Le top 5 2013 de l’ACD

Cette année encore, l’ACD a dressé son top 5 des meilleurs films du millésime 2013, l’occasion pour les retardataires de se faire une idée de ce qu’a été le cinéma l’an passé !

5. Inside Llewyn Davis

On commence par le dernier film des frères Cohen, grand prix de la 66 ème édition du festival de Cannes. Le film raconte une semaine de la vie d’un jeune chanteur de folk qui cherche à percer, interprété par Oscar Isaac. Un film touchant, un hommage aux ratés, un film à voir absolument.

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4. Mud

Mud, de Jeff Nichols, était l’un des films les plus attendus de l’année. En compétition officielle au Festival du film de Cannes en 2012, ce n’est qu’un an plus tard qu’il sort sur grand écran. Avec le succès unanime de Take Shelter, Jeff Nichols avait mis la barre très haut. Ce nouveau film devait donc tenir ses promesses et se révéler tout aussi bon. Ce fut chose faite.

L’ACD a été sensible à la réflexion que nous offre Mud sur la vie, l’enfance, l’espoir… et surtout, sur l’amour. Et même s’il est un peu long (2h10), on se laisse transporter avec bonheur par ce film bouleversant qui ne laisse pas indemne.

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Bien que très controversé, l’ACD a choisi de placer Spring Breakers en 3ème place de son classement. Vous avez surement dû entendre parler de ce film et de la polémique qu’il a entraîné. Juste pour le plaisir, on vous refait  un petit topo.
Spring Breakers, c’est l’histoire de quatre filles, fauchées mais terriblement sexy, qui décident de braquer un fast-food pour se payer leur Spring Break. Puis, lors d’une soirée qui dérape, elles se font embarquer par la police. Alors qu’elles pensent être  sévèrement punies par la justice, un gentil sale mec les délivre, parce qu’il est d’une bonté sans nom (mouais). C’est le point de départ de leurs aventures, qui s’annoncent sous le signe de la débauche, de la drogue, de la drague, du sexe et on en passe, une ballade onirique sur les sentiers de la perdition. Harmony Korine nous offre un trip totalement halluciné sur les plages de la Floride, une bulle mystique où le temps d’un film le monde cesse de tourner rond.
On aime, ou on n’aime pas. Quoi qu’il en soit, Spring Breakers a marqué les esprits. Ça lui vaut bien une place dans le classement. Spring Break Forever !
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2. Django Unchained
Le western revisité par Tarantino sur fond d’esclavagisme : c’est ce mélange détonnant que l’ACD a choisi de hisser à la deuxième place du top 2013. Hommage au grand cinéma américain, le film réunit tous les éléments qui ont fait le succès du réalisateur (primauté des dialogues et du scénario, mais aussi une violence crue et une furieuse envie de bousculer les codes) mais repose paradoxalement sur la prestation incroyable de Jamie Foxx (bien épaulé certes par un Waltz encore parfait et un Di Caprio qui cabotine plaisamment).
Django Unchained est un déchaînement polymorphe et ultra-jouissif, aussi bien pour les personnages que pour Tarantino – et pour nous, bien sûr ! Critiqué pour sa violence parfois trop extrême et son usage excessif du mot « Nigger », le film nous a profondément marqué par sa puissance visuelle, sa bande son envoûtante et ses trois heures presque trop courtes. Django Unchained avait parfaitement lancé 2013 : jubilatoire et vertigineux, il était indispensable à notre top !
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La palme d’or de Cannes 2013 est également le grand premier du top ACD 2013. Ce film qui aura suscité moult polémiques nous offre à voir une  comédienne d’une générosité sans nom. On avait rarement vu une actrice se donner à corps perdu dans son rôle d’une telle façon (d’où le choix plus que légitime de renommer le film « La vie d’Adèle »). On est au plus près d’Adèle, au plus près de la vie, la caméra de Kéchiche  parvient tout bonnement à extraire cette part de sublime qui réside dans le réel; un simple battement de paupières, une simple bouche prennent des proportions incroyables, on est « dans les sens » comme on ne l’a que rarement été.
Ce film d’un naturel confondant parvient, même longtemps après son visionnage, à nous interroger, à donner lieu à des discussions enflammées tant il se révèle être d’une richesse inépuisable. « La vie d’Adèle » a su marquer 2013, son public et le cinéma en général, il se devait de figurer sur la marche la plus haute de notre podium.
À voir et à revoir pour en saisir toute la teneur.
BELLE

Don Jon ✭✩✩✩✩ de Joseph Gordon-Levitt

Disclaimer: Cette critique est celle d’un amoureux de Scarlett Johansson, le film gagne donc une petite étoile de fait.

