d’un personnage masculin).  Thelma & Louise a donc  été un petit OVNI dans le paysage cinéma de l’époque et reste donc depuis une figure du féminisme au cinéma et même du féminisme tout court. En outre, la fin du film est loin des codes de l’époque et constitue un véritable symbole de liberté et de libre arbitre. Cette fin a d’ailleurs été écrite en premier dans le script par la scénariste.

Mélange de buddy movie, de road movie, de film policier, de drame mais aussi de comédie ; la musique est composée par Hans Zimmer, qu’on ne présente plus.

Ce film est un très bon film, et encore mieux à voir pendant l’été car il en porte et en représente tous les codes. Il parle de l’émancipation, de la liberté, de l’escapade entre amis, de la découverte sexuelle, de l’indépendance. Il dépeint la chaleur et les grands paysages, le sable, la poussière et des voitures qui filent sur des routes qui n’en finissent pas.

 

Mathilde Labouyrie

The Dark Knight: Not the movie we deserved, but the one we needed.

The Dark Knight: Not the movie we deserved, but the one we needed.

Synopsis

Avec Batman Begins en 2005, Christopher Nolan était parvenu à réaliser l’impossible, à savoir redorer le blason du chevalier masqué sur grand écran, sept ans après le calamiteux Batman et Robin. Les nouvelles origines du mythe de l’homme chauve-souris furent convaincantes, et dès lors, la question était désormais de savoir comment le justicier Batman allait mener son combat contre le vice et la corruption de Gotham. Plus particulièrement, comment allait il gérer l’escalade de criminalité que son apparition a suscitée ?

Cette escalade est annoncée dès la fin de Batman Begins par le biais d’une carte, celle du Joker. Ainsi est la double-interrogation soulevée par The Dark Knight : le chevalier noir sera-t-il en capacité de lutter contre le chaos qui s’installe à Gotham ? Bruce Wayne parviendra-t-il à résoudre les questionnements qui le rongent concernant sa double identité ?

“Not just a movie, but an event.”

Il me tenait à cœur d’écrire sur cette œuvre dans la mesure où il s’agit très certainement d’un des films m’ayant le plus marqué. Lors de sa sortie en 2008, je n’avais pas visionné le premier opus de C.Nolan, et ne voyais en Batman qu’un super héros de série b (les dessins animés des années 2000 étant à des années lumières de la cultissime série animée de 1992 créée par B.Timm et P.Dini).

C’est alors à ce moment que la magie du septième art opère : venu avec des attentes minimales, je suis ressorti de la salle avec le sentiment que les 2h30 qui venaient de s’écouler allaient avoir un impact certain sur ma vision du cinéma. Ce terme d’impact peut paraître exagéré, mais il est en réalité entièrement justifié. De fait, outre la découverte du réalisateur Christopher Nolan (Inception, Memento, Dunkerque, Interstellar, Le Prestige …), de l’univers passionnant des comics et des autres adaptations de l’homme chauve-souris, The Dark Knight m’a permis de vivre une expérience en salle unique.

Cette expérience, c’est avant tout la découverte d’une réalisation maîtrisée de bout-en-bout, d’une bande originale des plus épiques et émouvantes, et d’un scénario et casting parfaits. La performance d’Heath Ledger demeure encore gravée dans les esprits comme l’atteste le récent I am Heath Ledger, tandis que la noirceur de certains messages et la tension constante du long-métrage viennent réellement produire une expérience, dans la mesure où l’immersion du spectateur avec le film est totale. Il faut en effet se remémorer qu’avant 2008, et ce malgré certaines exceptions notables (tel le brillant Unbreakable de M.Night.Shyamalan),  toute personne visionnant un film de super-héros était confrontée à des codes extrêmement conventionnels. Bien que le Marvel Cinematic Universe vienne les entériner dans les années 2010, parfois de façon adroite, The Dark Knight constitue encore à ce jour un véritable ovni en la matière.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur la réussite de The Dark Knight. C’est pourquoi je vous propose de revenir sur la grandeur de ce film par le biais de scènes clés qui constituent son essence et contribuent à son statut de film culte. En dépit de la qualité incontestable de l’ouverture du braquage de banque, du tour de magie du Joker, de la réception au sein du penthouse Wayne, de la destruction de l’hôpital, ou encore de l’expérience sociologique des ferries (pour ne citer qu’elles), nous nous contenterons d’analyser deux scènes magistrales : Celle de l’interrogatoire entre le Joker et Batman, et la confrontation finale entre Batman, le commissaire Gordon et Harvey Dent.

Agent of Chaos

C’est en visionnant la scène de l’interrogatoire et en s’intéressant à sa conception et réalisation que l’on peut tout de suite saisir la réussite de The Dark Knight. Cette réussite est bien sûr due à la superbe écriture de C.Nolan, J.Nolan et D.S Goyer, mais doit également  à l’implication totale des acteurs sur ce projet.

