Faut-il s’enflammer pour Fahrenheit 451 ?

Faut-il s’enflammer pour Fahrenheit 451 ?

Ramin Bahrani, réalisateur américain d’origine iranienne, s’est lancé dans Fahrenheit 451, reprise du roman éponyme de Ray Bradbury publié en 1953. Si la tâche n’était pas aisée, vu l’ampleur de l’œuvre de Bradbury et le film très réussi de Truffaut en 1966, l’idée de Bahrani fait sens. Il est présenté cette année à Cannes hors compétition.

Un matériel de départ intéressant…

En effet, le contexte est idéal pour ressortir des placards une œuvre souvent oubliée et pourtant directement en lien avec notre actualité. L’histoire se déroule aux Etats-Unis dans un cadre dystopique et futuriste, où la liberté d’expression a été totalement supprimée, les pensées restreintes et la création interdite. Toutes les œuvres d’art, et plus spécialement les livres, ont été brûlées par des brigades de pompiers spécialisées. On suit dans cette histoire le chef de l’une d’entre elles, Montag, qui au fur et à mesure de l’intrigue remet en question l’idéologie qu’il subit depuis sa naissance, et par extension sa propre raison de vivre.

Si ce sujet peut dans un premier temps rappeler les autodafés des nazis, le contrôle de la liberté d’expression est toujours aujourd’hui très fort dans certains pays et nombreux sont les artistes qui se voient censurés (en atteste l’hommage du festival à l’iranien Jafar Panahi et au russe Kirill Serebrennikov, deux réalisateurs sélectionnés à Cannes mais assignés à résidence par les autorités de leurs pays respectifs). Faire valoir ses idéaux est toujours un combat.

Bahrani développe aussi dans son film un autre sujet intéressant : l’intelligence artificielle, la surveillance et l’ultra-connexion. L’Etat, via « Yuxie », le futur d’Internet, contrôle et surveille les actions de chacun. Tout est connecté et rien n’échappe à son regard. La relation entre ces deux sujets rappelle sans aucun doute la place prépondérante que prend Internet dans nos vies et ce, souvent, au détriment des livres.

Avec un cadre pareil et un casting de qualité — Michael B Jordan (Creed, Black Panther) dans le rôle de Montag ou encore Michael Shannon (The Shape of Water) — Ramin Bahrani avait tout pour faire un bon film. Ce n’est cependant pas une réussite.

… auquel le film échoue à donner du sens 

Le premier mauvais choix dans ce film est l’univers visuel qui fait directement écho à celui de « Big Brother ». Ultra connecté, ce monde futuriste en devient faux et caricatural. Tous les évènements sont retransmis en direct sur les gratte-ciels, les gens réagissent avec des smileys tels des animaux sans âme et l’on s’y perd dans ce trop-plein d’attention. Si l’intention était bonne, la réalisation en fait trop et en devient presque ridicule. De plus, cela impacte négativement le reste de l’histoire puisque c’est cet univers qui occupe la première place, et ce davantage que les personnages et leur évolution au long du film. Introduire l’intelligence artificielle et la surveillance est une bonne chose, mais ça ne devrait pas être l’objectif principal du film.

Le deuxième gros point négatif est l’évolution et la profondeur des personnages, plus particulièrement Montag. Ce dernier est depuis la naissance formaté contre les livres et dans l’œuvre originale, le point intéressant est comment ce dernier les découvre petit à petit et se rend compte de leur importance. Ici, si Bahrani se fait plaisir à sortir un tas de citations de grands auteurs dont on ne comprend pas grand-chose, la relation entre Montag et les ouvrages est ultra simpliste. Il découvre Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski, récit extrêmement riche et complexe, et après seulement une soirée passée à le lire en compagnie d’une résistante, Clarisse, se décide à trahir tout ce pourquoi il a vécu. Les flashbacks de son passé et de son père lui montrant des livres ne sont pas assez développés et ne permettent pas de rattraper ce qui aurait dû être traité avec épaisseur et subtilité. Si le capitaine Beatty (supérieur et ami de Montag) incarné par Michael Shannon est plus intéressant, puisqu’il se sait attiré par les livres mais préfère intérioriser cette envie pour ne pas rompre l’ordre établi, son rôle ultra caricatural de chef sans pitié et impassible le rend vide d’émotions.