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Cependant, il faut dire que ma belle blonde se contente de jouer de sa beauté depuis Vicky Cristina Barcelona, et ce n’est pas ce film qui la sortira de sa mauvaise série.

Attaquons nous au fond du film tout d’abord, et tu ne nous gâtes pas Joseph. On résume en vitesse, un accro aux films pornos s’éprends de ma douce Scarlett, décide de la charmer uniquement pour sa beauté, mais plus leur relation avance, plus il comprends qu’au fond, l’amour c’est plus compliqué qu’un beau 90C.
Trashiser l’histoire avec du sexe, prétexter des nuances stupides sur les plans culs, les coups d’un soir, l’amour d’une vie…, te sortir un discours final qui se la joue complexo/métaphysico/linguistico/niaiso, tout ça pour au final te servir les vieilles rengaines complètements pauvres du « le sexe sans amour c’est mal » et « l’amour n’est pas toujours comme on l’imagine héhé », c’est vraiment inutile, c’est gratuit, et malvenu. Et autant dire que le fond ne sort donc pas des 95% des prod us en fin de compte, sauf qu’en plus, c’est mal enrobé.

Et les acteurs! Beau casting n’est il pas?
Bon en fait là aussi c’est pas bon.
Scarlett en femme survulgaire qui joue l’ambivalence entre p*** (la scene devant la porte, non mais vraiment…) et fille fleur bleue niaise avec un naturel qui ferait passer Luchini pour Ventura.
Joseph qui a l’air con comme une huitre en rôle de kéké tradi rital, c’est voulu bien sûr, mais sur lui on n’y croit pas une seule seconde (et finalement c’est un compliment pour le monsieur).
Mention spéciale pour le père Tony Danza qui tente d’imiter le de Niro de Silver Linings Playbooks, sauf qu’on a là la copie a 2 euros 50 frais de port compris d’ebay, dommage.
Alors Julian Moore sauve un peu tout ça, comme la mère de Joseph d’ailleurs, et la soeur qui même si elle ne montre aucun talent particulier, a le mérite d’avoir le seul personnage à peu près drôle du film.

Mais voila, c’est une comédie, est-ce que c’est drôle?
Non, c’est pas drôle. On te mache tout le travail reflexif du rire, on te dit « là tu rigoles, regarde y a une pause dans le montage, c’est maintenant! ». L’écriture est très mauvaise, aucun dialogue croustillant. Pas de gros gag non plus. C’est difficile de cerner finalement ce que le film a de marrant. La soeur éventuellement, qui rappellera certainement des personnes aux spectateurs, mais c’est bien peu.

Et finalement, Joseph qui passe derrière la caméra, c’est peut être bien, non?
Non. De manière générale, la réal est extrêmement pauvre, aucun effort, c’est facile, c’est paresseux, ça a des influences de partout, on a l’impression de voir un gros mash up, aucune cohérence, ni fait ni a faire. Allez, Joseph, je vais t’aider
-Ton titre en gros bien clignotant pompé sur Gaspard Noé (« omg trop trash« ), ça fait mal aux yeux et c’est prétentieux, arrête.
-La récurrence de l’onanisme explicite avec le montage shoot « Requiem For a Dream », c’est trop gros et pas drôle, arrête.
-les plans en contre plongée sur le fessier de Dame Johansson, la plongeante sur ses seins, un peu c’est sympa, quand c’est permanent c’est moins bien, quand tu as une bonne actrice, utilise ses talents au lieu de vouloir avoir ton argument pour les producteurs, donc arrête.
-Chose assez rare, ce film a de vrais problèmes de luminosité et d’étalonnage des couleurs (ça peut paraitre bizarre, mais c’est un ressenti que je ne suis apparemment pas le seul à avoir), entoure toi un peu mieux Jo’, ou arrête.

Bon, au fond, il ne faut pas voir ce film, trop peu de choses le rachètent.

Castagnet Cyril

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A touch of sin ✭✭✭✭✩ de Jia Zhangke

A touch of sin ✭✭✭✭✩ de Jia Zhangke

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Nouvelle bombe du cinéma asiatique, A touch of sin était fortement attendu par la critique. Par les histoires croisées de quatre personnages que rien ne semble lier, le réalisateur dresse un portrait très pessimiste de la Chine contemporaine.

A priori, le film se présente comme une réflexion quasi métaphysique sur la violence, c’est-à-dire le rapport de chacun avec autrui. Car le monde que nous présente A touch of sin est un monde de conflits, où la violence est omniprésente et polymorphe. Les quatre saynètes qui constituent le film suivent toutes un schéma plus ou moins similaire, de la présentation des personnages à un bain de sang. Mais les meurtres violents (surtout dans la première partie) ne sont qu’une réponse à une violence moins visible, mais encore plus brutale : violence financière, violence familiale, violence sexiste – c’est la société toute entière qui est coupable. Si les quatre « héros » ne sont pas des saints, jamais leur violence n’est gratuite : elle est une réponse éclatante et parfois disproportionnée à une violence sous-jacente mais réelle.