De fait, cette scène, qui apparaît en milieu de film, a été tournée lors des trois premières semaines d’un tournage de sept mois ! Si cela a permis à Heath Ledger et Christian Bale de se mettre directement dans le bain, les deux acteurs étant enthousiastes à l’idée de tourner cette scène très tôt, il n’en fallait néanmoins pas un talent certain pour l’accomplir. Les performances des deux acteurs, auxquels Nolan a donné beaucoup de liberté (le coup de la tête sur le bureau n’était par exemple pas scripté, mais réalisé à la demande de Ledger) ont très certainement donné le ton pour le reste du tournage.

C’est d’ailleurs dans sa tonalité que cette scène surprend et en reste mémorable. Initialement, le spectateur peut légitimement penser que la présence du Joker dans cette salle constitue un élément de résolution : Ce dernier vient enfin d’être capturé, après avoir tenté de tuer celui qu’il pensait être Batman, à savoir Harvey Dent. Néanmoins un nouvel élément perturbateur s’interpose : Harvey n’est jamais rentré chez lui.

Batman se présente donc au Joker pour le faire parler. Alors que la tension est à son comble, la première partie de la scène est d’un calme extrême, avec deux ennemis qui se livrent un dialogue d’1min47, ou du moins, avec un Batman contraint d’écouter le monologue du Joker. Le chevalier noir est en quête de réponses, tandis que le Joker en profite pour le tester et se jouer de lui. Ce jeu repose sur l’énonciation de vérités, particulièrement difficiles à accepter, du fait qu’elles émanent d’un psychopathe. C’est ce monologue qui entérine l’idée que, pour la première fois, Batman est face à un ennemi qu’il ne pourra battre.

Ce dernier confiait plus tôt à Alfred que les criminels n’étaient pas compliqués, et qu’il fallait simplement comprendre leurs motivations.  Or, le Joker est précisément insaisissable et c’est là que réside toute sa dangerosité. Au-delà de sa folie, le Joker est parfaitement lucide sur les implications du combat de Batman : Son apparition empêche tout retour en arrière, ses méthodes l’empêchent de prétendre à être un réel symbole de justice, et son action durera tant que les forces de police n’auront pas de raisons d’en faire un paria. Inversement, avant cet échange, Batman ne dispose pas des clés lui permettant de comprendre qui est réellement le Joker : Il n’est absolument pas une ordure qui cherche à tuer pour l’argent. Il est un agent du chaos, le revers de la chauve-souris, sa parfaite Némésis, celui qui le complète.

Cette scène, avant même qu’Harvey ne bascule dans la folie, est annonciatrice de la victoire du Joker. Au moment où celui-ci révèle que Dent n’est pas le seul otage, Batman perd totalement son contrôle. Néanmoins, sa force physique ne lui procure aucun avantage sur le clown prince du crime, grand vainqueur de cet affrontement psychologique. Cette impuissance est d’ailleurs traduite à merveille par le jeu de Christian Bale, au regard décontenancé et aux mains tremblantes, ainsi que la caméra mouvante, traduisant un Batman qui cède totalement à ses pulsions.

Cette révélation de la double prise d’otage est d’autant plus surprenante qu’elle démontre la toute-puissance du Joker en tant qu’ennemi de la chauve-souris. Sans même connaître son identité, il parvient à affaiblir l’homme derrière le masque en s’en prenant à ses proches. Le Joker est alors le premier, et peut-être le seul, à ne pas voir Batman comme un être élémentaire ou un symbole terrifiant, mais comme un homme fait de chair et de sang, qui peut être blessé et donc détruit.

Outre les bons jeux de lumière, inexistante au début puis surexposée au moment de l’apparition de Batman, il convient de souligner la justesse de C.Nolan d’avoir supprimé la séquence originelle du coup de boule. Cette suppression permet de mieux laisser place à la spontanéité de Batman, qui décide de relâcher brusquement le Joker après son aveu, afin de pouvoir sauver Rachel.

En plus de démontrer l’esprit de génie du Joker, sa perversité, sa grande intelligence, sa capacité de discernement et la justesse de sa vision sur Gotham qui se confirmera dans The Dark Knight Rises, cette scène pose donc à merveille la question du combat de Batman ainsi que sa relation avec le Joker.

You either die a Hero, or you live long enough to see yourself become the Villain

Au moment où Gordon arrive pour tenter de sauver sa femme et ses enfants des griffes de Dent, ce dernier ne lui manque pas de franchise. Le lieu du kidnapping n’a rien d’anodin puisque c’est ici que Rachel a été enlevée, et qu’elle y a péri, et dans une certaine mesure que Double-face est né.

Si cette scène est tant réussie et mémorable, c’est du fait qu’elle constitue une parfaite scène de résolution. En quelques répliques, tous les enjeux du film nous sont rappelés, laissant l’occasion au spectateur de constater les échecs de chacun des protagonistes : Gordon, fautif d’avoir davantage placé sa confiance en ses équipes corrompues qu’en Harvey, demeure persuadé que cette confiance était un mal nécessaire pour vaincre la pègre. De son côté, Double-face, lucide depuis le début de son combat, cède à ses pulsions destructrices suite à la perte de sa bien-aimée.

