Top des films de 2016

Top des films de 2016

On aura beau dire que “Cannes c’est pour les vieux connards branchés du Cinéma”, cette année le festival nous a surpris, et surtout conquis.

Preuve en est avec ce top 10 des meilleurs films de 2016 que l’ACD vous propose. Parmi ces dix films, pas moins de six faisaient partie de la sélection officielle  et un de la sélection Un certain regard.
Autre fait intéressant qui peut remettre en question l’hégémonie de l’industrie hollywoodienne, seuls trois films du top sont de réalisateurs américains. Coréen, québécois, hollandais, danois, mexicain, espagnol ou allemand; les films que nous avons préférés cette année sont souvent des films qui ont une identité culturelle et une esthétique forte.

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Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg    N°10 : The Revenant, d’Alejandro González Iñárritu     Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg


Un film de Alejandro González Iñárritu (Birdman, Babel), avec Leonardo DiCaprio et Tom Hardy parmi les acteurs principaux. Ce film, fondé sur une histoire vraie, est non seulement, une remarquable prestation de la part des acteurs, mais aussi un décor et une mise en scène qui offre un spectacle grandiose. Le réalisateur relève tous les défis face à la nature et nous transporte dans ces paysages immenses et magnifiques. Un scénario évidemment original qui appuie cette force de réalisatio
n. La proximité des caméras face aux acteurs, permet aux spectateurs de vivre avec eux, vivre leur respiration, leur maux et même leur sang! Ainsi, et d’autant plus dans un cinéma, ce film nous emporte jusqu’au bout. On peut retrouver le sentiment de solitude, et de marche sans fin que l’on ressent dans Into the Wild , mais aussi cet aspect très cru et violent propre à Tarantino. Si ce film dit de genre « masculin » n’a pas plus à tout le monde, pas besoin d’être un mec pour aimer la baston. Alors si vous ne l’avez pas vu, c’est le moment!

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hunter_spotlight-ConvertImageFlag_of_the_United_States_(Pantone).svg    N°9 : Spotlight, de Tom McCarthy    Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg

Spotlight s’attaque de façon couillue à un sujet tabou et pourtant au coeur de nombreuses polémiques : la pédophilie ecclésiastique catholique. Grand vainqueur du sacro-saint Oscar du meilleur film en 2016 ainsi que celui du meilleur scénario original, le film suit l’enquête des journalistes d’investigation du Boston Globe sur l’abus sexuel dont de nombreux prêtres sont coupables. Inspirés de faits réels, le film est d’utilité publique; et la réalisation et la direction des acteurs sont au service d’une histoire haletante. Un casting fou (Mark Ruffalo, Michael Keaton, Rachel McAdams, Liev Schreiber) pour un film qui regorge de rebondissements et de moments de tension très bien gérés par le réalisateur Tom McCarthy.

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hateful_eightFlag_of_the_United_States_(Pantone).svg    N°8 : Les Huit Salopards, de Quentin Tarantino   Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg

Le huitième film réalisé par Quentin Tarantino, »Les huit salopards », un hasard? Certainement pas. Dès la première minute, la voix de Samuel Jackson, qui interprète le rôle d’un chasseur de primes, nous plonge dans une atmosphère déroutante, perturbante mais prenante. Le spectateur se fait le témoin de ce film à huis clos, dans une forêt américaine, quelques années après la guerre de sécession. L’unique décor est une cabane plantée au milieu de la montagne, sous la neige, glaciale. Coincés par une tempête, les huit truands se voient contraints de cohabiter ensemble, dans une ambiance plus que réchauffée. Toute l’intrigue repose sur un élément majeur: la trahison. Le personnage de Daisy et son complice iront-ils jusqu’à tuer leurs compagnons de galère pour faire évader cette prisonnière meurtrière?

On retrouve deux acteurs emblématiques de « Reservoir Dogs », Tim Roth et Michael Madsen, dont le talent n’est plus à prouver.
Cependant, bien que d’une violence rare,  le film est contrasté par un humour assez féroce. Les acteurs arrivent à nous faire rire et pleurer en cascade pendant presque trois heures, et nous osons rire de la mort qui ici devient presque aussi comique que chez Burton. Car ne l’oublions pas, il est bel et bien question dans ce film de huit personnages dont le seul objectif est de sortir vivant de cette maison, peu importe ce qu’il en coûtera aux autres.

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Flag_of_Germany.svg   N°7 : Toni Erdmann, de Maren Ade   Flag_of_Germany.svg

A travers des scènes surréalistes et parfois même aberrantes, Toni Erdmann, présenté au festival de Cannes de 2016 par Maren Ade, se pose comme une critique sociale amère. Avec un naturalisme tout à fait intransigeant, nous suivons Ines, expatriée allemande à Bucarest pour son travail au sein d’un cabinet d’audit. Lorsque son père vient lui rendre visite, elle ne cache pas son exaspération. S’ensuivent une série de péripéties et scènes toutes plus loufoques les unes que les autres. Ce film dresse ainsi une critique d’un ordre économique mondialisé et sans pitié, mais avant tout le portrait d’une relation père-fille tout à fait spéciale. A travers l’humour et des questionnements sur le bonheur, Maren Ade dépeint une relation qui touche chacun et à laquelle on s’identifie sans problème.

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Flag_of_Spain.svg    N°6 : Julieta, de Pedro Almodovar    Flag_of_Spain.svg

 Dernier venu dans la filmographie de Pedro Almodovar (Volver, Talons aiguilles, La piel que habito…), le film éponyme raconte l’histoire de Julieta qui, sur le point de partir au Portugal avec son amant, croise l’amie d’enfance de sa fille qu’elle n’a pas vue depuis des années. Partant de là elle va essayer de la retrouver et décide de lui raconter sa vie par écrit, à partir du moment où elle a rencontré son père, Xoan. Bien moins fou et kitsch que Les amants passagers et moins dérangeant que La piel que habito, Julieta mélange les genres et les histoires avec une maestria propre à son auteur. Les acteurs et surtout actrices, qu’Almodovar met encore une fois remarquablement en valeur,  sont toutes excellentes et touchantes, et l’histoire nous immerge dans la solitude et la mélancolie de l’héroïne. Une gouvernante intransigeante et dévolue à son maître à la Mrs Danvers de Rebecca, un mari volage, un amant délaissé; les péripéties de la jeune Julieta ne font que renforcer la solitude et la morosité de sa vie de femme mûre, qui s’enfouit sous les regrets de n’avoir su garder sa fille.

 Grand oublié de Cannes, dont il faisait pourtant partie de la sélection officielle, Julieta est 1h30 de douceur bercée de guitares espagnoles, qui fait sans aucun doute partie des meilleurs films de 2016.

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Flag_of_France.svg    Capture d’écran 2017-01-22 à 17.46.08    N°5 : Juste la fin du monde, de Xavier Dolan     Capture d’écran 2017-01-22 à 17.46.08   Flag_of_France.svg

Pour les amateurs de drames familiaux, le dernier Xavier Dolan passe très très bien. On connaissait déjà son intérêt pour le lien mère-fils (J’ai tué ma mère en 2009, Mommy en 2014), il s’intéresse maintenant aux silences et incompréhensions qui naissent dans une cellule familiale déchirée, habitée d’un secret (inavouable et même indicible jusqu’à la fin). Le film est largement inspirée du livre éponyme de Jean-Luc Lagarce mais aussi des œuvres d’Edouard Louis (surtout Histoire de la violence) et est porté par des acteurs choisis à la perfection: Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard et Léa Seydoux. Si le film laisse sur sa fin d’une certaine manière (on en veut plus, on veut rester dans ce cocon dont la violence est latente), il rejoint notre top car Dolan confirme son don pour la réalisation; les personnages sont travaillées, profonds et la bande-son iconique.
C’est, en un mot et ceux de Dolan, un film “qui dit beaucoup pour au final taire l’essentiel”.

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Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg   N°4 : Captain Fantastic, de Matt Ross     Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg

Les utopies ne sont pas toujours parfaites.
Captain Fantastic, vainqueur du prix de la mise en scène dans la catégorie Un certain regard à Cannes, raconte l’histoire d’une famille américaine anticapitaliste et hors-système.
Il nous a fait rigoler puis pleurer, puis les deux. De plus, Viggo Mortensen (ou pour ceux qui sont un peu plus geeks : Aragorn) est absolument incroyable. Il illustre l’humanité que nous semblons ne pas attribuer à nos parents tout en nous montrant la beauté de l’amour ( paternel ou pas).
Les paysages qui sont montrés tout au long du film sont magnifiques, chaque cadre pourrait être en effet une peinture à elle seule. La gamme de couleurs est parfaitement complémentaire ce qui a un effet extrêmement apaisant pour les yeux.