Si les liens entre les différentes histoires semblent un peu artificiels, voire inutiles, le parallélisme répété fait mouche. A quatre reprises, la violence surgit apparemment de nulle part, d’un coup. Mais à mieux y regarder, rien n’est laissé au hasard, et la violence n’est toujours qu’une réponse à la violence : le villageois pète les plombs après un long crescendo et s’être fait tabassé, le bandit tue par ennui après avoir été forcé à se contrôler, la caissière tue ses agresseurs, l’adolescent se suicide après avoir été menacé. Il faudrait ici s’attarder sur chaque scène avec précision pour mieux voir leur subtilité. En effet, l’une des forces du film, c’est que malgré ces parallélismes, chaque scène reste auto-suffisante, indépendante, et même unique par plus d’un aspect, de sorte qu’aucun élément d’analyse ne saurait s’appliquer parfaitement au film entier. Il ne s’agit pas du tableau d’une violence particulière, mais de toutes ses formes d’expression : il faut d’ailleurs souligner que la violence n’est pas l’apanage des personnages principaux, mais traverse le film en arrière-plan. Les seuls moments de douceur sont immédiatement annihilés par la violence qui les suit instantanément (notamment dans la pseudo-escapade amoureuse).

Le film suit néanmoins une progression logique, de moins en moins sanglant, mais aussi de plus en plus oppressant. La violence est ainsi d’abord clairement dirigée contre les figures de pouvoir, puis contre l’altérité en tant que telle, avant de ne servir qu’à se défendre soi-même, avant la fin, magnifique et ô combien nécessaire, et ce suicide qui souligne à quel point la violence ne peut en définitive que se retourner contre soi-même. Car si toute la dernière scène tend vers un nouveau meurtre, s’offrant même le luxe de plusieurs fausses pistes, le réalisateur surprend le spectateur par un suicide finalement plus violent que les massacres précédents. In fine le personnage a été incapable de se protéger d’autrui et doit se résoudre à se saborder. C’est dans cette fin que le film prend tout son sens : le personnage est présenté tout au long du film comme un fuyard, qui ne se retrouve que dans la mort. La violence n’appelle que la violence.

Porté en outre par des images souvent magnifiques (la couleur est ici exploitée et stylisée) et des acteurs très convaincants, même lorsqu’ils versent dans la caricature, le film pêche cependant par quelques longueurs, de plus en plus fréquentes plus la fin approche. Le spectateur européen peut en outre être désorienté par les nombreuses indications géographiques et régionales, qui semblent avoir une importance symbolique sans être décryptés clairement. Ce qui impressionne peut être le plus dans A touch of sin, c’est justement son ancrage profond dans le cadre chinois. La réflexion sur la violence et le questionnement métaphysique sur le rapport à autrui n’est en effet que prétexte à une critique (elle aussi) ultra-violente de la Chine contemporaine et de sa société décadente. L’opposition souvent répétée d’une Chine rurale et traditionnelle et d’une Chine urbaine, dépersonnalisée, avachie dans le vice, est on ne peut plus frappante. Les personnages principaux sont d’ailleurs tous plus ou moins désaxés : l’un est un fou obsessionnel, l’autre un tueur psychopathe, le dernier un fuyard. Le personnage féminin, seule rescapée qui se rend à la police, y échappe à première vue, bien que maîtresse d’un homme marié et réceptionniste dans une maison close. Cependant, le réalisateur ne condamne aucunement ses personnages, et va même jusqu’à leur donner raison, ou du moins à rendre leurs actes absolument compréhensibles par le spectateur. Cela s’explique peut-être par le désaxement encore plus grand des personnages secondaires : obsédés par l’argent, le sexe, le travail. Il n’y a aucune lueur d’espoir dans ce film, car les personnages eux-mêmes n’en ont plus : seule la violence, et a fortiori le suicide, se présentent comme solutions viables.

A touch of sin est un film à l’esthétique magnifique qui pousse à une réelle réflexion sur la violence, sans la condamner. Le discours résolument critique sur la Chine d’aujourd’hui ne parasite pas la portée cinématographique, au contraire : ni l’aspect social ni la recherche esthétique ne sont des prétextes, au contraire l’un nourrit l’autre. Dans une scène centrale, un personnage admire avec son fils des feux d’artifice, et tire un coup de pistolet en l’air pour participer à la fête. Voilà qui condense en une scène ce vers quoi A touch of sin tend inexorablement : la mort, le beau, l’inscription sociale, tout est lié. La Chine d’aujourd’hui, le monde d’aujourd’hui ne sont beaux que dans leur violence.