Bilan

Sans des personnages profonds permettant de réellement prendre en compte l’importance et la puissance des livres, ce film devient rapidement un film d’action banal et sans grand intérêt. Pour preuve, une partie du film se consacre à une pseudo enquête visant à trouver les résistants. Mais ces derniers sont à peine une vingtaine et peinent donc à donner de l’ampleur au film.

Ce manque d’ampleur peut également se justifier du fait que seuls les Etats-Unis brûlent des livres dans cette version. Si cela peut nous rappeler Donald Trump et la tendance actuelle de fermeture des Etats-Unis vers l’extérieur, il devient alors presque impossible de créer un véritable enjeu, puisque l’on sait que tous ces livres sont encore bien vivants dans le reste du monde.

Si Fahrenheit 451 est une œuvre fondamentale dans la mise en garde contre le totalitarisme, sur l’importance de l’art et des messages qu’il fait passer, ce film ne parvient pas à mettre en place ces enjeux, pourtant primordiaux. Pour saisir au mieux ces enjeux, mieux vaut alors se référer au livre de Bradbury ou au film original de Truffaut.

Charles Vuillaume 

« Mon tissu préféré » ou l’étoffe des songes

« Mon tissu préféré » ou l’étoffe des songes

Premier long métrage de la réalisatrice syrienne Gaya Jiji, Mon Tissu Préféré est présenté au Festival de Cannes à la sélection Un Certain Regard.

Synopsis 

Damas, mars 2011. La révolution commence à gronder. Nahla est une jeune femme de 25 ans, tiraillée entre son désir de liberté et l’espoir de quitter le pays grâce au mariage arrangé avec Samir, un syrien expatrié aux États-Unis. Mais Samir lui préfère sa jeune sœur Myriam, plus docile. Nahla se rapproche alors de sa nouvelle voisine, Madame Jiji, qui vient d’arriver dans l’immeuble pour ouvrir une maison close.

Intérieurs

Mon tissu préféré se déroule presque entièrement à l’intérieur de l’immeuble, soit dans le domicile familial, soit dans la maison close située deux étages au-dessus. La réalisatrice a ainsi choisi de filmer, à différents niveaux, le huis clos entre des femmes enfermées, s’inspirant de Cris et Chuchotements de Bergman. A cette image, la caméra devient la voix intérieure de Nahla.

Ainsi, dans l’appartement d’en bas, les plans sont fixes car les personnages coincés. Mais dès qu’on monte chez Jiji, il y a plus de mouvement : l’héroïne commence à se libérer et à se développer. On remarquera par ailleurs que le personnage de Madame Jiji a le même nom que la réalisatrice, ne serait-ce pas là une manière de déclarer que le cinéma permet de s’évader et de s’élever (au moins deux étages plus haut) ?

Cette dichotomie peut sembler simpliste, mais elle ne fait que mieux ressortir toutes ces forces qui oeuvrent dans le sens de l’oppression : Nahla y est exposée en sa qualité de femme, de femme arabe et de citoyenne syrienne en temps de guerre. Au demeurant, les personnages sont assez complexes pour que le film ne tombe pas dans une vision manichéenne tranchée au sabre.

Les rêves interdits

Le point de départ du film se situe, confie Gaya Jiji, à la frontière des rêves interdits. En premier lieu celui de faire du cinéma, ce qui est très compliqué en Syrie. « Je ressentais que je n’avais même pas le droit d’avoir ces grands rêves et encore moins de les exprimer, de proclamer ce que j’ai envie de dire.»

Il y aussi tous les désirs tus, la sexualité féminine, le rapport au corps… Dès lors, ces droits fondamentaux s’expriment par le rêve. A intervalles quasi-réguliers, le film est entrecoupé des rêves de Nahla, où on la voit avec un homme après l’amour. Elle y porte par ailleurs une chemise de nuit en soie, son tissu préféré. Ici, les rapports sont sensuels et sensoriels : le tissu touche le corps. Même la musique associée à ces scènes retranscrit le frottement d’une étoffe caressée.

Une figure symbolique

Les prostituées de Madame Jiji reçoivent régulièrement un militaire et lui racontent, à sa demande, toujours la même histoire. Nahla finit par se prêter au jeu, mais uniquement pour déformer le récit et froisser le plaisir de celui qui représente la violence de l’Etat. Cet événement clé de l’intrigue signe le début de son émancipation et fait d’elle une Shéhérazade en puissance.