Possiblement un des nos films préférés et assurément un des meilleurs films du 2016 qui oui,  a été une année nulle où Bowie est mort et Trump est devenu président mais qui a quand même eu des films excellents. 

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Flag_of_France.svg    N°3 : Elle,  de Paul Verhoeven     Flag_of_France.svg

Violence et Erotisme ! Avec Elle, Paul Verhoeven nous fait basculer dans les entrailles de la décadence et les méandres du désir sexuel profond les plus terribles. Ce n’est pas seulement bizarre, étrange. Le rapport érotique ici est pris sous toutes ses formes et ses dimensions ; ce qui nous donne à explorer un sujet jusqu’à en devenir bouleversant.

Le désir-violence est la matrice du film. Tous les personnages sont touchés par un travers de l’éros, mais ce travers qui fait de son désir une pulsion de violence –subie ou donnée- est surtout la clef de voûte de l’édifice critique de Verhoeven. L’Homme est sa cible : il est juvénile, irraisonné, inconstant et violent.

Face à cela, la très élégante Isabelle Huppert incarne la femme indépendante de notre temps, sans pour autant être émancipée. Certes, sa situation financière, son travail professionnel et son libertarisme dresse cette femme en icône du XXIème siècle. Cependant, Verhoeven n’a pas encore atteint le point de rupture où l’émancipation des femmes est complète, du moins majeure. Les femmes qui entourent Huppert sont naïves, hystériques ou superficielles.

Elle est tout de même un des grands films de cette année, tant sur le plan scénaristique que sur le volet de l’interprétation. Derrière une absurdité déconcertante, Verhoeven nous offre surtout un aperçu de ce que peut vivre une des 9 femmes qui se fait violer toutes les heures en France, inhumanité de chacun et immoralité de tous.

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Capture d’écran 2017-01-22 à 17.34.42   Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg    N°2 : The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn   Flag_of_the_United_States_(Pantone).svg   Capture d’écran 2017-01-22 à 17.34.42

Après l’acclamé Drive et le controversé Only god forgives, Nicolas Winding Refn signe un dernier long-métrage atrocement jouissif. Tout y est : du cannibalisme à la musique psychédélique. On est plongé dans l’univers hyperesthésie du réalisateur qui nous livre sa propre vision de la mode. La beauté y dévoile toute son horreur. La beauté n’est pas seulement le thème du film, elle en est le leitmotiv. La manière de filmer est telle que la pire des horreurs devient supportable à regarder. Bref, un film inédit sur la beauté avec une réalisation unique. A voir de toute urgence.

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                      Flag_of_South_Korea.svg N°1 : Mademoiselle, de Park Chan Wook   Flag_of_South_Korea.svg

Mademoiselle devait apparaître dans ce top 10, et se pose en première place grâce à son caractère complet en termes filmographiques. Ce thriller coréen représente le retour de Park Chan Wook au cinéma, après quatre ans d’absence. Le film est construit en triptyque, dégageant les différents points de vue des personnages : Sookee est une jeune fille engagée en tant que servante auprès d’une riche héritière pour la duper, et atteindre sa fortune. La mise en scène magnifie à la fois les espaces et les corps, à travers notamment des scènes d’un érotisme émouvant. Le parti des femmes est ici pris de manière assez étonnante. Ce film est ainsi troublant, et emporte par la liberté qui est apportée finalement au genre féminin. L’engouement du spectateur naît ainsi d’un scénario juste et précis, illustré par un jeu d’actrices exceptionnel, et un travail de l’image, tantôt brumeuse, tantôt éclatante.

Critique de Paterson, de Jim Jarmush ✭✭✭✭☆

Critique de Paterson, de Jim Jarmush ✭✭✭✭☆

Si vous êtes amateurs d’effets spéciaux, de scènes d’action sous testostérone ou d’histoires alambiquées de science-fiction, passez votre chemin au risque de finir comme mon voisin de cinéma : à ronfler sonorement pendant 80% du film.

Le dernier long-métrage de Jim Jarmush (Dead Man, Only lovers left alive) est en effet très succinctement résumé. Paterson (Adam Driver) vit dans la ville de Paterson (New Jersey) avec sa femme Laura (Golshifteh Farahani) où il conduit des bus la journée, et écrit des poèmes dans son temps libre.
Voilà. On pourrait s’attendre à des surprises, des ressorts narratifs inattendus qui viendraient nous surprendre au milieu d’une histoire aussi simple, mais non, le film n’est pas vraiment surprenant. Et ce n’est pas pour nous en déplaire, au milieu des films américains qui ne savent pas laisser au temps le temps, qui pourtant nous prend autant aux tripes.

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On suit donc le protagoniste au milieu de sa vie d’une banalité affolante, où chaque jour se ressemble et où la routine s’exprime en minutes, en heures, en jours. Une semaine : ce sera la durée de notre voyage en compagnie du grand dadet maladroit qu’on a pu voir interpréter Kylo Ren dans Star Wars 7.

Poète en mal d’inspiration, il se réveille tous les jours à la même heure, emprunte le même chemin pour se rendre au même travail, écrit sur le même carnet, mange dans la même lunch-box préparée par sa chérie, parle au même collègue. Lorsqu’il rentre le soir, il promène son chien le long du même chemin et se rend chaque soir dans le même bar, où il boit la même bière.

Nous, spectateur, on assiste à l’impuissance de cet homme par rapport à une vie dont il n’a pas rêvé. Et la phrase qui résume le mieux le film à mon sens est celle de la petite fille poétesse qu’il rencontre et qui lui dit « tu es un chauffeur de bus qui écrit des poèmes ». En fait c’est là que repose toute la poésie et la finesse du film. Le protagoniste, vivant dans la ville natale du célèbre poète William Carlos Williams, se considère lui même comme un poète qui apporte, à coups de haïkus sur des allumettes, une pierre à l’édifice artistique de sa ville. Sauf que plus le film avance et plus Paterson prend conscience que son vrai métier est celui de chauffeur de bus, et qu’écrire des poètes n’est qu’une passion comme une autre. Exactement comme lorsqu’on renonce à son rêve d’enfant pour choisir un métier plus prosaïque, plus sécurisant. La réalité prend le pas sur le fantasme.

Il va même finalement renoncer complètement à sa passion et renier cette facette de lui même auprès du poète japonais après que son chien ait détruit son petit carnet rempli de poèmes. D’ailleurs, son carnet secret n’est jamais lu que par Paterson lui même, allant jusqu’à interdire à sa femme de lire ses textes. Paterson n’est poète que pour lui même. Laura, en revanche, est constamment dans la démonstration. Chaque jour, elle montre la nouvelle oeuvre d’art qu’elle a réalisé, fait goûter ses cupcakes noirs et blancs, lui fait écouter les prémisses d’une chanson country qu’elle a apprise. 

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Et ses poèmes sont à l’image de la banalité qui rythme sa vie. Prenant tantôt des allumettes, tantôt le temps, tantôt son amoureuse pour laquelle il écrit ses « Love poems » comme sujet, dans son monde, tout peut être inspiration pour l’art. Dans un monde où tout le monde est artiste.

Sa petite copine passe ses journées à faire de la peinture, de la pâtisserie ou de la musique (pourvu que ce soit en noir et blanc), Everett est un acteur, et chaque personnage qu’il rencontre est soit un poète (la petite fille, le japonais) soit un rappeur (il entend par mégarde un jeune homme rapper dans une laverie). Sa ville natale de Paterson est elle même le berceau de nombreux artistes (William Carlos Williams, Allen Ginsberg, Lou Costello). Tout son entourage et son environnement ne sont qu’autant d’encouragements à faire de la poésie.

Le film de deux heures n’est pas trop long et nous emporte dans l’atmosphère un peu surréelle de la ville, toute de briques rouges vêtue. Paterson et son air rêveur et nonchalant, Laura et sa folie douce parfois énervante, le chien, le bar qui semble hors du temps. Le seul personnage qui parait vraiment connecté à la réalité est le collège de Paterson, Donny, qui va toujours mal et a un millier de problèmes. Paterson au contraire n’a a priori pas de quoi se plaindre mais pourtant nous donne l’impression d’être en perpétuelle déconnexion avec tout, lunaire. Mais malgré ce qu’il pourrait donner à penser, Paterson se contente de cette vie simple et humble qu’il partage avec celle qu’il aime et qui l’aime en retour, et son chien Marvin.

