Bilan de l’arrivée de Netflix à la Mostra

Bilan de l’arrivée de Netflix à la Mostra

Après avoir fait parler de lui sur la Croisette en mai lors du festival de Cannes, le géant de la VOD Netflix est revenu en septembre pour la 74ème édition de la Mostra. Ce sont 2 films hors compétition qui ont été présentés : Our Souls at Night où l’on retrouve Jane Fonda et Robert Redford, Cuba and the Cameraman, documentaire suivant les venues du journaliste John Alpert en terres cubaines de 1972 à 2016 ; ainsi que Suburra, première série italienne produite par Netflix. Verdict :

Our Souls at Night (3/5)

Dans un petit quartier du Colorado, Louis Waters, interprété par Robert Redford, vit seul. Veuf et adepte d’une certaine routine quotidienne marquée par les visionnages télévisés et la résolution de rébus, ce dernier fait face avec surprise à sa voisine, Addie Moore, qui lui rend visite un soir de la semaine. Veuve également, et seule tout comme Louis, leurs enfants respectifs étant loin de leurs foyers, cette dernière lui propose de venir dormir chez elle. Cette proposition surprenante mais forte de sincérité viserait alors à un but simple : parler, échanger entre voisins qui se méconnaissent, et qui ne se sont jamais vraiment côtoyés. En soi, tout simplement passer du temps ensemble.

Cette adaptation de la nouvelle The Fault in Our stars doit bien évidemment sa réussite à son duo. 50 après leur dernière apparition commune dans The Chase, Jane Fonda et Robert Redford livrent chacun une performance convaincante, avec une alchimie qui se fait bien ressentir. Certains dialogues ou situations rencontrées par les protagonistes, notamment lorsqu’ils confessent chacun leur tour à l’autre leurs erreurs et aspirations passées, demeurent très classiques mais restent justes. La prestation du jeune Iain Armitage est à mettre en avant, car c’est véritablement à partir du moment où le jeune Jamie, petit-fils de Addie, rentre dans l’intrigue, que le film est le plus touchant.

Un film loin d’être renversant, mais qui se laisse finalement regarder sans passer un mauvais moment.

Suburra (2,5/5)

Première série italienne produite par Netflix, Subbura se présente comme un prequel en 10 épisodes du film du même nom sorti en décembre 2015, et adapté du roman éponyme. La Mostra proposait le visionnage des deux premiers épisodes, qui nous dressent le portrait de la ville de Rome où Vatican, parlement et mafia sont impliqués dans une intrigue dans laquelle violence et criminalité sont reines.

Rappelant par beaucoup d’aspects la série Marseille, notamment dans son traitement des relations entre politiciens et mafia locale, les épisodes pilotes ne parviennent malheureusement pas à donner envie d’aller plus loin.

Très certainement pensée pour un public averti et connaisseur du film d’origine, Subbura dresse un portrait sulfureux de la ville de Rome par la beauté de certains de ses plans et une BO correcte, sans réussir à nous faire soucier du sort de ses protagonistes. Beaucoup sont malheureusement trop caricaturaux dans leur représentation, et l’union naissante entre un jeune étudiant amateur des trafics de stupéfiants, le fils d’un restaurateur voué au « Parrain » de la ville, et un enfant des quartiers malfamés, apparaît à la fois précipitée et peu crédible.

Le montage des épisodes consistant à les faire débuter par leur fin peut sembler original, mais fait en réalité plus office d’artifice de réalisation que d’une mise en scène choisie pour sa pertinence scénaristique.

On ne pourrait donc qualifier cette série de décevante lorsque l’attente est inexistante chez le spectateur, mais on peut sans difficulté affirmer qu’elle ne parvient pas à susciter son intérêt.

Cuba and the Cameraman (4,5/5)

Cuba and the Cameraman fait très certainement parti des excellentes surprises de la Mostra 2017.

Netflix marque un grand coup en s’arrogeant le reporter Jon Alpert, multiple vainqueur aux Emmy Award, en tant que réalisateur. Le film est en effet basé sur des rushs de téléphone portable, caméra, ipod du reporter américain de 1972 à 2016.

On comprend très rapidement la fascination qu’exerce Castro chez Alpert avec les séquences d’entretien entre le journaliste et le « comandante » lors de sa venue aux Etats-Unis dans les années 1970. Ce portrait intimiste nous confirme l’idée que l’on peut se faire du leader de la révolution de 1959 : Charismatique, sûr de lui, taquin et décidé.

Mais le fil conducteur du documentaire n’est pas le Chef d’Etat, mais bel et bien Cuba, et la situation de ses habitants de 1972, date à laquelle la révolution socialiste semble avoir amorcée une marche triomphante, jusqu’à 2016, date du décès de Fidel Castro.

Les allers-retours d’Alpert à la Havane sont donc multiples, et le regard qu’il porte vis-à-vis de l’île est tellement intéressé que l’on oublierait presque qu’il est américain. La dimension politique et l’anti-castrisme sont totalement mis de côté pour laisser place à un témoignage factuel et humain tout au long des 113 minutes.

De prime abord, on peut penser que l’on risque de se lasser de la formule proposée, consistant à retrouver des individus cubains de catégories sociales différentes sur un temps aussi long. Mais le pari est réussi, dans la mesure où Alpert parvient à chaque voyage à retrouver les mêmes personnes rencontrées lors de son périple précédent. On saisit alors concrètement l’évolution de leur situation respective, tout en constatant les mutations plus ou moins vertigineuses du pays dirigé par Fidel Castro. L’attachement au sort des cubains, véritables amis d’Alpert, est total, en particulier à celui d’un groupe de 3 agriculteurs, qui, du haut de leurs 80 ans, ont toujours battu le reporter américain au bras de fer !

En outre, on saisit mieux le désastre socio-économique qu’a constitué la chute du mur pour la population cubaine : Après avoir nagé en pleine euphorie communiste pendant près de 20 ans, après la fin des subventions soviétiques et des échanges avec les anciens pays du bloc qui constituaient 95% de leur commerce extérieur, la population a dû subir pendant longtemps la misère, sans que le gouvernement ne leur propose de véritables perspectives de sortie, le tout sans avoir droit à une quelconque critique du régime. Les premières impulsions du régime castriste sont dans un premier temps une réussite (école pour tous et gratuité des soins) avant que le gouvernement cesse de se consacrer à l’entretien de ces sphères : Ainsi en 2000, la majorité des outils du bloc opératoire date des années 1950… Le virage touristique des années 2000 est également abordé tout comme le rapprochement des administrations cubaines et étasuniennes dans les années 2010, ainsi que les conséquences sociales que cela engendre dans la vie de la population.

Cette retranscription des traversées des citoyens cubains au sein d’une nation ayant connu un parcours en véritables dents de scie est une réussite totale. Ce documentaire est donc à voir, non seulement pour enrichir sa culture historique, mais aussi du fait qu’il offre la possibilité de faire de magnifiques rencontres humaines sur une durée avoisinant les deux heures.

Maxence Van Brussel 

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