La performance de Aaron Eckhart en est alors bouleversante. Alors qu’Harvey est dépeint tout au long du film comme l’ultime espoir de Gotham, il s’avère finalement faillible, car humain au contraire du symbole de Batman. Avec Harvey Dent, on observe le sombre reflet de Bruce Wayne : Bruce a choisi de lutter contre le crime pour venger la mort de ses parents, et de poursuivre cette quête malgré la perte du seul être qui lui donnait une chance de retirer son masque. Harvey, quant à lui, a plongé dans la haine et dans ses pires démons, convaincu que l’on ne peut être admirable et honorable en des temps détestables. Ce criminel qui s’ignorait n’a plus qu’un but ultime, se venger, clamant au commissaire qu’il est conscient du fait qu’il n’y a pour lui aucune échappatoire possible.

Arrive alors le chevalier masqué qui tente de raisonner le chevalier blanc déchu. D’aucuns pourraient souligner une facilité scénaristique, dans la mesure où Batman était potentiellement dans la capacité de neutraliser Dent et de sauver le fils de Gordon sans avoir à discuter avec l’ancien procureur de Gotham.

Cependant cela nous aurait non seulement privé du dialogue le plus émouvant du film, tout en omettant une facette clé de l’homme chauve-souris à ce moment précis. Malgré le fait que le Joker ait retourné Dent en sa faveur, prouvant que « tout ce qui différencie un fou d’une personne saine d’esprit c’est un mauvais jour » (The Killing Joke, Moore), Batman ne considère pas Harvey comme un criminel et demeure persuadé qu’il est encore possible de le sauver et de le raisonner. Mais l’excellent travail de photographie de Wally Pfister soulignait déjà fortement que le retour en arrière était impossible pour Dent. Au début de la scène, Dent a son visage dans l’ombre, dissimulant son profil gauche ravagé, sans pour autant masquer la dureté de ses traits épargnés par les flammes. Lorsqu’il est totalement mis en lumière, cela ne vient que nous confirmer qu’Harvey Dent, le meilleur d’entre eux et le réel symbole d’espoir de Gotham, est bien mort, ayant laissé sa place à Double Face. Malgré sa juste vision sur l’idée que la chauve-souris a sous-estimé l’indécence de ses ennemis et de ceux qu’il protégeait dans son combat, Dent est devenu lui-même l’agent du chaos qu’il a combattu, ne jurant que par le hasard et son prétendu caractère de justice élémentaire.

Et pourtant, en dépit de sa prétention à vouloir faire confiance à la seule chance pour juger les personnes responsables de la mort de Rachel, Dent désobéit lui-même aux règles qu’il s’était fixé. Alors que la pièce retombe du bon côté pour Batman, Harvey l’abat froidement, illustrant par cette action que sa haine a définitivement pris le dessus.  Il est à noter dans cette scène la superbe composition de James Newton Howard, Watch the World burn.

Son travail, trop souvent éclipsé par le thème plus mémorable du Why so serious aux cordes frottées insidieuses de Hans Zimmer, a pourtant été décisif dans la construction dramatique de cette interaction. Ce thème vient sublimer le dernier dialogue de Double-Face avec Gordon (dialogue qui fait directement écho à la dernière discussion entre Harvey et Rachel) tout en illustrant à merveille la victoire du Joker : les trois hommes qui se sont dressés contre lui s’en sont retrouvés brisés, et à deux doigts de s’entretuer.

Malgré leurs erreurs et défaite, C.Nolan parvient tout de même à nous rappeler subtilement que ces trois justiciers en demeurent des hommes bons : Pour aucun des trois, la pièce n’est tombée du mauvais côté…

 

Maxence Van Brussel

L’été ciné 2018 – Film #6 : Le Grand Bleu (1988)

L’été ciné 2018 – Film #6 : Le Grand Bleu (1988)

Regarder Le Grand Bleu, film incontournable du cinéma français réalisé par Luc Besson il y a 30 ans, c’est d’abord avoir du temps devant soi (2h48 quand-même). Mais il faut aussi prendre son temps. Prendre son temps pour voir au-delà de l’histoire, basée sur la vie de Jacques Mayol, célèbre apnéiste de son époque, que le réalisateur romance assez librement.

La lenteur et le charme contemplatif de ce film collent à merveille avec la chaleur estivale et la légèreté des vacances. Mais c’est surtout pour l’omniprésence de cette grande surface bleutée appelée « mer » que ce film est un compagnon idéal en cette douce période.

Certes, on suit la vie de Jacques qui entretient avec Enzo une amitié qui pourrait être qualifiée de malsaine : les deux hommes sont rivaux dans le domaine de la plongée libre et s’affrontent régulièrement lors de compétitions pour savoir qui des deux sera le meilleur et ira le plus profond. Certes, Jacques vit avec la belle Johanna une histoire d’amour qui, du fait de la passion que le plongeur a pour l’océan et ses dauphins, est loin d’être paisible.