Simplicité, poésie, justesse; Jim Jarmush nous charme et Adam Driver nous envoûte, et le film nous donne l’envie de lire de la poésie, si ce n’est de prendre le temps d’en écrire soi-même.

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Mathilde Labouyrie

Mademoiselle ou le triomphe d’Eros

Mademoiselle ou le triomphe d’Eros

 

      Corée. Années 1930, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko… 

Un jeu de masques dynamique

     Le récit s’articule en trois volets adoptant chacun le point de vue d’un personnage: le premier acte présente celui de Sookee, le deuxième introduit plus de complexité avec le Comte, jusqu’au dénouement final narré par Mademoiselle. Dès les premières images, on sait que l’intrigue se joue à l’importance accordée aux détails et surtout à sa perception. Si bien que certaines scènes sont parfois obscures et confuses, car elles tiennent du rapport perceptif primaire des personnages : leur liberté et authenticité est à ce prix. Il faut pour cela saluer le jeu maitrisé des acteurs, qui changent de masques à la manière théâtralement stylisée du nô japonais. Chaque changement de point de vue s’accompagne d’une approche, d’un climat et d’un cadre différents de sorte à constamment renouveler la mise en scène, et l’on se sent entrainé dans cette dynamique narrative qui épouse si bien les travellings grandioses de la caméra.

     L’ordre de succession n’est pas anodin, et chaque partie vient tour à tour balayer et enrichir celle d’avant. Sookee mène l’entrée en jeu, sans vraiment le vouloir, entraînée par le Comte qui se veut le véritable guide de l’action. Mademoiselle reste jusque-là dans le mystère, car dès lors qu’elle se révèle, elle se dérobe. Pour qu’enfin elle se dévoile et ébranle, le plus subtilement qu’il soit, la structure même du récit.

Une esthétique onirique

     On vous l’a dit, ce thriller érotico-psychologique entre La vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche) et Passion (Brian de Palma) manipule le spectateur tout en le plongeant dans les tromperies malsaines des personnages entre eux. Mais au delà de ses qualités scénaristiques et des indices laissés à l’interprétation par le réalisateur, Mademoiselle est incroyablement esthétique. Emprunt de l’art japonais purement décoratif du début du XXème siècle, les décors sont aussi symétriques que les visages des personnages: du marbre teinté de vert et de gris sous une lumière vieillie. Les scènes en extérieur sont brumeuses, presque oniriques comme celle du voyage en barque qui laisse présager un avenir sombre pour au moins un des 3 personnages. Même après l’évasion de Hideko et Sookee la lumière reste mystérieuse ce qui ne rassure en rien le spectateur qui s’attend à un ultime twist. Le suspens en effet très présent dans le film et soutenu par de gros plans sur les personnages aux émotions et intentions imperceptibles reste en fait à son paroxysme jusqu’à la fin et nous tient en haleine pour mieux profiter d’une jouissance libératrice finale. A l’aide de la caméra, Park Chan-Wook joue avec le regard de ses personnages et tente de trahir leur fureur latente par des passages d’un visage impassible à un autre visage irascible: le mouvement de caméra se faisant d’autant plus rapide que l’antagonisme des émotions est fort.

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Une réappropriation du corps de la femme par la femme et à la femme

     Le corps de Hideko, dont la beauté n’a d’égale que celle de sa mère, est l’objet des désirs malsains d’un oncle contemplatif et impuissant qui la manipule comme un marionnettiste. Devant des hommes en trans de désir et quête de pouvoir factice, Mademoiselle fait des lectures d’oeuvres érotiques. Comme sa tante avant qu’elle ne se suicide de désespoir et de folie, Hideko dépend psychologiquement, financièrement et physiquement de l’Oncle : métaphore de l’homme pour la femme, du père pour la jeune fille, des schémas de domination patriarcaux habituels. L’oncle transforme son impuissance sexuelle en domination psychique… Classic! L’érotisme dans la torture en dit long sur la psychologie du personnage de l’Oncle que l’on ne découvrira vraiment qu’à l’excipit : il mourra de ses désirs refoulés pour une jeune fille qu’il n’aura jamais. Si le film explore le rapport des femmes entre elles: le lien mère-fille et l’amour lesbien, on y voit aussi celui des femmes contre elles : la gouvernante est ainsi complice des violences faites à Hideko…

     Sans adjuvant, son seul moyen d’émancipation est donc le mariage. Mais elle ne se résigne pas à ce destin, dont elle se délivre elle-même grâce à Sookee. C’est donc l’histoire d’amour du film au cœur de l’intrigue qui leur permettra de fuir telles les héroïnes d’un roman classique. La relation homosexuelle est d’autant plus originale que la femme s’émancipe pour une autre femme : apogée de cette réappropriation du corps. Si Mademoiselle est la véritable héroïne du film, Sookee connait avant leur rencontre les mêmes attaches étouffantes : économiques et physiques. On voit ainsi en scène d’ouverture l’envers de la vie rurale coréenne des années 30 sous la domination impitoyable du Japon: des femmes exploitées pour leur lait au sein d’une véritable entreprise de recel de bébés prêts à l’adoption. On pourrait croire à un scénario de science fiction comme dans Mad Max : Fury Road mais non. Les Japonais n’ont-ils pas d’ailleurs ouvert le premier bar à lait maternel (qui peut même se boire à la tétée, oui oui) ? Park Chan-wook, un message à faire passer sur le principe de l’indisponibilité du corps humain ?

     La volonté de puissance des hommes finit par causer leur perte : c’est dans le sous-sol qu’il réserve aux tortures les plus cruelles (beaucoup plus hard et malaisant que la chambre rouge de Fifty Shades of Grey) que l’Oncle-tyran est déchu, ce qui rend le thriller cathartique: ashes to ashes, dust to dust pour les hommes qui détestent les femmes.

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Les larmes d’Eros

     Tout au long du film et sous différents angles se profile un portrait en triptyque de Mademoiselle, d’autant plus multiple que sa beauté est mystérieuse.

     La scène de la première rencontre frappe et saisit aussi bien le spectateur que Sookee, qui se trouve immobilisée devant cette femme aux allures de spectre. Ce n’est pas une femme, c’est une apparition, dirait Doinel. Et de l’apparition, Mademoiselle a tous les attributs : une grâce d’outre-tombe, des gestes vaporeux, une pâleur brumeuse. Une aura de mystère la nimbe mais laisse entrevoir furtivement une force et une ardeur latentes qui finiront par éclater. Elle a surtout ce goût – cette propension – pour la mort. Le suicide de sa tante la hante, et le cerisier auquel elle s’est pendue se dresse à sa fenêtre comme une menace indéracinable. Mais elle y voit une issue permanente. A la manière d’un empereur romain qui, avant d’aller en guerre, se fait marquer à l’encre rouge sur la poitrine la place du cœur, Mademoiselle garde précieusement dans son armoire la corde à mettre éventuellement autour de son cou : si le pire arrive, elle ne tient pas à tomber vivante entre les mains de l’ennemi (son oncle).

     Elle est ainsi sous le joug de cette obsession de la mort, et à part égale en proie à la fièvre du désir. Car Mademoiselle, c’est la mort au service et à l’image de l’érotisme, c’est le combat d’Eros (pulsion de vie) et Thanatos (pulsion de mort). Si ces deux notions sont en apparence contradictoires, Freud explique qu’elles se confondent et se répondent dans le plaisir. La pulsion de mort étant une tendance fondamentale à retourner à l’état anorganique, et la notion de plaisir une « réduction des tensions à zéro » et une tendance à la décharge complète de l’excitation, la deuxième serait tributaire de la première. Et cette pulsion de mort, dérivée vers l’extérieur, donne naissance au sadisme.