Gabriel Dyer

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Le Loup de Wall Street ✭✭✭✭✭/✭✭✩✩✩ de Martin Scorsese

Le Loup de Wall Street ✭✭✭✭✭/✭✭✩✩✩ de Martin Scorsese


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✭✭✭✭✭

    Après les excellents Shutter Island et Les Infiltrés, le tandem Scorsese/DiCaprio revient avec Le Loup de Wall Street, adaptation du roman autobiographique éponyme de Jordan Belfort. Le film retrace le parcours fulgurant de Jordan Belfort, interprété par Leonardo DiCaprio, de ses débuts en tant que courtier en bourse, jusqu’à son ascension comme patron d’une boite de courtage, Stratton Oakmont. Scorsese dresse dans ce film le portrait d’un jeune homme trop ambitieux et avide, prêt à tout pour arriver à ses fins et qui va finalement sombrer dans l’excès le plus total, dans la dépendance de la drogue et de l’argent.

     C’est d’ailleurs cet excès qui fait la force de ce film, tout est démesure. Du concours de lancer de nain aux orgies dans les avions, Scorsese se lâche et le résultat est drôle et déjanté. On hallucine de bout en bout en pensant qu’il s’agit d’une histoire vraie.

    Servi par des acteurs impeccables, que ce soit pour les premiers comme pour les seconds rôles, on adore détester ces personnages avides et superficiels, creux mais attachants. Seul Jean Dujardin en fait un peu trop en banquier suisse peu scrupuleux.

    Jamais lassant, malgré sa durée de 3h, Le Loup de Wall Street nous surprend sans cesse et est un excellent divertissement. Néanmoins, le film est peu critique. En effet, il ne montre que les excès de la finance des années 80 et 90 sans designer de réels coupables.

    En somme, Le Loup de Wall Street est un film spectaculaire dépeignant des hommes avilis par l’argent; renforcé par DiCaprio, merveilleux dans son interprétation, bluffant en homme d’affaire sans scrupules constamment drogué … L’Oscar c’est pour bientôt ? 

Victor Tibi

✭✭✩✩✩

    Scorsese signe The Wolf of Wall Street 18 ans après Casino, et il est aisé de faire le lien entre ces deux films d’un des réalisateurs américains les plus prépondérants. En 1995, Marty racontait l’histoire de Sam Rothstein et son ascension dans le milieu mafieux et flamboyant des casinos de Las Vegas. Son portrait était ensorcelant et difficile de ne pas éprouver une fascination malsaine pour un personnage aussi charismatique et grandiose. En 2013, pour Jordan Belfort dans The Wolf of Wall Street, la donne est inversée totalement. L’univers est toujours aussi démesuré et luxurieux, mais cette fois-ci il fait pitié. Jordan Belfort et ses associés sont des débiles finis, et leur extravagance se révèle être une grande farce pathétique.

    Pari osé et extrêmement intéressant de Scorsese, donc, que de faire une telle représentation du monde de la finance qui tranche radicalement à la fois avec son propre passif et avec les symboles traditionnels de Wall Street. Pas de traders de génies, pas de luttes de pouvoir, pas de costume classe, de cigare, et de « Greed is good », mais juste un simple arnaqueur un peu débile, un peu crados et sa bande encore plus bouffonesque. Le criminel est ridiculisé, démystifié et devient sujet à rires gras. Il fallait être Scorsese, avoir glorifié la criminalité dans des chefs d’œuvres comme Goodfellas, Casino ou Mean Street pour donner à The Wolf of Wall Street la puissance qu’il mérite.

    Mais le film souffre clairement de ses trop grandes ambitions, en particulier de par sa longueur. Faire un film de 3h implique une véritable prise de position et The Wolf of Wall Street n’en est pas à la hauteur. Ses personnages ne sont pas intéressants (et pour cause, c’est le but), la rythmique blague sur les putes, blague sur la drogue et ainsi de suite devient lassante une fois qu’on a compris où Scorsese voulait en venir, et une grande frustration émerge quand des développements scénaristiques potentiellement intéressants (sur les associés de Belfort, sur l’agent du FBI, sur la femme de Belfort, etc.) se retrouvent sacrifié un par un sur l’autel de la bouffonnerie. C’est le parti du film que de fatiguer le spectateur, mais cette position n’est pas suffisante pour justifier 3h de films rendue vraiment douloureuses par l’impossibilité de se sentir impliqué dans l’intrigue. Scorsese gâche un peu sa proposition de cinéma en voulant trop appuyer sur le côté lourdingue sans développer suffisamment d’autres aspects permettant de contraster et de rester impliqué.