En réalité, l’histoire est celle du prophète Joseph telle qu’elle a été énoncée dans le Coran. L’allusion n’est pas explicite, mais le rapprochement symboliquement parlant. Pour ne retenir que ces éléments : le prophète Joseph a le don d’interpréter les rêves et se laisse guider par eux, il se fait injustement emprisonner par Zuleïkha, la femme du pharaon, et il fait recouvrer la vue à son père au simple contact d’un bout de tissu.

Ce récit coranique a une place centrale dans la culture arabe et a été réinvesti dans plusieurs contextes. Plus particulièrement, le personnage du prophète a été réapproprié et brandi par les militants du Printemps arabe comme une figure de résistance, et symbolise jusqu’à ce jour le triomphe sur l’injustice.

Crever la bulle 

Cette section ne concerne pas l’oeuvre, mais je tenais à mettre en lumière ce qui suit.

Manal Issa, l’actrice qui joue le rôle de Nahla, s’est révélée particulièrement convaincante et à la hauteur de l’héroïne. Mais outre ses qualités d’interprétation, elle a beaucoup fait parler d’elle en raison de sa prise de position sur le tapis rouge. Elle a en effet brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Stop the attack on Gaza », le lendemain du massacre à Gaza qui a fait une soixantaine de morts.

Il faut rappeler que l’actualité peine à crever la bulle cannoise. Ce n’est évidemment pas le sujet du festival. Il n’en demeure pas moins que c’est l’un des événements les plus médiatisés au monde, avec ses montées des marches et son tapis rouge : summum du star système. Alors, dans un lieu entièrement dédié à la conjuration des égos, on ne peut qu’apprécier que l’on détourne la caméra une seconde du strass et paillettes, au risque de profaner le temple de Narcisse.

Youssef Bricha

« Les Oiseaux de Passage », prophétie sanglante du narcotrafic en Colombie

« Les Oiseaux de Passage », prophétie sanglante du narcotrafic en Colombie

Alijuna , Walapuinje, Puchipu et Apüshi, ce sont les mots en wayuunaiki permettant de résumer ce film : étranger, rêves, porte-parole et famille.

Après avoir connu un succès mondial pour son dernier film (L’Etreinte du Serpent, nominé aux Oscars il y a deux ans), Ciro Guerra revient à Cannes pour ouvrir la Quinzaine des Réalisateurs avec son dernier long métrage, Les Oiseaux de Passage (Pájaros de verano). Il raconte l’essor du narcotrafic, un fléau qui hante jusqu’à nos jours l’ensemble de la société colombienne, mais dans un milieu qui nous est moins connu : celui des tribus indigènes.

Ce film n’est pourtant pas un récit purement historique. Il se base sur des faits réels et y ajoute du réalisme magique, permettant ainsi de profiter d’un certain surréalisme assez caractéristique des histoires indigènes traditionnelles. Ce qui rend parfois cette tragédie quasi psychédélique, notamment grâce aux couleurs.

Nous sommes plongés dès le début du film dans la culture Wayuu, une tribu résidant au nord de la Colombie. Nous découvrons ses coutumes et ses mœurs, avec pour élément central la place prépondérante qu’a la famille au sein de cette communauté. Ce polyptyque divisé en 5 chants illustre alors l’ascension puis la chute de ceux qui s’enrichissent grâce au narcotrafic.

Le premier chant introduit le personnage de Rapanuï , un demi-indien qui convoite la fille de la matriarche Wayuu. Pour l’épouser, il se voit obligé de réunir une dot importante. Il décide alors de faire affaire avec les gringos, déclenchant de cette façon le marché du narcotrafic. C’est une histoire de famille, d’orgueil et d’un héritage traditionnel qui perd sa place face à une modernité souillée par l’avarice.

Les Oiseaux de Passage a été codirigé par la femme et productrice de Ciro, Cristina Gallego. Le film a une cinématographie véritablement épatante et réussit à mettre en place des variations de rythmes subites,  avec des scènes de violence qui escaladent (très) rapidement, comme une belle chanson de 2h02min.