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« La douleur est un vêtement »

      A cet égard, l’une des scènes les plus marquantes est celle de la lecture d’un rare manuscrit érotique japonais par Mademoiselle, devant une assemblée tenue en haleine. Chaque réplique exalte davantage la précédente, jusqu’à atteindre le point culminant de l’asphyxie extatique. S’en suit sa représentation, avec un mannequin de bois, de l’acte décrit dans le passage (photo ci-dessous). Ici, c’est son partenaire qui a la corde autour du cou. Dans les coulisses, l’oncle-scénographe actionne la poulie humaine qui hisse le couple femme-objet. Il y a là encore une véritable mise en scène théâtrale et cérémoniale du désir, qui tient du voyeurisme et du plaisir pervers d’épier. Un plaisir qui fait pendant à l’extase des grands sadiques, et au goût permanent des foules pour les plus cruels spectacles de mort : cirque, crucifixion, pendaison, supplice… Toujours dans les coulisses de cette scène dans la scène, au dessus de l’oncle, un panneau sur lequel est écrit « La douleur est un vêtement » fait écho à une réplique du dialogue lu plus tôt par Mademoiselle : « S’il vous plaît, laissez-moi mourir en plein cœur de cette douleur. Dans cette douleur étouffante. » Le spectacle n’est pas sans rappeler les shunga, ces estampes japonaises érotiques du XVIIe siècle aux visages déformés et corps mêlés dans des positions fantaisistes.

     Il faut y voir un rappel permanent de la mort et une porte d’accès à la conscience, car Mademoiselle se maintient en vie grâce à cette connaissance. Elle est en ce sens un être de désir, car «c’est du fait que nous sommes humains, et que nous vivons dans la sombre perspective de la mort, que nous connaissons la violence exaspérée, la violence désespérée de l’érotisme », écrivait Bataille dans les Larmes d’Eros.

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De la grande à la petite mort


      Si le propre de Mademoiselle est cette connaissance de la mort, on ne peut pas en dire autant du Comte qui n’a de comte que le nom mais pas l’étoffe. Chez lui, c’est une pulsion de vie opportuniste qui se manifeste non sans perversion, mais dénuée d’érotisme. Il n’en est pas moins intéressant, seulement plus piètre manipulateur que le tandem féminin, car il puise tout son soul non pas d’un véritable désir de vivre mais d’une volonté de domination teintée d’arrivisme. C’est peut-être toutes ces raisons qui ont poussé Ha Jung-Woo à exagérer son jeu en grossissant les traits d’un personnage que le spectateur se plait à mépriser : sa chute n’en est que plus dramatique et réjouissante.

     Entre ces deux personnages, Sookee sert de médiatrice. Ce qu’elle perd en candeur, elle le gagne en sympathie pour Mademoiselle, au plus grand dam du Comte. Lui empruntant sa duplicité et la retournant plus habilement contre lui, elles font front au plus manipulé des manipulateurs. C’est maintenant Sookee qui se joue des feux de la fausse démence de Mademoiselle, qui à son tour revêtit le flegme sournois du Comte : l’ultime intervertissement de masques pour faire croire que la première est folle et la deuxième innocente.

     Le retournement final s’opère dans l’embrasement – réel et imagé – de l’asile incendié et des passions exultées. Mademoiselle et le Comte s’élancent chacun vers l’extinction : celui qui avait soif de vivre meurt d’avoir inhalé l’air de sa main empoisonné, lorsque celle qui n’avait d’issue que le suicide renait dans la petite mort.



Youssef Bricha et Joséphine Duvignacq

« Un film appelé “Rocco” ne pouvait pas commencer par mon visage ! »

« Un film appelé “Rocco” ne pouvait pas commencer par mon visage ! »

Vendredi 10h seul face à Rocco, la peur m’habite. Mais c’est pourtant bien avec la sienne que je suis tout de suite nez à nez : Rocco Tano dit Rocco Siffredi n’est, comme son attribut, plus à présenter et pour toi qui penses que 25centim’ n’est que la monnaie d’un crous (naïf), ou juste une moyenne haute (menteur !) ce film peut t’intéresser.

Mais c’est quoi ce film d’ailleurs ? Rocco est un documentaire réalisé par les Français Thierry Demaizière et Alban Teurlai, qui après un premier essai plus que réussi sur Benjamin Millepied décident en 2014 de s’associer à nouveau. C’est en creusant sans pincettes ni vaseline pour le plus grand plaisir de MC Circulaire l’univers très particulier et fermé de la pornographie qu’ils orientent leur travail vers l’incontournable Etalon italien, le fameux Rocco Siffredi. Si ce flim n’est carrément pas un flim sur le cyclimse, ce n’est pas non plus un film X puisque par des cadrages certes un peu hasardeux mais efficace, l’absence à l’écran de sexe en érection -et oui 15 c’est au repos- de pénétrations ou encore de fellations lui permet de se soustraire à la classification -18ans (quand on sait que certains veulent quand même l’imposer au superbe Sausage Party…). Il s’agit donc là du portrait d’un homme complexe et sensible mais surtout de son rapport à une addiction et à un monde difficile et peu glamour.

 

Après 30 ans de X, 1500 films et plus de 5000 partenaires c’est peut-être en fait là la première fois que R. Siffredi est mis à nu de la sorte. Si certaines anecdotes sont tout de même empreintes d’une sexualité étonnante (la fellation express d’une septuagénaire après l’enterrement de sa mère), beaucoup d’entre elles pourraient toucher n’importe qui. Que ce soit le récit de la mort prématurée d’un frère, celui de l’affection intense pour sa mère dont il avoue souhaiter partager la souffrance, Rocco dévoile ici une intimité bien plus personnelle que la pratique pour le moins atypique de la « triple péné’ » (non on ne parle pas ici de pâtes). Mais on découvre aussi comment un jeune garçon issu d’une famille modeste du centre de l’Italie, a déjà à 12 ans le rêve de devenir une star de la pornographie. C’est selon lui à cause de son « démon entre les jambes » que ce choix fut une évidence, mais la raison semble plus profonde (bien plus profonde). La quête de célébrité, l’envie d’échapper à une vie ordinaire mais surtout ce devoir qu’il s’impose d’aider financièrement sa famille apparaissent également comme des motivations à part entière.

 

Moi et mon "démon entre les jambes"
Moi et mon « démon entre les jambes »

Le temps passe et alors qu’il s’impose déjà comme un incontournable, celui qui s’était refusé toute ambition de la sorte fonde à la fin des années 90 une famille avec son épouse Rosa Caracciolo. Mais c’est avec ce bonheur nouveau qu’il ne comprend pas mériter, que les doutes s’installent. C’est empli de culpabilité vis-à-vis de sa femme et de ses deux fils vieillissants qu’il décide en 2004 de quitter ce milieu qu’il juge impropre à sa vie nouvelle.

 

« Ma sexualité est mon démon »

 

C’est bien là le fardeau de sa décision, après avoir vécu près de 20 ans à repousser les limites de la sexualité, le sexe devenu réelle addiction plonge Rocco dans la tourmente et ce n’est pas les prostitués qui n’y changeront grand-chose. C’est là qu’il prend conscience que la pornographie n’était pas qu’une échappatoire mais aussi une nécessité, sa nécessité. Encouragé par sa femme et ses proches il revient sur la scène du X en 2009 pour le plus grand soulagement d’un monde dont il a été si longtemps le symbole. Mais ce retour marque en fait un tournant puisque c’est avec pour seul objectif de conclure sa carrière et de mieux préparer son départ de la profession qu’il est revenu. Et c’est en Californie, entouré de ses partenaires de toujours qu’il termine une folle aventure de 30 ans qui aura fait de lui l’icône de la pornographie qu’il est aujourd’hui.

 

« Le 24 tu tournes avec Rocco, le 25 on t’enterre »

 

Outre l’homme fascinant, le film tente aussi de s’attaquer plus généralement à cette industrie pornographique et c’est là qu’il semble pêcher un peu. Le film jongle en effet entre le malaise que peut provoquer la fragilité de certaines femmes -notamment d’Europe de l’est qui enchaînent tournages, violences et humiliations sans en retirer le moindre plaisir- poussées par la seule détresse économique et des fortes personnalités comme Kelly Stafford, partenaire britannique de Rocco qui assume pleinement son féminisme et sa sexualité extrême « se faire dominer par 50 hommes en même temps n’est pas la normalité de tout le monde, c’est la mienne ». On retiendra également une scène assez surréaliste où Abella Danger, jeune actrice ukrainienne, témoigne sa fascination pour Rocco en enfonçant la main entière de celui-ci dans sa gorge et ce hors cadre. Oui hors cadre, car il faut rappeler qu’une bonne partie du documentaire suit Rocco sur différents tournages où il officie en tant que réalisateur/producteur aux côtés de son cousin, dernière pépite du film. Gabriele Galetta a quitté l’industrie bancaire et rejoint celle de la pornographie où il photographie, filme et met en scène le « super pénis » de son cousin. Ce cliché de l’Italien macho qui s’excite tout le temps en fait un personnage presque attachant tant il est le souffre-douleur de Rocco et l’objet de moqueries : filmer une scène en oubliant d’enlever le cache de la caméra, faire un scénario si long que les scènes de sexes manquent, rien n’est là pour l’aider. Si ses premiers jets ne sont jamais très concluants (à l’instar de ceux de son cousin), il n’en reste pas moins un atout et un soutien essentiel pour l’homme qu’il suit partout dans le monde au quotidien.