Mais loin du tumulte de ces agissements humains, Luc Besson aborde un sujet très prisé des écrivains et des poètes, à savoir la relation qui lie l’homme et la mer. Le dernier vers du poème « L’homme et la mer » de Baudelaire, « Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! » exprime, à mon sens, assez bien ce que j’ai ressenti lorsque j’ai regardé ce film. C’est-à-dire que je le conçois comme une ode à ce gouffre qui fascine, impressionne, terrifie, passionne, émerveille, inspire et aspire tant d’hommes.

Si d’ailleurs la relation de Johanna et Jacques n’est pas apaisée, c’est parce qu’elle est peut-être le reflet de l’opposition entre la terre ferme et les eaux profondes. Johanna est une femme bien ancrée sur terre et qui a des projets de vie on ne peut plus terrestres, tandis que Jacques échappe à ces considérations-là et se déplace plus aisément dans l’eau au milieu de sa « famille » composée de dauphins que sur terre.

Ainsi, si le film réunit deux éléments, la mer et le soleil, qui riment avec vacances, il n’en garde pas moins l’accent du drame. Envouté et guidé par la musique exceptionnelle d’Éric Serra, le compositeur fétiche de Besson, le spectateur ne peut que pressentir un dénouement qui ne sera pas des plus roses.

Le Grand Bleu est parsemé de dialogues courts et exacts, Jacques y décrit la sensation de plonger ainsi : « C’est comme si je glissais sans tomber. ».

La suite est malheureusement plus cruelle : « Le plus dur, c’est une fois en bas. […] Il faut une bonne raison pour remonter. J’ai des fois du mal à en trouver une. »

 

Emmeline Ruellan

L’été ciné 2018 – Film #5 : Before Sunrise (1995)

L’été ciné 2018 – Film #5 : Before Sunrise (1995)

Céline, une étudiante française et Jesse, un américain, font connaissance à bord d’un train qui les amènera à passer une nuit ensemble à Vienne en Autriche. Voila le synopsis très simple de ce beau film qu’est Before Sunrise (1995) de Richard Linklater. On pourrait s’attendre à de gros rebondissements, un peu d’action, un retournement de situation à la fin pour pimenter l’histoire ? mais non, ce n’est pas vraiment le but de ce film. Le spectateur se retrouve en immersion complète dans cette relation qui se crée entre ces deux personnages. A ce stade de l’histoire, une question ressort : qu’est-ce que deux inconnus vont bien pouvoir se raconter pendant une nuit entière ? L’interrogation semble légitime et pourtant, nous sommes rapidement invités à entrer dans leur histoire basée sur de longues discussions très profondes sur la mort, l’amour, les relations humaines et anecdotes assez précises sur leur vie… sans une once de jugement entre eux, ce qui leur confère une confiance grandissante pour se découvrir.

L’histoire est filmée de sorte que nous nous concentrons réellement sur Jesse et Céline, ce sont, tout d’abord, les deux seuls personnages, les personnages secondaires ne sont alors que des prétextes pour cerner encore mieux les deux protagonistes, les longs plans séquences de leur dialogue donnent une impression très naturelle de leur discussion offrant au spectateur la sensation de regarder un documentaire sur leur vie sans jamais les quitter des yeux. Ce procédé nous conduit à vivre de façon très réaliste leur complicité naissante ce à quoi s’ajoute la quasi absence de musique donnant à Jesse et Céline le monopole de la parole.

Ethan Hawke et Julie Delpy apparaissent dès lors comme l’un des plus beaux couples du cinéma des années 90, leur osmose se ressent tout au long du film, leurs regards et leur timidité mêlés d’envie traduisent à merveille le début d’une relation.

Finalement, pendant ces 1h40, nous sommes embarqués dans une histoire d’amour de façon à la fois intrusive et étonnement agréable (cf la dernière photo). Après le générique de fin, parler avec un inconnu dans le métro paraîtra beaucoup plus charmant, mais surtout le réalisateur laisse le spectateur dans l’attente d’une suite à cette belle nuit ! C’est ce que nous offre Richard Linklater dans deux autres volets sortis à 9 ans d’intervalle. Un procédé que Linklater utilisera également en 2014 pour le film Boyhood, réalisé en 12ans qui donne un aspect tout aussi réaliste à l’histoire et aux personnages qui évoluent, Ethan Hawke est encore de la partie pour notre plus grand plaisir.

Si la trilogie Before est un peu différente, on observe tout de même les acteurs mûrir avec leur personnage, et l’insouciance du premier volet disparaît progressivement laissant place à une réalité moins idyllique de la vie d’adulte… La nécessité d’en faire une trilogie peut être discutée, et pourtant chaque film nous apporte une facette différente de leur histoire, Linklater dépeint le portrait sur le long terme de deux personnes auxquelles chacun peut aisément s’identifier. Ces différents procédés font de ce film une comédie romantique inédite, différente. Les personnages et leur histoire sont loin du traitement parfois superficiel et cliché que l’on retrouve généralement dans les comédies romantiques (particulièrement américaines), ce qui en fait définitivement un grand film et une grande trilogie.

