[Cannes 2014] Maps to the Stars, de David Cronenberg ✭✭✭✭✩

[Cannes 2014] Maps to the Stars, de David Cronenberg ✭✭✭✭✩

Maps-stars

Hollywood – la machine à rêves, le monde des paillettes, de la gloire et de la fascination – se métamorphose, sous le traitement cinématographique de David Cronenberg, en une terrifiante « cartographie des étoiles » les plus malsaines et dégénérées, incarnées brillamment par des acteurs saisissants, et surtout par la performance impressionnante de Julianne Moore, à qui revenait tout à fait légitimement le prix de la Meilleure Actrice à Cannes. 

Entre le feu et l’eau, chaque personnage, saisi par l’hubris, l’obsession de soi et de l’image, cherche à combattre ses propres démons intérieurs, qui se cristallisent à travers les hallucinations, les actes destructeurs et la folie. S’ils semblent tous condamnés, c’est à cause du poids de leur fardeau familial auquel ils sont soumis : fille d’une grande icône du cinéma, morte dans un incendie dans les années 1970, l’actrice Havane Segrand (interprétée par Julianne Moore) apparaît possédée par le fantôme de sa mère, cherchant à tout prix à jouer un ancien rôle de sa mère dans un remake de son film ; un jeune acteur de 13 ans, déjà multimillionnaire et sorti d’un centre de désintoxication, représente le meilleur objet marketing de ses parents; une schizophrène pyromane (interprétée par Mia Wasikowska) débarque à Hollywood dans le but de laver le sacrilège incestueux de ses parents…

On ne peut s’empêcher de penser à la relation entre David Cronenberg et son fils Brandon Cronenberg, réalisateur lui aussi, s’échangeant les mêmes actrices, telles que la canadienne Sarah Gadon, qui jouait déjà dans A Dangerous method et Cosmopolis du père, mais aussi dans le premier long métrage du fils Antiviral. S’intéressant lui aussi aux thèmes de la métamorphose, de la fascination de l’image et de la folie, Brandon Cronenberg semble s’inscrire dans les voies de son père – en espérant qu’il n’ait pas à subir le même type de malédiction que les personnages de Maps to the Stars…

Nés sous de mauvaises étoiles, ces êtres sont représentés de manière tragiquement grotesque ; la surenchère d’atrocités immorales et insensées s’associe à une mise en scène simple et un style cinématographique plutôt classique, laissant la place, pour le spectateur, à un rire distancié et jouissif. La quasi-absurdité du récit se justifie finalement dans le plaisir infini qu’éprouvent le réalisateur et le spectateur à saccager Hollywood : s’imposant, grâce au cinéma, comme des dieux mortels à travers le monde, ces « stars » sont comme vengées, maudites par des forces malfaisantes supérieures – les véritables divinités qui mettent le feu au monde vaniteux d’Hollywood. 

C’est donc avec une grande satisfaction que l’on retrouve  l’univers détraqué et malsain de David Cronenberg, renouant avec son discours réflexif sur le pouvoir du cinéma et son goût des extrêmes, mais surtout exprimant sa grande « Liberté » d’expression à travers ce médium audiovisuel, qui lui permet de laisser des marques profondes sur le corps et les esprits de ses spectateurs, à la manière des vers du poème de Paul Eluard récités tout au long du film : « Sur toute chair accordée/ Sur le front de mes amis/ Sur chaque main qui se tend/ J’écris [MON] nom…». 

Marion Attia

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