 

Rocco en plein questionnement existentiel : "Réussirai-je à bander ?"
Rocco en plein questionnement existentiel  :   « Réussirai-je à bander ? »

     Gêné, amusé, choqué, ému, voilà une liste non exhaustive des sentiments que vous feront vivre ce film. Il n’est pas sans défaut et aurait peut-être mérité de se concentrer uniquement sur Rocco tant son personnage est passionnant, mais sa franchise et sa réalisation lui permettent de faire briller un portrait inhabituel tout en rappelant notamment aux jeunes que la pornographie et l’amour sont deux choses très différentes, en témoigne avec finesse et poésie le héros du film qui se dédouane au passage de toute misogynie : « Les femmes je les baise, ma femme je lui fais l’amour »…

 

Virgil Meyre

 

 

Top 6 des films qui sentent bon la vodka frelatée

Top 6 des films qui sentent bon la vodka frelatée

Le meilleur du cinéma de l’ex-bloc communiste de ces dernières années. Pas sexy sur le papier mais vous serez étonnés. (Les synopsis des films, mentionnés entre guillemets, sont extraits d’Allociné)

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1. Le Cheval de Turin (2011), Bela Tarr

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À voir en doudoune. Dehors, le vent se lève.

La déraison du siècle suivant est déjà là : « Le 3 janvier 1889, dans une rue de Turin, un cocher fouette violemment son cheval indocile. Friedrich Nietzsche, qui sort de chez lui, assiste à la scène. Il se jette brusquement au cou de l’animal, l’enlace pour le protéger, éclate en sanglots, terrassé par une tristesse infinie. Puis rentre chez lui, annonce à sa mère qu’il est devenu fou. Il plonge effectivement dans le retrait, l’aphasie, la vie végétative, et mourra à Weimar en 1900 sans jamais retrouver la raison. »

Au lieu de nous montrer le philosophe sombrer dans la démence, le film suit le quotidien rustique d’un vieil ermite – le cocher ?, sa fille et le cheval – de Turin ? – aux confins de la Hongrie actuelle. Le temps défile sans se presser entre les allers-retours au puits, l’entretien du cheval en grève de la faim (une manière pour lui de porter le deuil de Nietzsche probablement), les repas de patates à la vapeur et les shots de Palinka (une très bonne eau de vie, dérivée du pruneau ou de l’abricot) pour digérer le tout.
Des journées fades réglées « à la virgule près » pour ces âmes mortes qui n’ont plus rien à espérer. Dieu est mort, Nietzsche avait raison.

Les scènes de (dés)habillement au réveil et au coucher, fois deux (le nombre de personnages), multipliées par le nombre de jours (l’intrigue s’étale sur une petite semaine) durent bien cinq minutes chrono chacune (et oui, il fait -20 degrés dans la campagne magyare pendant l’hiver 1900, il faut bien une dizaine de couches de vêtements pour mettre le nez hors de la ferme). Ce qui nous donne un résultat proche des 146 minutes du film.
Malgré cette apparente monotonie, la fascination l’emporte sur l’ennui. Des apparitions saugrenues viennent épicer le récit : un témoin de Jéhovah se pointe à la baraque réciter du Nietzsche au vieux, ou bien des Tziganes demandent l’hospitalité, mais ne récoltent que jets de pierre et quolibets.

Une ambiance mutique de fin du monde drapée de noir et blanc qui nous saisit pendant longtemps.

Hardcore sur le papier. Mais à l’arrivée, le film de l’année 2011.

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2. Leviathan (2014), Andrey Zvyagintsev

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Baptisés à l’eau de morue les mecs. Cette descente, j’aimerai pas la faire à vélo !

Ce film suinte la gnôle à plein nez. L’histoire se déroule dans un hameau sibérien en bordure de l’Océan Arctique. Le héros est un fermier alcoolique exproprié par le maire du coin, corrompu jusqu’à la moelle, « au gosier en pente » lui aussi. Le fermier engage un avocat pour défendre son droit de garder ses terres. Malheur, celui-ci le rend cocu. Et bah bravo, on ne peut vraiment plus faire confiance à personne…

C’est l’occasion d’assister à l’une des scènes finales les plus belles vues depuis longtemps : le fils, averti de la relation adultère de sa mère, découvre dans sa cave ses deux parents en plein exercice sexuel. Il ne supporte plus cette imposture et fuit la maison en pleurs vers les rivages de la Mer de Barents (la ferme donne sur le littoral). Là gît un énorme squelette de baleine : le Leviathan du titre, la bête immonde symbole du mal qui traverse de part en part le film. Un mal qui a pour noms la corruption et la vodka.

Un film qui donne envie de prendre le premier aller simple pour Vladivostok et de se mettre des grosses murges avec des cultivateurs de patates russes.

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3. 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), Cristian Mungiu

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On dirait une bouteille de Ballantine’s, non ? Du whisky importé d’Occident ! Tout fout le camp.

Non, ce n’est pas la réponse à un problème de suites arithmétiques. Mais le temps décompté comme un prisonnier dans son cachot par une femme enceinte, jusqu’à son avortement sous le manteau dans la Roumanie de Ceausescu. Une femme qui dit non à la loi, la famille et les médecins. Et à Christine Boutin, qui a voulu censurer la sortie du DVD. Un film aride au goût de cornichon qui nous rappelle que la Transylvanie en 1987, c’était pas la foire à la trompette tous les jours.

Palme d’or au Festival de Cannes en 2007, devant des films comme Paranoid Park, No country for old men, La Nuit nous appartient. Et dire que ce n’est pas volé.

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4. Au-delà des collines (2012), de Cristian Mungiu

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La préparation d’une bonne grosse soupe d’hiver. L’oignon, y a que ça de vrai.

« Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival. »

Par le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Ce bon vieux Cristian retrouve la compétition avec cette histoire d’amour entre deux nonnes dans un couvent roumain. Contre toutes attentes, un film vivant et caustique ponctué de séances d’exorcismes savoureuses (Satan sort du corps d’Alina !).

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5. Aferim ! (2015), Radu Jude

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Les couleurs chaudes d’un bel été indien.

Un père et son fils parcourent à dos de cheval les steppes des Balkans à la recherche d’un esclave Tzigane qui s’est échappé de la maison de son propriétaire, un cruel seigneur de campagne. Le cocktail est fort en bouche : eau de vie jusqu’à plus soif, saillies racistes en veux tu en voilà, des émasculations arbitraires et des bordels à l’hygiène douteuse où les putes qui s’y trémoussent ne sentent pas la rose. C’est la Roumanie du XIXè. Une belle époque. Un temps où quand tu sortais acheter ta baguette le dimanche matin, t’étais heureux d’être toujours en vie pour manger tes tartines au retour. Le Far-West quoi, à la sauce Stroganoff.

On y apprend au moins un truc : le racisme contre les Roms ne date pas d’hier. Ils étaient déjà détesté en 1820 « chez eux » dirait l’autre. En ces temps d’amalgames nauséabonds, un film éclairant sur la bêtise humaine qui ne doit pas seulement être vu par tous les ignares qui confondent Roms et Roumains, mais aussi par les amateurs d’envolées picaresques. Ce Don Quichotte des Carpates confirme l’extraordinaire fertilité du cinéma roumain, qui, en terme de ratio nombre de bons films sur nombre de sorties, décroche la timbale du meilleur cinéma étranger distribué en France ces dernières années.

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6. Barbara (2012), Christian Petzold

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La socquette légère, le regard inquiet. Attention, la Stasi est partout !