    Scorsese décide d’adopter une position très distancée et non moralisatrice. The Wolf of Wall Street montre, ridiculise mais ne juge jamais explicitement. Pas de longues scènes de rédemptions, de flic sage combattant de la morale, remplacé un agent du FBI un peu plat mais intriguant (la scène dans le métro est d’ailleurs vraiment intéressante et ambiguë, mais représente moins d’une minute d’un film de 3h sur la poudre). Tant mieux, la position de Scorsese est intelligente, sa volonté de représenter une vaste blague est osée, mais elle souffre profondément de l’absence de contrepoids qui viennent vraiment donner de la substance à cette idée. Le film a de nombreuses opportunités de développer un peu plus de complexité qui viendrait magnifier le reste, mais sombre dans la répétition du même argument encore et encore qui au final n’aboutit à rien. On a compris, Jonah Hill et Di Caprio sont des dopés dégueulasses qui ne voient guerre de différence entre une femme et une choucroute, c’est rigolo, maintenant que faire pendant 3h ?

    The Wolf of Wall Street est donc une proposition de cinéma intéressante, une représentation nouvelle d’un sujet vu et revu, et Scorsese était bien le seul à pouvoir faire vivre un tel projet. Cependant, le film se limite clairement à son concept. Passé la réalisation déjantée et hystérique, les personnages lourdingues et la beaufitude ambiante, il ne reste pas vraiment d’enjeu, pas vraiment d’intérêt, et la dernière heure et demi de film se fait vraiment longue. C’en est d’autant plus frustrant que les opportunités ne manquaient pas, et le film se montre au final très fainéant. Passé la provocation « Raclette party sur les seins d’une pute » et les rires gras du public émoustillé, il ne reste que du chaos, et ça ne justifie pas 3h.

Adrien

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The Immigrant, avec Marion Cotillard ✭✭✩✩✩

The Immigrant, avec Marion Cotillard ✭✭✩✩✩

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Sur fonds de prohibition, James Gray choisit de raconter l’immigration polonaise en Amérique en s’inspirant de sa propre histoire. Pour cela il choisit Marion Cotillard, qui depuis son succès dans La Môme est une habituée des grosses productions américaines. Par sa beauté et son expressivité, la française nous transporte. Oui, Marion Cotillard est une grande actrice, malgré sa performance moquée dans The Dark Knight Rises. Mais alors que manque-t-il au film ?

The Immigrant est l’histoire de deux sœurs qui fuient la Pologne et les atrocités de la guerre pour goûter au rêve américain. Arrivées à Ellis Ilsland, où se trouvent les services américains en charge de l’immigration, Magda (Angela Sarafyan), la sœur de Ewa (Marion Cotillard), atteinte de la tuberculose, est placée en quarantaine et va être renvoyée en Pologne. Désemparée, Marion Cotillard accepte l’aide de Bruno Weiss (Joaquin Phoenix), un macro new-yorkais, qui lui promet de faire sortir sa sœur. Mais pour cela Ewa va devoir travailler, et vendre son corps… Ce qu’elle découvre en arrivant à New York n’est pas le rêve américain qu’elle s’imaginait. Très vite, elle va connaître la rivalité, la jalousie et la violence…

A première vue, The Immigrant a tout pour réussir : un esthétisme parfait, des acteurs séduisants et un trio amoureux mélodramatique convaincant. Mais voilà, c’est peut-être à cause de ce scénario trop calculé, trop parfait, trop prévisible, que le spectateur n’est pas transporté et s’ennuie parfois. Le film manque de folie, de piment, de suspens, malgré les quelques affrontements des deux cousins, fous de jalousie, pour la belle Ewa. Le mélodrame est trop classique et l’histoire aurait gagnée à être plus élaborée. 

Alors oui, The Immigrant est un film à l’esthétisme on ne peut plus parfait, oui Marion Cotillard est splendide et tient là un de ces meilleur rôle au cinéma américain mais cela ne fait de The Immigrant qu’un beau  film, à défaut d’être un bon film… 

Léa Nogier 

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The LunchBox, de Ritesh Batra ✭✭✭✩✩

The LunchBox, de Ritesh Batra ✭✭✭✩✩


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Ne vous y méprenez pas, Dabba (The Lunchbox) n’est pas de ces films indiens exubérants jusqu’à l’overdose, ici pas de danse, ni de chants et le film se révèle en réalité plutôt court, peut-être pour la simple et bonne raison que Dabba se situe loin des sentiers battus du cinéma Bollywoodien. En effet, Ritesh Batra se veut être le chantre d’une nouvelle vague indienne, filmant au plus près de son pays et de ses moeurs et ce sans jamais tomber dans la complaisance de la misère tel un énième Slumdog millionnaire.