Jesse, Céline et moi

 

Kenza IKBAL

L’été ciné 2018 – Film #4 : Little Miss Sunshine

L’été ciné 2018 – Film #4 : Little Miss Sunshine

Si le duo Jonathan Dayton-Valérie Faris s’est reformé récemment à l’occasion de Battle of the Sexes, c’est avec Little Miss Sunshine qu’il a réchauffé le cœur de millions de personnes, le temps d’un road trip entre Albuquerque et la Californie.

Mais pourquoi un énième road trip américain nous plaît-il autant ? Une seule réponse : les Hoover’s. Allez, petite rétrospective de ces gens peu communs. Dans la famille Hoover, on demande :

Le père : Richard Hoover, coach de motivation, tente désespérément vendre son projet de la « réussite en 9 étapes ». Inculquant tant bien que mal la culture de la gagne à ses enfants, Richard se montre tantôt irritant, tantôt attachant. “There are 2 types of people in this world, winners and loosers”

La mère : Sheryl Hoover, véritable maman poule essaye de recoller les morceaux de sa famille ingérable, passant la plupart de son temps à reprendre son mari sur son pseudo chemin vers le succès et à corriger son beau-père sur son langage. « Please Richard stop »

Le grand-père : Edwin Hoover, papy complètement dingue qui, lorsqu’il ne se drogue pas ou ne parle pas de sexe, peut parfois se montrer incroyablement tendre et amusant. “Fuck a lotta women, kid, I have no reason to lie to you. Not just one, a lotta women.”

L’oncle : Frank, étudiant homosexuel, sort d’une tentative de suicide ratée car il a perdu l’amour de sa vie. Inconditionnel de Marcel Proust, Frank semble avoir raté sa vie, mais aussi sa mort. Parce que cette famille avait besoin de son personnage cynique. « Yeah. French writer. Total looser. »

Le fils : Dwayne Hoover, passionné de Nietzsche,  a fait vœu de silence jusqu’à ce qu’il entre à l’Air Force Academy. Il déteste tout le monde, s’ennuie dans un monde qui n’est pas pour lui et ne parle pas : un bonheur de gosse en somme. « FUUUUUUUUUUUCK »

La fille : Olive Hoover, elle est la raison de ce voyage. Petite princesse, elle est qualifiée pour le concours Little Miss Sunshine en Californie, qui couronne la petite fille la plus jolie et talentueuse du pays. Pétillante et glamour, elle est prête à tout pour battre ses concurrentes. Une vraie bouffée de bonheur. « Grandpa, am I pretty ? »

Le tout se déroulant à bord d’un van tout jaune qui ne démarre pas et qui klaxonne sans raison, « Little Miss Sunshine » offre un moment de pause et de joie de vivre dans ce monde. A voir donc, mais surtout à revoir.

 

Adam Berkovich

L’été ciné 2018 – Film #3 : Pierrot le fou (1965)

L’été ciné 2018 – Film #3 : Pierrot le fou (1965)

Si vous ne savez pas quoi faire en cette douce soirée d’été, voir ou revoir Pierrot le fou de Jean-Luc Godard est une belle idée pour pallier l’ennui. Jean-Paul Belmondo y incarne à merveille Ferdinand alias Pierrot le fou, un passionné de littérature s’ennuyant profondément dans le milieu bourgeois de sa femme où la publicité semble avoir abrutis les hommes et les femmes qui l’entourent. Le hasard de retrouver la fascinante Marianne (Anna Karina), une ancienne amante, va le pousser à quitter sa famille fuyant avec Marianne vers la mer, belle et calme, de la côte d’Azur. Avec des gangsters à leurs trousses, Pierrot le fou est un road-movie d’action sur la vie, la liberté, l’art et la mort brisant les codes moraux, esthétiques et politiques.

C’était un film d’aventure

Lors d’une soirée mondaine Belmondo croise le réalisateur américain Samuel Fuller qui décrit  le cinéma comme une bataille faite d’amour, de haine, de violence et de mort. En un mot l’émotion. Voilà le point de départ de ce film d’aventure où Ferdinand et Marianne sont emportés dans une cavale amoureuse délinquante vers un affranchissement totale des normes sociales qui lui vaut une interdiction aux moins de 18 ans pour anarchie morale et intellectuelle à sa sortie en 1965. L’histoire s’apparente à un film d’action et pourtant les personnages sont caractérisés par leur inaction, ils n’ont ni attaches ni objectifs et se laissent simplement porter par les événements en n’ayant plus qu’une seule chose à faire : vivre.

C’était un roman d’amour

Roman d’amour et amour du roman, le film aux dimensions littéraires est un véritable éloge du genre romanesque accentué par le découpage en chapitres et les voix off des personnages racontant leur propre histoire. La trame de l’histoire est un voyage incohérent au milieu des histoires de Rimbaud, Céline, Balzac ou Poe qui apparait pourtant claire, logique et organisée pour les personnages. Plusieurs histoires d’amour s’entremêlent, la principale étant la passion entre Ferdinand et Marianne mais on retrouve également l’amour de la poésie, de la vie, de la mer, du bleu du ciel et de la liberté.