« Eté 1980. Barbara est chirurgien-pédiatre dans un hôpital de Berlin-Est. Soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest, elle est mutée par les autorités dans une clinique de province, au milieu de nulle part. Tandis que son amant Jörg, qui vit à l’Ouest, prépare son évasion, Barbara est troublée par l’attention que lui porte André, le médecin-chef de l’hôpital. La confiance professionnelle qu’il lui accorde, ses attentions, son sourire… Est-il amoureux d’elle ? Est-il chargé de l’espionner ? »

Pour conclure ce Top vodka, voilà un synopsis (et un scénario) bien plus romanesque que ceux des titres cités plus hauts. Pas de découpage d’oignon ici, mais une histoire d’amour comme on les aime empêchée par les barbelés du rideau de fer. L’atmosphère grisou-coco Staatssicherheit est adoucie par les beaux yeux bleus tristes de Nina Hoss.

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On se revoit avec un Top Mojito. Ça fera du bien.

Francis H.

« Je m’appelle Harvey Milk et je suis là pour vous mobiliser »

« Je m’appelle Harvey Milk et je suis là pour vous mobiliser »

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4 Mars 2009, premier jour de sortie dans les salles françaises du film évènement de Gus Van Sant, Harvey Milk. Un an plus tôt, Milk était à l’affiche aux Etats-Unis. Huit nominations aux Oscars dont deux remportés pour le meilleur acteur dans un premier rôle, Sean Penn, et pour le meilleur scénario original. Autrement dit, un film biographique et dramatique qu’il nous est permis d’élever au rang de chef-d’œuvre cinématographique. Dès la première scène, le spectateur est plongé dans une atmosphère de combat, de lutte, mais surtout de victoire. Sean Penn, interprétant de manière magistrale le rôle d’Harvey Milk, nous apparaît tel un héros, enregistrant ses dernières volontés, comme s’il connaissait le destin tout aussi tragique et magnifique qui l’attendait. Le combat d’Harvey Milk est simple: permettre aux Hommes d’être libres et égaux en droits en tous points. Il a alors 48 ans, la scène se passe en 1978. Puis s’opère un retour huit ans en arrière. On retrouve un Harvey Milk séducteur, homme d’affaire seul ayant comme unique combat de ne pas passer son quarantième anniversaire sans personne dans son lit. Une rencontre dans le métro exaucera son souhait, rien de plus banal et lisse en apparence. Or c’est très exactement lors de cette rencontre que Milk décide de déménager à San Francisco avec son nouveau compagnon, Scott Smith, et ouvre sa boutique de photographie, le « Castro Camera ». Le couple s’installe dans le quartier gay le plus connu des Etats-Unis non par hasard. Alors plongé dans un monde où priment audace et revendication, le spectateur découvre des personnages touchants, drôles, séduisants, sexy. Ce petit monde hétéroclite bouillonne d’une envie irrépressible de montrer à tous que les gays ne sont pas que des répliques de poupées Barbie sous blister, mais sont avant tout des Hommes, des humains qui ne demandent qu’à vivre, et non plus à survivre. Commence ainsi la genèse d’une lutte acharnée, le combat d’une vie, un combat pour la vie. Harvey se constitue un petit groupe d’amis qui s’allient rapidement à sa cause; ils forment alors une bande d’activistes homosexuels prêts à en découdre avec la police de San Francisco pour faire entendre leur voix. Sur fond de musiques emblématiques telles que « Queen Bitch » de David Bowie, Harvey Milk prend une dimension moins dramatique, moins harvey-milkpesante, et laisse ainsi place à un vent de fraicheur et d’insouciance. Et c’est sans compter sur les costumes de Danny Glicker qui ne demandent qu’une chose, être portés. Vous retrouverez les mêmes chemises à carreaux et pantalons pattes d’eph aujourd’hui portés par nos chers et tendres hipsters. Retour à la réalité, Harvey Milk se présente aux élections du conseil municipal en 1973. Il perd les élections, se représente en 1975 et perd de nouveau. Il faudra attendre 1977 pour que la loi soit modifiée et lui permette enfin d’être élu comme représentant du cinquième district de San Francisco au conseil municipal. Cependant, une fois devenu le premier homosexuel revendiqué élu aux Etats
-Unis, Harvey se heurte à un problème de taille, qu’il surpasse avec bravoure. Il s’agit de Dan White, promu la même année conseiller municipal. Ce représentant de la communauté chrétienne irlandaise de San Francisco sera et restera jusqu’à la dernière seconde farouchement opposé à l’accord de droits civiques aux homosexuels. Mais une fois que le combat semble remporté, la balle d’un neuf millimètre vient tout ébranler et fait voler en éclat le rêve d’un homme. Harvey Milk aura ouvert la voie à un combat extraordinaire qui perdure toujours aujourd’hui. En effet, son assassinat perpétré par un minable élu municipal, que l’on peut très largement suspecter d’être un gay refoulé, n’aura pas anéantit la voix de la liberté et de l’égalité, mais n’aura fait que la rendre plus forte et plus déterminée que jamais.
L’image finale du film s’arrête sur la marche en hommage à Harvey Milk, où se rendirent 33000 personnes. En effet, tous ses amis, sa nouvelle famille, et tous les hommes et les femmes qui l’ont soutenu se sont réunis pour honorer sa mémoire. Le rêve d’un homme s’est peut-être envolé en une seconde, mais c’est le rêve d’un monde tout entier qui a repris le flambeau.

Je pense qu’il est important, aujourd’hui en 2016 de visionner ce film si cela n’est pas déjà chose faite. L’homophobie doit en effet être combattue, et je pense que c’est à travers l’inspiration de l’histoire extraordinaire de certains hommes tels qu’Harvey Milk que la lutte commence. Le débat est de nouveau ouvert avec le récent scandale des affiches de prévention contre le Sida, qu’une dizaine de Maires Les Républicains ont fait retirer de leur commune. En effet, ceux-ci feignaient que l’image de deux hommes s’embrassant et s’entrelaçant pouvait choquer les enfants, allant même jusqu’à dire que cette campagne « incitait à l’homosexualité ». J’invite donc ces personnes à regarder ce film afin de constater que les gays ne sont pas des pédophiles pervers. Car aussi incroyable que cela puisse paraître, l’homosexualité n’est pas une maladie, ou sinon dites le moi que je me rende immédiatement dans un hôpital psychiatrique. Blague à part, Harvey Milk a donné le courage à des milliers de gays et lesbiennes d’assumer leur attirance sexuelle. Le combat n’est pas fini, et le cinéma y joue un rôle prépondérant. Pour ne citer que lui, nous pouvons bien évidement parler de Xavier Dolan, qui n’hésite pas à mettre en avant son homosexualité dans ses films. N’ayez pas peur d’affirmer ce que vous êtes, vous pouvez en être fier. J’en suis moi-même fier donc pourquoi pas vous ? « Je m’appelle Harvey Milk, et je suis là pour vous mobiliser ». 

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Axel Cheminal

Le TOP/FLOP du mois d’Octobre 2016

Le TOP/FLOP du mois d’Octobre 2016

Le mois d’octobre a encore été un mois riche en films, entre les blockbusters attendus et l’arrivée des films primés à Cannes. Retour sur le meilleur et le pire de ce mois-ci.

 FLOP : Bridget Jones’ baby, de Sharon Maguire

Aussi attendu qu’un bébé par un couple stérile et presque aussi promu que l’iPhone 7, Bridget Jones revenait cet automne pour le troisième opus de la saga.
Bridget Jones c’est le film qu’on a tous un peu honte d’aimer, qu’on regarde secrètement à Noël quand on est seul et triste. Ou alors c’est le film qu’on déteste franchement parce que c’est vrai dans le style comédie romantique niaise, il se pose là.

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Moi personnellement, Bridget Jones c’est ma petite madeleine que je regarde chaque année presque religieusement (oui vous pouvez me juger). Bridget Jones c’est les yeux bleus de Hugh Grant, le flegme charmant de Colin Firth et surtout, c’est Renée Zellweger et son faux accent anglais bancal, ses kilos en trop et ses vices. Si c’est pour ces raisons que vous aimez le film alors passez votre chemin, car vous ne retrouverez rien de tout ça dans le dernier opus. Et c’est la principale raison du raté que constitue ce film.

Le charme du premier film est oublié, et on passe complètement à côté du fun du deuxième (qui était il faut l’avouer déjà pas terrible). Le film commence mal déjà avec une scène qui reprend le début du premier où Bridget, toujours vieille fille seule dans son 25 mètres carrés, boit et écoute de la musique déprimante. Sauf que l’ « hommage » ne marche pas et la scène fait un flop. Au lieu de l’anthologique « All by myself », déprimant à souhait, on nous met de la grosse musique bien commerciale pour montrer que le film a su évoluer et passer du Carly Rae Japsen pour être en phase avec son temps. Bon soit, mais de une ces musiques sont à chier et ensuite elles n’ont strictement rien à faire dans le film.