Le scénario, très ingénieux, fait du système des « dabbawallah » son main-support: ce système de livraison de « boîte-repas » pour le temps de la pause déjeuner est connu pour être quasi-infaillible, pourtant une erreur s’immisce dans la grande entreprise, intervertissant les « dabba » d’un vieux comptable bougon (Saajan Fernandes incarné par le très bon Irrfan Khan) et celui d’un mari dont la femme (Illa) songe à reconquérir le coeur en lui mijotant de bons petits plats. À partir de là naît une relation épistolaire dans laquelle chacun des deux protagonistes tentent d’échapper à leur solitude respective.

Contrairement aux plats toujours plus délicieux que concoctent Illa pour le dabba, le film lui s’efforce d’être frugal au possible, pas d’effet clinquant, ou de dénonciation acariâtre, il parvient à véritablement capter ce qui fait l’essence de l’Inde contemporaine le plus sobrement. Ce travail sur l’ambiance tant au niveau de l’image et du son que des usages nous y propulsent dés les premières minutes. Ainsi R. Batra dresse avec une certaine légéreté le quotidien comme on pourrait le concevoir dans la mégalopole de Mumbaï entre ses foules denses, ses embouteillages à perte de vue et l’isolement toujours plus certain des personnages, ce qui ne mène pour autant jamais à de la commisération, mais à des situations toujours plus cocasses les unes que les autres. Le spectateur occidental pourrait en effet facilement se sentir révolté par la condition de la femme décrite ici, avec Illa qui subit, bien qu’elle tente de s’en dépêtrer, son morne quotidien de femme au foyer, mais bien au contraire c’est le rire et une forte impression qui l’emporte. « Dabba » n’est donc jamais lourd et a l’avantage de ne pas jouer sur notre fibre mélodramatique ou compassionnelle. Ce conte moderne qui déborde de fraîcheur dévoile des personnages dont l’histoire et le quotidien ne les rendent que plus attachants. Tandis que Saajan devient de moins en moins bougon au contact des dabba d’Illa et de ses lettres, cette dernière se réalise dans cette relation épistolaire qui lui procure l’espoir et la force de se défaire de son mariage. La présence de Shaikh, le remplaçant au poste de Saajan, apporte au film une touche drôlement farfelue, mais aussi beaucoup d’espoir et de tendresse.

Cette romcom indienne à la fois sensuelle et sensible, émouvante et légère, drôle et pétillante nous fait passer un moment agréable.

On peut pourtant être déçu de la tournure que prend le scénario et la mise en scène, notamment au niveau des scènes de lecture des lettres qui s’enchaînent très rapidement, et qui ne sont rien d’autre que de longues conversations en voix off. C’est bien entendu un détail importantpour montrer à quel point la vie des deux protagonistes finit par presqu’exclusivement tourner autour de cette relation épistolaire, mais un peu plus d’action n’aurait sûrement pas été de refus. Le dénouement au goût mi-figue mi-raisin en frustrera par ailleurs plus d’un.

Dabba n’est donc pas un chef-oeuvre, mais est en tout cas une oeuvre qui risque de marquer un « tournant » dans l’histoire du cinéma indien. Le film de R. Batra nous donne à voir Mumbaï, ses us et coutumes au plus près comme l’a rarement fait l’Inde auparavant, et rend donc, de ce point de vue là, hommage à d’illustres réalisateurs comme Satyajit Ray.

Behnaz Burhan

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THE+LUNCHBOX

Borgman, d’Alex Van Warmerdam ✭✭✭✩✩

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Il existe des films dont le synopsis intrigue. Histoire d’un homme de la forêt qui s’en va troubler le quotidien d’une famille bourgeoise néerlandaise, Borgman en fait sans aucun doute partie. En effet tout étonne – et tout attire – dans cet ovni, de l’affiche audacieuse à la filmographie de son réalisateur Alex Van Warmerdam.

L’atmosphère est pesante, la tension omniprésente. Dès le début du film, le spectateur est happé par le scénario ; si tout peut parfois sembler normal, un sentiment d’étrangeté perdure. Camiel, le héros, semble intouchable. Il est un calculateur effrayant dont on se rend peu à peu compte qu’il ne laisse rien au hasard : il sait toujours pertinemment ce qu’il fait, et ne se trompe jamais. Tout d’abord fascinant, le personnage omnipotent se double alors d’une image diabolique de plus en plus profonde. Sans aucun doute, le film entier et sa portée reposent sur ce personnage et la performance inouïe de son interprète.

En effet, le film s’enlise assez rapidement après un début fracassant, et par moments semble se contenter de cet acquis initial. S’il faut atteindre la fin -haletante et virtuose- pour retrouver l’ardeur des premières minutes, le spectateur ne s’ennuie pas pour autant, grâce à des exploits techniques récurrents, ainsi que quelques touches d’humour bien senties. Il n’en reste pas moins une impression désagréable de paresse : le génie pointe souvent au détour d’une scène, mais reste en friche. Ainsi, le spectateur oscille entre admiration et frustration, sans que l’un prenne réellement le pas de façon nette.