C’était une peinture moderne

A l’image des peintres modernes qui s’affranchissent des codes esthétiques de l’art, Godard s’affranchit ici des codes esthétiques du cinéma. Il compose et maîtrise la couleur de ses scènes comme de véritables tableaux de sons et d’images où se superposent citations, peintures, noms d’auteurs et longs plans sur la mer dans un désordre esthétique et harmonieux. On peut remarquer diverses inspirations picturales que ce soit dans la composition quadrillée aux couleurs primaires de certaines scènes tel un tableau de Mondrian, dans les tableaux au mur de Picasso qui se reflètent dans la destruction cubiste des corps inertes ou encore avec la scène où Belmondo se peint le visage en bleu rappelant les anthropométries de l’époque bleue d’Yves Klein. A la manière de ces peintres, il révolutionne le cinéma comme ils ont révolutionné la peinture, tout en gardant une inspiration des maîtres du passé à travers des références à Vélasquez, Renoir ou Van Gogh.

C’était une comédie musicale

L’ironie de Godard se retrouve également dans plusieurs scènes de dialogues comiques et absurdes. On rit. Et parfois, de manière impromptue, Anna Karina se met spontanément à chanter les paroles de Serge Rezvani qui donne des airs de comédie musicale envoutante au film.

En parlant de musique, même si pour Ferdinand c’est « la littérature avant la musique », on peut souligner que l’utilisation des partitions d’Antoine Duhamel magnifie l’image.

Cet éloge de l’art se fait sur fond de satire politique chère à Godard, il y dénonce l’absurdité de la guerre du Vietnam et la bêtise des Américains obsédés par les armes. Il rappelle également de manière détachée la situation au Liban, Congo, Angola ou encore Yémen. Son engagement politique est cependant controversé puisqu’il pose la question du traitement de sujets graves de manière désinvolte s’apparentant à une forme de désengagement.

« Il fait beau dans les rêves, les mots, la mort mon amour. Il fait beau dans la vie. »

Je vous laisse donc apprécier la beauté de ce film emblématique de la Nouvelle Vague française jusqu’à l’explosion finale dans l’éternité de l’été.

Laura Balaven

« Les Indestructibles II » ou comment ne pas changer une équipe qui gagne !

« Les Indestructibles II » ou comment ne pas changer une équipe qui gagne !

Incroyables Indestructibles ! Après 14 ans d’attente, et malgré la précédente réussite de Toy story 3, sorti 11 ans après Toy Story 2, la réalisation de cette suite représentait un défi de taille pour Brad Bird et le studio Pixar. Force est de constater que le pari a été réussi, avec un public qui, pour les plus âgés, a vu sa patience être dignement récompensée.

Synopsis

En 2004 nous laissions notre famille de super-héros en proie au démolisseur, qui faisait son irruption au sein de la ville. C’est au sein de cette péripétie que nous les retrouvons d’entrée, in medias res, soit d’une manière analogue à celle du premier opus.

Malgré le sauvetage des citoyens des menaces portées par Syndrome, la réinsertion des héros n’était pas encore garantie. De fait, comme le disait Rick Dicker dans le film de 2004, « Ce sera aux politiciens de faire le reste ». Or, face aux dommages causés par les Indestructibles lors de leur intervention contre le démolisseur, et à l’absence de soutien des représentants politiques, la famille Parr se doit de rester dans l’anonymat, et est donc amenée à déménager de nouveau.

With great power comes great responsibility

C’est alors que le film réussit son tour de force. Suite aux bandes-annonces, on pouvait craindre que le scénario se limite à une simple inversion des rôles de Bob et Helen, avec cette dernière reprenant son costume d’Elastigirl, tandis que Bob restait au sein du foyer à s’occuper des enfants. Si Helen reprend son costume pour des raisons similaires à celles de Bob lors du premier volet (nécessité de subvenir aux besoins de la famille dans une situation où ni Bob ni Hélène n’ont de travail) et connaît les mêmes plaisirs à redevenir une superhéroïne vedette, la reprise du costume par Helen en 2018 a son lot de différences avec celle de Mr Indestructible en 2004.

Tout d’abord, Helen a beaucoup plus de recul sur son retour en tant qu’Elastigirl. Même si elle apparaît comblée de servir de nouveau la justice, elle ne demeure pas enfermée dans le mythe de sa gloire passée comme le pouvait l’être Mr Indestructible. En outre, alors que Bob Parr avait repris du service en toute confidentialité, le couple Parr a ici chacun connaissance des rôles qu’ils ont à remplir, et notamment celui de Bob en tant que père de famille.