Autre problème : Hugh Grant est aux abonnés absents. Qui n’a jamais rêvé de se faire embrasser par Hugh Grant après avoir plongé son regard dans ses yeux bleus de chiens battus ? (oui, même toi hétéro convaincu je suis sûre que tu as déjà tressailli de manière très virile devant son air aguicheur). Officiellement, Hugh Grant a refusé de faire partie du projet faute de qualité du scénario, officieusement, on se demande s’il se trouvait trop vieux et plus assez fringuant pour jouer le séducteur. En tout cas son absence était déjà de mauvaise augure pour le film. Alors oui, ils ont essayé de faire passer la pilule tant bien que mal en nous collant docteur Mamour de Grey’s Anatomy, mais son sourire américain et son brushing impeccable ont beaucoup moins de charme et de naturel que le flegme britannique de Grant.
On tente donc d’expliquer son absence par un accident d’avion (mkay …) ce qui donne lieu à une scène d’ouverture assez drôle, mais franchement pas fine, dans laquelle les seules personnes présentes aux funérailles sont de (très) jeunes femmes à la plastique parfaite. Comme ça, ça nous rappelle une dernière fois quel grand séducteur Daniel Cleaver était et à quel point il avait du mal à tisser des liens profonds avec les gens; pas très fin pour un enterrement.

On retrouve donc Bridget qui écrit son journal en se morfondant sur son poids, comptant les doses d’alcool, les cigarettes et …. Ah bah non pas du tout, en fait on retrouve Bridget tellement lifté qu’elle a les tympans au niveau des genoux, toute mince, et tout ça en ayant arrêté de fumer et de boire. Donc Bridget Jones n’est plus une pochtronne pitoyable et en léger surpoids, Bridget Jones est désormais une belle quadra à la taille fine et à l’hygiène de vie impeccable. Autant dire que Bridget Jones n’est plus. Et c’est là le problème majeur du film, la raison pour laquelle un troisième Bridget Jones était plus que superflu : on aimait la Bridget d’avant parce qu’elle représentait la femme moyenne qui se trouve nulle en tout et n’a aucune confiance en elle, qui se déteste en se réveillant les lendemains de soirée en regrettant le(s) dernier(s) shot(s) et les trop nombreuses cigarettes fumées, qui cherche toujours comment camoufler (à défaut d’éliminer) les kilos récalcitrants. La Bridget du troisième film est à l’image de docteur Mamour : d’une perfection hollywoodienne irréelle.

Donc on suit les épopées de Bridget, devenue une vraie petite dévergondée, qui couche avec deux hommes (dont un dont elle ne connait même pas le nom) et tombe enceinte sans savoir qui est le père. Les blagues sont téléphonées, les chutes peu originales et au final le film n’est même pas drôle. La seule scène où j’ai franchement rigolé est celle où ils arrivent à l’hôpital pour la faire accoucher et les deux pères la transportent comme un cochon de lait.

On ne passe pas un mauvais moment, ce serait abusé de dire ça, mais le film n’a même pas l’audace de faire une fin digne de ce nom. On sait dès le début, avant même de voir la bande-annonce et en lisant le synopsis comment le film va se finir et qui est le père du bébé. Si vous tenez à garder le suspens (sérieux ? Vous êtes assez naïf pour ne pas avoir deviné qui est le père ?), je vous conseille de vous arrêtez là.
Donc oui c’est bien Marc Darcy le père de l’enfant,est-ce que quelqu’un en doutait ? Entre le beau gosse qui vient d’atterrir dans l’histoire pour y apporter un peu d’intérêt et l’anglais classe qui fait battre le coeur de Bridget depuis trois films; le doute n’a jamais vraiment plané. Dr Mamour est cela dit suffisamment gentil (con), ou bonne poire pour jouer au baby-sitter avec un enfant qui n’est pas le sien, ce qui le rend encore plus ridicule.
Voilà qui est dommage, si Bridget a tant changé que ça et est une personne complètement différente (pourquoi pas après tout, les gens évoluent et pour elle ce serait plutôt une bonne nouvelle), alors les scénaristes auraient pu faire évoluer ses goûts et ses envies. Ca aurait été couillu de la faire terminer avec Mamour, qui sur le papier est, il faut l’avouer, l’homme idéal. Et au moins ça aurait apporter quelque chose au film, car là on a l’impression que le deuxième et troisième films n’ont vraiment servi à rien, sinon à apporter de l’argent aux producteurs…

Ah et j’ai failli oublier la petite « surprise » de la fin où on essaie de semer le doute sur la mort de Daniel Cleaver. On voit la une d’un journal où est écrit qu’on a retrouvé l’avion dans lequel Daniel était supposé s’être écrasé. Bon, pourquoi pas, on voit pas trop l’intérêt sauf s’ils souhaitent faire un quatrième film.

Dans l’ensemble, le film n’est ni bon, ni franchement mauvais. Il reste agréable à regarder, surtout si on aime (a aimé) Bridget Jones; bien que les vrais fans qui attendaient le film seront sûrement déçus comme je l’ai été. C’est pour cette déception qu’on a décidé de mettre Bridget Jones’ Baby dans le flop du mois.

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TOP : Captain Fantastic, de Matt Ross

Pour parler du top du mois, on aborde carrément un autre sujet tout à fait à l’opposé de Bridget Jones. Pour nous, ce mois-ci le top et le coup de coeur a été Captain Fantastic, récompensé par le prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard »

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Le film raconte l’histoire d’une famille américaine qui vit complètement hors du système capitaliste et consumériste. Après la mort de la mère, la famille va devoir affronter le « vrai » monde, et ce sera aussi compliqué pour le père (Viggo Mortensen) qui l’a connu et l’a quitté, que pour les enfants qui le découvrent.


Captain Fantastic fait penser à d’autres films à de multiples égards. Il nous rappelle Into the wild pour son côté aventure/road trip et la volonté anti-capitaliste et anti-système des protagonistes. L’aspect initiatique familial nous fait penser à Little miss Sunshine. On peut même penser parfois à La famille Miller avec le fils qui découvre la vie (et sa sexualité) et le road-trip familial.

Mais peu importe les références, le film fait fi de ça (volontairement ou non) et aborde des sujets assez peu vus au cinéma.

La famille Cash (oui la famille qu’on suit, qui est anti-capitaliste, vit dans les bois et se nourrit grâce à la chasse se prénomme Cash, assez ironique) est donc une famille américaine on ne peut plus atypique. Les parents (Ben et Leslie) ont décidé à la naissance de leurs enfants d’aller vivre dans une cabane dans les bois et de se nourrir de la chasse, se vêtir de peau de bête et d’éduquer les enfants avec les moyens du bord. Les cinq enfants sont donc nés dans cet environnement naturel, dans lequel ils n’ont jamais connu le contact avec les autres et la vie normale. Environnement dans lequel on célèbre le Noam Chomsky Day au lieu de fêter Noël, car Ben préfère célébrer ce philosophe anarchiste américain qu’une fête « commerciale ».

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C’est la mort de leur mère qui les sort de cette autarcie lorsque le père décide d’aller à l’enterrement malgré les menaces de son beau-père, Franck. Les enfants vont donc découvrir le monde « réel », apprendre à vivre avec d’autres que leur famille et vont être confrontés aux règles et aux normes des Etats-Unis capitalistes. Alors que certains enfants ont du mal à composer avec une culture qui leur est complètement étrangère, d’autres au contraire prennent goût à ce monde nouveau pour eux. L’ainé, Bodevan, découvre sa sexualité avec une jeune fille tandis que le plus jeune, Rellian, en pleine crise d’adolescence, va totalement désavouer son père et choisir de vivre une vie « normale ».