Alex Van Warmerdam est sans aucun doute un réalisateur très intéressant et novateur. Et si Borgman pêche à maintes reprises par paresse, il fascine souvent, et Van Warmerdam confirme une nouvelle fois la singularité de son cinéma.

John Dyer

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BORGMAN AFFICHE

Les Garçons et Guillaume, à table! ✭✭✭✭✭ / ✭✭✩✩✩ de Guillaume Gallienne

Les Garçons et Guillaume, à table! ✭✭✭✭✭ / ✭✭✩✩✩ de Guillaume Gallienne

Les garçons et guillaume 2POUR:

Il est souvent difficile de s’émanciper, de s’affirmer…et surtout de se trouver. Pourtant, c’est ce qu’a fait Guillaume Gallienne  avec talent. Après avoir raconté son histoire dans un roman et au théâtre, il s’attaque à l’adaptation cinématographique.

Très médiatisé, l’enfance de cet homme, âgé désormais de 41 ans, n’a plus de secret. Petit topo pour ceux qui n’auraient pas suivi.

Sa mère l’appelle « ma chérie », le distingue de ses frères, l’entraîne dans la plupart de ses activités féminines. En clair, elle le prend pour une petite fille modèle. Plus généralement, son entourage se rend compte qu’il est un peu différent  à cause de ses manières. Petit à petit, l’étiquette de l’homosexuel le suit et ne le lâche pas. Lui-même finit par penser qu’il est une fille –attiré, donc, par les garçons. Il est marginalisé. Il est sujet aux moqueries. Dans l’univers bourgeois où  il est baigné, il n’est pas accepté…sauf qu’il y a eu malentendu. Guillaume Gallienne n’est pas homosexuel. Certes, il ne chasse pas avec son père. Il n’aime pas le rugby. Il fait des choses étranges (comme se prendre pour la princesse Sissi…). Oui, il apprécie les « tea-time », il se confond facilement et avec amusement à sa mère, il est particulièrement raffiné. Mais, si ses proches ont décidé que sa féminité était preuve d’une orientation sexuelle, il n’en est rien. Guillaume Gallienne n’est pas ce que vous croyez.

Dans ce film, il relève le défi de jouer les deux rôles les plus importants : son propre rôle, qui se décline en deux (son rôle au présent, et celui au passé) et celui de sa mère. Il est étrange, pour le spectateur, de côtoyer ces deux personnages en même temps. Il joue si bien la figure maternelle. Aussi différents que soient la mère et le fils, par leur caractère, leur sexe, leur âge, la ressemblance est frappante. Guillaume Gallienne mélange les genres, mixte les mises en scène, change de position. Il oscille entre narrateur et acteur. A la manière d’un one man show, face à un public invisible, il nous livre son histoire. Il nous raconte son vécu avec beaucoup d’émotion et de justesse. Jamais il ne tombe dans l’excès. Il ne veut pas de notre pitié. Peut-être  certains le traiteront de mégalo…ils n’auront sans doute pas compris…

Après tout, c’est vrai, pourquoi Guillaume Gallienne nous raconte-t-il sa vie ? Il l’avait déjà livré dans son roman, puis au théâtre, et voilà qu’il remet ça au cinéma.  Ce n’est pas pour se mettre en avant ni pour qu’on le plaigne. C’est plutôt une sorte de thérapie. Après avoir été mis de côté parce que trop maniéré,  avoir souffert du regard de son père et de ses frères avec qui il n’a jamais rien partagé,  avoir encaissé insultes et autres mesquineries injustes,  il semble clamer haut et fort qui il est. Il aime les femmes. ..une femme. L’habit ne fait pas le moine, comme dit le dicton. Il a eu du mal à se connaître… mais il y est parvenu. Il est facile de suivre le chemin pré-tracé par ses parents, cependant c’est le meilleur moyen d’être mal dans sa peau. Guillaume Gallienne a réussi à s’écouter et à suivre sa propre voie. Et à dire « merde ». Chapeau bas.

Sophie

CONTRE:

On aurait aimé voir Guillaume Gallienne, dans un univers moins égoïste. Son statut d’enfant rejeté d’une famille ultra-bourgeoise en quête d’information sur son orientation sexuelle ne provoque aucune empathie.