C’est précisément le rôle de Bob et l’équilibre scénaristique trouvé avec la vie épique d’Helen pendant une partie du film, qui font de nouveau la force de cet opus. Au-delà d’un film de super-héros « qui découvrent leur côté humain plus ordinaire », Brad Bird nous livre une fois de plus un superbe film familial aux nouveaux enjeux, suivant le fil rouge qui avait été le sien en 2004 : « l’histoire d’une famille dont chaque membre apprend à équilibrer sa vie personnelle et l’amour qu’il porte aux autres ». Outre le fait d’être un super, du fait de ses pouvoirs, Mr Indestructible se découvre en tant que « su(per)père », soit un Homme en capacité de donner le maximum pour ses enfants et son couple, malgré les difficultés rencontrées. Bob Parr est ainsi amené à gérer les premières déceptions amoureuses de Violette, alors qu’il n’est pas très adroit sur le sujet, ou encore à désapprendre tout ce qu’il avait appris concernant les maths pour aider Flèche dans ses devoirs.

Ce traitement de Bob en tant que père au foyer et d’autant plus intéressant du fait des interrogations sociologiques actuelles que soulève ce statut. Bob nous confirme la difficulté de s’adapter à cette « expérience hors normes » (Merla, 2007) de père au foyer, tout en parvenant à acquérir de nouvelles compétences et un réel pouvoir d’agir au sein de la sphère domestique. Cette acquisition de nouveaux pouvoirs d’agir, assimilable au concept anglo-saxon d’empowerment, ne se limite pas à Bob, et est au contraire extrêmement bien abordé dans le cas d’Elastigirl. La thématique de l’empowerment féminin, qui, au-delà d’Helen, concerne également Violette et Evelyn Deavor, est habilement traitée puisque cet empowerment ne tombe jamais dans les travers de bien-pensance actuels qui voudraient que la femme soit supérieure à l’Homme (en réponse au machisme et misogynie bien réels et loin d’être récents, qui posent la supposée supériorité de l’homme sur la femme.).

La figure épique d’Helen et celle de super-héros au foyer de Bob viennent nous rappeler adroitement que la femme est l’égale de l’homme, et inversement. Ce film pose en effet bien l’idée qu’au sein d’un couple ou d’un groupe social, les individus sont dotés de forces qui viennent se compléter et que ces forces ne sont jamais figées indéfiniment : Tout individu est dans la capacité d’acquérir de nouveaux savoirs, et au sein du couple, les savoirs de l’époux/épouse ne valent pas mieux que ceux de sa/son conjointe/conjoint.

Ce film nous rappelle également qu’une famille ne peut pas être réduite à un simple noyau. Au  contraire, dans l’adversité, nos proches et amis en sont de véritables membres. C’est ainsi qu’Edna est amenée à aider Bob dans la gestion des nouveaux superpouvoirs de Jack-Jack ou que Frozone est une fois de plus présent pour épauler la famille Indestructible. Il n’est d’ailleurs pas anodin que celui-ci soit affectueusement nommé « Oncle Lucius » dès le premier opus et qu’Edna s’affuble du titre de « Tante Edna » dans ce film. Dans ce cadre familial, c’est précisément la gestion de Jack-Jack et de ses superpouvoirs qui constitue l’une des grandes réussites humoristiques du film, avec notamment un affrontement des plus cocasses contre un terrible mammifère !

Une suite parfaite ?

Dès lors quels défauts peut-on amputer à cette suite ? On pourrait s’interroger sur le déménagement précipité de début de film, justifié du fait que leur maison aurait été détruite. Par qui ? Leur domicile n’étant pas situé sur le champ d’intervention du démolisseur, le spectateur pourra en déduire qu’il s’agit probablement de la destruction provoquée par Syndrome en 2004. Mais dès lors, la cohérence temporelle, qui voudrait que l’arrivée du démolisseur se fasse 3 mois après la chute de Syndrome (cf didascalies du 1er film), en prend un léger coup. Enfin, la révélation de l’antagoniste principal, sans être totalement prévisible, n’en est pas pour autant surprenante. On pouvait enfin avoir quelques craintes à l’annonce du casting français. Beaucoup d’entre nous l’ont découvert en VF, et étions friands de retrouver Amanda Lear à la baguette d’Edna Mode. C’est pourquoi, il était logique pour certains de découvrir cette suite dans la langue de Molière. Il s’avère que Gérard Lanvin, après avoir fait ses preuves avec Manny dans l’Age de glace, reprend parfaitement le flambeau du regretté Marc Alfos, décédé en 2012, tandis que Louane Emera (dont on n’oublie pas l’INCROYABLE Familles béliers, ayant prouvé l’EXCELLENCE de son jeu d’actrice…) et Timothée Vom Dorp s’en sortent correctement dans les prestations de Violette et Flèche. Enfin, il est légitime de penser que le recours au très bon comic relief de Jack Jack se fait peut-être parfois au détriment du développement de certains personnages par rapport au premier opus, et notamment Flèche.

Malgré ces légers défauts et craintes, nous nous accordons à dire que ces points relevés sont on ne peut plus minimes au vu de la grande qualité du spectacle proposé par Brad Bird.