Le film est intéressant dans le sens où on a une alternance des points de vue qui fait varier la vision qu’on a des personnages et de l’histoire. Au début du film, on adopte clairement le point de vue du père et on trouve ça original et même génial de voir cette famille sauvage qui vit en marge de la société. On admet que les enfants sont très intelligents, malgré le fait qu’ils n’aillent pas à l’école, et on respecte les choix de Ben, souvent durs et parfois même cruels. Les grands-parents apparaissent comme les capitalistes qui méprisent un style de vie différent du leur, plus tourné vers la simplicité que l’opulence, tandis que le père apparait comme un idéaliste un peu hippie. On en vient même à détester Franck (le grand-père) qui semble ignorer les velléités de sa fille de mener une vie atypique, et son conservatisme nous consterne. Mais au fur et à mesure, le point de vue change un peu. En se mettant à la place de Franck dont la fille n’a apparemment jamais aimé cette vie de bohème et qui a finit par se suicider suite à une dépression; on comprend le mépris qu’inspire Ben à son beau-père. Le comportement du père atteint un extrême lorsqu’il met en danger la vie de sa fille. On apprend même que Bodevan avait décidé avec sa mère d’aller à l’université et qu’il avait postulé à l’insu de son père à toutes les plus grandes universités américaines de l’Ivy League.

Bien qu’un peu manichéen par moment (les deux neveux consuméristes  sont malpolis, obnubilés par leurs jeux vidéos et un peu débiles, tandis que les enfants « sauvages » sont intelligents, sensibles et cultivés), le film nous touche et fait appel au côté « écolo-bobo » qui sommeille en nous et n’attend que d’être réveillé par de beaux discours utopistes.

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Mathilde Labouyrie

AVP « Les pépites » de Xavier de Lauzanne : compte-rendu

AVP « Les pépites » de Xavier de Lauzanne : compte-rendu

Le mardi 27 septembre 2016, nous avons eu la chance de recevoir Ulrich Tan (coproducteur) et Yves Darondeau (qui a reçu l’Oscar du meilleur documentaire en 2006 pour La marche de l’empereur) à l’occasion de l’avant-première des Pépites, documentaire humain et touchant dont l’ACD vous en a décrypté l’essentiel.

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Après l’émouvant Enfants valises sorti en 2013, Xavier de Lauzanne est de retour avec Les pépites pour un documentaire tout aussi bouleversant.

Ce film nous dresse le portrait d’un couple de retraités, Christian et Marie-France des Pallières, qui, en novembre 1995, décide de s’installer au Cambodge afin de venir en aide aux enfants victimes de la pauvreté et de l’enfer de la grande décharge de Phnom-Penh. C’est dans cette décharge à ciel ouvert que ces enfants, pour l’immense majorité déscolarisés (du moins, avant de faire la connaissance de « Papy et Mamie »), se trouvent obligés de fouiller dans les détritus pour subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille.

C’est pourquoi, Christian et Marie-France, abasourdis et profondément choqués par l’horreur de cet environnement, décident de consacrer la totalité de leur temps à l’association dont ils sont les fondateurs : « Pour un sourire d’enfant » (PSE). Cette association a pour projet la mise en place d’un système éducatif permettant aux enfants subissant
a misère de Phnom-Penh de connaître un meilleur sort que celui réservé par leur naissance. En plus de la mise en place d’une école à l’aménagement pharaonique (plus de 10 000 enfants y ont été scolarisés en 20 ans), une cellule de soins et la distribution de nourriture pour les écoliers et leur famille y sont prévus.

 

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Bien plus qu’une superbe réalisation, « Les pépites » est une histoire contée avec finesse et beauté. En effet, sans jamais sombrer dans le pathos, le réalisateur nous emmène au cœur de la vie d’enfants au destin hors du commun. Pendant tout le long du film, M.de Lauzanne jonche son film de quelques images de son documentaire réalisé pour France O et France 5 en 2005 Le Seigneur de Darjeeling, tout en livrant une multitude de témoignages poignants. Malgré le difficile quotidien de ces enfants, le film n’en reste pas moins coloré, avec une bande-son immersive et des plans d’une grande beauté visuelle. Malgré la difficulté de leur situation, les jeunes cambodgiens n’en restent pas moins enjoués, et l’ambiance décrite précédemment permet même de renforcer  la formidable ascension dont ces enfants sont les acteurs. Acteurs bien évidemment accompagnés dans leur quête par la bonté, la bienveillance et l’amour du couple Des Pallières.

Enfin la force de ce film réside également dans l’utilisation d’allégories aussi bien cinématographiques, que littéraires et artistiques. Le titre Les pépites en est une illustration directe puisqu’il est doté d’un sens fort et puissant, dans la mesure où le mot « pépites » fait directement échos aux morceaux de métaux précieux trouvables dans les mines. Il faut en effet creuser pour trouver de l’or dans les mines, et cela est valable pour les Hommes, puisqu’il faut aller chercher au plus profond de l’âme d’un individu pour y apercevoir sa beauté et sa bonté, et ce en dépassant le simple a priori des apparences extérieures.

On peut donc dire que, malgré un début de film poussif, mais dont l’approche choisie est nécessaire pour bien comprendre la physionomie du couple Christian-Marie-France, Les pépites parvient à nous délivrer l’avancée d’un magnifique projet humaniste, et ce, sans chercher à créer un sentiment de culpabilisation chez le spectateur vis à vis de son confortable mode de vie. Ce documentaire tend finalement à prouver que rien est impossible et ce pour qui que ce soit et quelque soit l’instant.

C’est pourquoi nous remercions une nouvelle fois M.Darondeau et M.Tran de nous avoir donné l’opportunité de le visualiser en avant-première le 27 Septembre à Dauphine, tout en ayant une pensée pour « Papy », décédé le 24 septembre dernier, et dont nous espérons la pérennité de l’Oeuvre.

A vous désormais d’aller le voir en salles pour vous faire votre propre idée et pour y passer un très beau moment.

 

L’équipe ACD

 

 

 

 

 

 

 

Special Fashion Week : The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

Special Fashion Week : The Neon Demon de Nicolas Winding Refn

Après l’acclamé Drive et le très remarqué Only God Forgives, le danois Nicolas Winding Refn revient aux commandes d’un film controversé et ayant divisé la critique, The Neon Demon.

Porté par la jeune Elle Fanning, le réalisateur star signe ici un film fondamentalement féministe en racontant l’histoire de Jesse, jeune mannequin au charme électrique et à la beauté envoûtante, qui fera fantasmer et jalouser ses concurrentes, et ce, jusqu’à les entraîner dans une spirale de violence aux limites du fantastique. Des femmes, vues par des femmes, dans un monde de femmes.

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Avec ce film, Refn apporte à sa filmographie une œuvre à la fois universelle et très personnelle. Déjà fort de sa réputation d’esthète intransigeant, il décide d’y parler de beauté. Beauté dans le monde de la mode, mais par extension dans celui du cinéma.

« Beauty isn’t everything, it’s the only thing. »

Pour soutenir cette thèse, Nicolas Winding Refn décide de faire de son film une œuvre hybride et ludique. II emprunte à des arts connexes tels que la peinture ou la sculpture et utilise la musique (évidemment composée par LA référence dans le petit monde du cinéma indépendant américain Cliff MartinezOnly God forgives, Drive– ) de manière tout à fait virtuose en tentant sans interruption de communiquer (pour ne pas dire communier au vu du caractère quasi-sacré de l’expérience) avec son spectateur. Le film se sert également de son esthétique pour faire réfléchir et apprendre à son spectateur sur les notions de Bien, de Mal, de jalousie, de désir, de passion et de mort.

Comme l’expliquait l’auteur-réalisateur en interview (cf. « Clique x Winding x Kavinsky » sur Canal+), son cinéma s’adresse aux jeunes. La jeunesse et sa fougue transpirent du film qui comme un adolescent en quête de son identité (ou Jesse essayant de conquérir sa propre existence) exprime une foule de sentiments et d’émotions exacerbées dont il est demandé au spectateur d’essayer de les interpréter et de les comprendre pour construire une expérience propre à chacun.

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Les acteurs suivent pour la plupart avec brio le rythme soutenu de l’œuvre. Elle Fanning semble en effet un peu faible dans ses premières apparitions, ce qui s’explique, fait très rare à Hollywood, par le tournage dans l’ordre chronologique voulu par Refn. Le danois s’autorise même quelques guests stars très appréciables comme Christina Hendricks, icône de la série Mad Men et déjà vue dans Drive.

« The Neon Demon » est une œuvre transcendante, dont la précision et l’irrévérence magnifique façonnent une expérience cinématographique unique et très puissante, que certains spectateurs ne seront pas prêts à accepter, mais dont le visionnage et la tentative d’en extraire le maximum à analyser, comprendre et ressentir sont indispensables.

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Maxime Andreas Garreau