L’initiation de Guillaume est farfelue et alimentée de lieux communs, nous détachant du récit à mesure qu’elle se décredibilise. Les passages inconsistants s’enchaînent: massage anal, boîte gay-carricature, idylle avec un garçon de sa pension anglaise…

Certains moments sont agréables, quand le film s’installe dans des sketches(en train de jouer à Sisi devant son père, dansant le flamenco…), car Guillaume lâche son univers égocentré pour se lâcher dans la comédie. Mais les artifices sont trop nombreux pour qu’on les oublie, comme lorsque Guillaume adopte un timbre de voix plus viril après nous avoir expliqué être sûr de son hétérosexualité.

On préférait l’entendre lire « La Princesse De Clèves » sur France Inter.

MAEL BELHADIA

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BA Les garçons et Guillaume

La Vénus à fourrure de Roman Polanski ✭✭✭✭✭

La Vénus à fourrure de Roman Polanski ✭✭✭✭✭

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     Acclamé au festival de Cannes, La Vénus à la fourrure était sans aucun doute la sortie la plus attendue de la semaine pour les cinéphiles. Deux ans seulement après Carnage, Roman Polanski signe avec La Vénus à la fourrure un nouveau huis clos, successivement comique, gracieux ou oppressant, mais toujours jouissif. Il s’agit d’une adaptation de la pièce du même nom de David Ives -qui a participé à la réalisation du film – elle-même inspirée du roman érotique de Leopold von Sacher-Masoch. Thomas (Mathieu Amalric) cherche désespérément l’interprète de la Vénus pour son adaptation du roman quand arrive Vanda (Mathilde Seigner). Malgré les apparences, cette dernière se révèle vite parfaite pour le rôle, et une relation complexe se développe entre les deux personnages.

      C’est tout d’abord la structure du film qui interpelle. Les possibilités de la salle de théâtre sont épuisées, le jeu se baladant de la scène à l’entrée, en passant par la console des lumières, les coulisses et les rangs où Thomas est installé. Amoureux du huis clos, Polanski se plaît à enfermer ses personnages pour les voir évoluer, se débattre. Si Marie-Claire, la femme de Thomas est présente par le biais du téléphone celui-ci s’en échappe assez rapidement : seuls les deux protagonistes apparaissent à l’écran. La relation les unissant n’en est qu’amplifée, et le spectateur ne peut envisager de personnage extérieur qui viendrait troubler leur union, comme si le monde avait été balayé par l’orage traversant le film, comme si le théâtre était une bulle de vie dans un monde dévasté -et si c’était le cas ?

      De plus, le film gagne par la perpétuelle ambiguité entre récit enchâssé, c’est-à-dire la pièce jouée avec délice par les deux personnages, et récit enchâssant -le film, si bien que le spectateur s’y perd. En effet il ne connaît pas la pièce, et souffre de son manque d’informations. Les personnages se plaisent à mêler aux dialogues du film des scènes de la pièce lorsque celles-ci sont de circonstance, laissant le spectateur dans le flou pour quelques instants -jusqu’à la réplique. Thomas et Vanda se muent progressivement en leurs personnages, se laissent prendre au jeu, à notre plus grand plaisir. Cette ambiguïté est surtout symbolisée par le prénom Vanda, porté par l’actrice comme par le personnage qu’elle joue, et par le changement de prénom qu’elle impose à Thomas, se transformant en Severin (le nom du personnage masculin).

      Vanda, comme dans le livre, semble tout d’abord soumise au metteur en scène mais prend le pouvoir petit à petit. Elle commence par gérer les lumières, en le lui demandant, et finit par se faire appeler « maîtresse » et obliger Thomas à s’agenouiller devant elle. Car Thomas se perd entre la pièce qu’il a créée, représentant ses fantasmes, et la réalité : tout cela lui semble irréel. On se demande même à un moment si Vanda n’est pas un rêve tant elle est parfaite, ce qui explique peut-être le manque de jugement de Thomas à la fin du film. In fine, pour échapper au sort qui lui est réservée par la pièce – retomber dans la soumission – Vanda parvient à échanger les rôles juste au moment où Severin allait reprendre le dessus. Elle peut alors enfin réaliser son projet, car tout était prévu, tout était joué.

     Roman Polanski donne dans La Vénus à la fourrure un rôle marquant à Emmanuelle Seigner , peut-être le rôle qu’elle avait toujours attendu. Si la surprise convenue de Thomas face au fabuleux jeu de Vanda peut mettre le spectateur mal à l’aise, elle traverse le film telle une déesse, et joue ce rôle, pensé pour elle, à la perfection. On ne s’ennuie pas dans ce huis clos, du fait du crescendo de la tension, lâche au début du film mais étouffante dans le dernier quart d’heure. On peut cependant déplorer la vide et trop facile critique du machisme au XIXème siècle, et on préfèrera voir dans ce film une déclaration d’amour à Emmanuelle Seigner et à la femme du XXIème siècle, indépendante et déchaînée.

John Dyer

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