La haine de l’antagoniste vis-à-vis des super-héros n’est par exemple pas une simple reproduction de la détestation de Syndrome. Ce dernier les haïssait du fait que leurs pouvoirs participaient à la négation de l’exceptionnalité des personnes ordinaires comme lui, tandis que pour le Screenslayer, les super-héros ne font que contribuer à la dépendance des humains vis-à-vis de l’extraordinaireté. Ses motivations sont d’autant plus intéressantes du fait qu’elles s’inscrivent dans l’idée des effets néfastes et dangereux que produisent le divertissement sur les membres de notre société. Le rôle des écrans et des médias dans cette formation d’une opinion publique docile et dépendante à cet Entertainment est parfaitement mis en lumière. Il est en effet à la fois inscrit dans la réalité de « société du spectacle » (Debord, 1967) des années 1960, tout en faisant directement écho aux phénomènes d’hyperconnexion de notre siècle.

Concernant la réalisation, celle-ci est maîtrisée et encore plus aboutie que celle du premier, du fait des évolutions technologiques et techniques. Le film demeure parfaitement inscrit dans l’univers créé en 2004. Nous quittons les années 1950 pour glisser vers les sixties aux couleurs vives et musiques vintages, tout en nous proposant une palette de personnages plus vivants que jamais, un décor encore mieux animé ne dégageant aucune impression d’immobilité, et d’excellentes prises de vues (La course-poursuite en moto et celle de l’appartement, avec par moments des prises de vue caméra à la première personne, en sont de bons exemples).

Cet ensemble, alliant parfaitement la fibre old-school de Brad Bird à certaines problématiques contemporaines, prouve une nouvelle fois que le dessin animé ne se limite pas à un genre destiné aux enfants, comme le clament certains de ses détracteurs.

Bilan

On ne peut donc que remercier Brad Bird pour ce film authentique et bien pensé, qui demeure fidèle à son univers et ses principes : 1h58 d’ambiance rétro-futurise, aux thématiques bien abordées, le tout sans céder à certains procédés des blockbusters héroïques actuels. Dès lors, une fois le générique lancé, ne restez pas sur votre siège pour attendre une quelconque scène post-générique, mais demeurez-y pour réécouter le thème culte de Michael Giacchino, et ainsi vous donner l’envie de revoir le premier opus !

 

Pierre Bosson & Maxence Van Brussel

 

L’été ciné 2018 – Film #2 : Porco Rosso (1992)

L’été ciné 2018 – Film #2 : Porco Rosso (1992)

Hayao Miyazaki n’en est pas à son coup d’essai quand il écrit et réalise Porco Rosso. Encore que, avec un premier film comme Le château dans le ciel, on lui aurait pardonné son manque d’expérience. Quoi qu’il en soit, ce film d’animation de 1h30 marque un tournant dans l’histoire des Studio Ghibli, étant le dernier Miyazaki entièrement dessiné à la main sans aide numérique.

Après Mon voisin Totoro et Nausicaä de la vallée du vent, c’est en 1992 que Porco Rosso est présenté au grand public par le réalisateur de Princesse Mononoké. Son synopsis est simple : « dans l’entre-deux-guerres quelque part en Italie, le pilote Marco, aventurier solitaire, vit dans le repaire qu’il a établi sur une île déserte de l’Adriatique. A bord de son splendide hydravion rouge, il vient en aide aux personnes en difficulté ».

En effet, Marco est changé en cochon après la première guerre mondiale, symbole de la déshumanisation causée par les combats. Il n’accepte pas les normes sociales et refuse toute implication politique dans une Italie en pleine montée du fascisme. Chasseur de prime renommé, ses rivaux sont nombreux, dont l’Américain Curtis, qui cherche la gloire et la main d’une vieille amie de Marco, Gina.

Dans cette histoire, Marco détonne par son caractère calme et unique, entouré de pirates de l’air « aussi grippe-sou qu’ils puent du bec », des méchants qui n’en sont pas vraiment par leur côté folklorique très typique chez Miyazaki. L’amour est lui aussi présent, et apporte une touche de mélancolie à ce long-métrage. 

Ce chef-d’œuvre des Studio Ghibli a connu un succès remarquable, remportant notamment en 1993 le prix du meilleur long métrage au festival international du film d’animation d’Annecy. Et on comprend pourquoi. Entre Jean Reno qui prête sa voix au personnage principal dans la version française et une musique « hollywoodienne » de Joe Hisaishi, compositeur habituel et fétiche de Miyazaki, Porco Rosso nous emporte encore une fois dans l’univers (assez réaliste pour le coup) d’un réalisateur d’exception.

Il nous présente un monde d’une grande beauté et totalement à part, même si on n’y retrouve pas le côté magique et mythologique qui fait la grandeur des classiques de Miyazaki comme Chihiro. Pour autant, ce film est puissant. Certaines scènes comme celle du paradis des aviateurs sont d’une réelle intensité émotionnelle. Porco Rosso nous transmet des messages d’amour, de paix et de féminisme à travers une poésie toujours aussi présente et un humour fin au charme unique. 

Un des meilleurs Miyazaki, incomparable et tout en splendeur.

 

Liora Taieb