En tant que colombien j’ai apprécié ce film qui offre un regard non romanesque du narcotrafic, tout en en montrant les effets réels qui sont très néfastes. Temporellement, il précède les « Narcos » et permet de comprendre comment ces figures ont réussi à exploiter le marché créé par cette tribu. Ce film réussit surtout à montrer à quel point cette culture frappe la société colombienne même dans les régions les plus reculées, et comment l’avarice peut porter atteinte à des individus, à des noyaux familiaux et à la société dans son ensemble.

Les Oiseaux de Passage passe au Forum des Images le 2 juin 2018 (5 euros la place) donc n’hésitez pas à aller découvrir ce merveilleux voyage.

David Rivera

« Une affaire de famille », fine chronique des liens du sang et du coeur

« Une affaire de famille », fine chronique des liens du sang et du coeur

La 71ème édition du festival de Cannes a déçu : une sélection discrète, un festival trop timide souligné par une faible fréquentation, l’absence de grandes stars et de grandes révélations cinématographiques. Pourtant, la Palme d’Or attribuée à Manbiki Kazoku (Une affaire de famille) de Hirokazu Kore-Eda ne nous déçoit pas.

Après The Third Murder, un thriller judiciaire passé inaperçu, Kore-Eda complète de nouveau son analyse de la famille à travers l’œil des enfants. Shota, un jeune garçon, est entrainé par son père dans une vie marginale rythmée par les vols à l’étalage. Un soir, ils décident de recueillir Juri, une jeune fille visiblement maltraitée. Accueillie dans la maison familiale, une vieille baraque isolée en plein Tokyo, Juri finit par prendre part à leur quotidien. Un quotidien partagé entre des divertissements en famille et des magouilles à la limite du légal.

De là naît toute la complexité du film, Osamu et Nobuyo (les parents) ne sont pas moins que des kidnappeurs et voleurs, sans mauvaises intentions certes, mais déjà bien au-delà des mœurs japonaises. Et pourtant, les scènes intimes rendent le spectateur rapidement complice. On savoure la poésie du quotidien et les petits délits que chacun commet (même la grand-mère n’y échappe pas). Kore-Eda réussit son pari car on finit par ne plus vouloir les quitter : on a le sentiment qu’après Juri, c’est nous que la famille a adopté.

Le cinéma de Kore-Eda reste très traditionnel, et séduira les amateurs de cette « hype japonaise ». Sa caméra, très humble, s’immisce dans l’intimité des personnages jusqu’à surprendre les parents savourant un bol de nouilles froides sous l’orage avant de retrouver une vie sexuelle jusque-là oubliée…

Une affaire de famille suggère que le bonheur en société se trouve dans les liens qui se forment avec le cœur et non les liens du sang. Cette morale aura du mal à être acceptée par le public japonais mais touchera le public français. En effet, le film dénonce les effets néfastes de la division de la société japonaise, entre la classe moyenne et les élites, une situation que Kore-Eda attribue en partie à la politique menée par Shinzo Abe. Il ne faut tout de même pas voir un choix politique pour la Palme d’Or, mais la récompense d’un grand film Japonais qui rayonnera à l’international (le prochain film de Kore-Eda aura un casting frenchie) !

Sebastien Charmettant

«CHIEN» OU L’ANIMAL ASOCIAL ?

«CHIEN» OU L’ANIMAL ASOCIAL ?

Aujourd’hui figure reconnue du paysage cinématographique francophone, Samuel Benchetrit décide de mordre à nouveau le tissu de la production audiovisuelle française pour dévoiler son nouveau long-métrage grinçant : Chien. Après s’être fait les griffes avec Asphalte, le metteur en scène originaire de Champigny-Les-Marnes adapte un autre de ses romans et veut mettre à jour la bête canine qui veille en chacun de nous.

 

Jacques Blanchot (Vincent Macaigne) se réveille tous les matins au son du même hélicoptère. Ce bourdonnement inquiétant d’un quotidien morne et creux devient rapidement synonyme d’une descente aux enfers. Jacques perd en effet d’abord sa femme (Vanessa Paradis), son foyer, son travail, son argent puis son humanité…  Vraiment ?

Ce qui se dégage de Chien au premier visionnage c’est un travail artistique détonnant sur l’image. Cadres fixes oppressants, lumière soignée habillant parfaitement une banlieue dystopique, le film dépeint un réel bien trop beau pour ne pas être angoissant. « Je tenais absolument à ce que le film soit visuellement beau. Je ne voulais pas faire de Chien un film social : il fallait presque qu’il soit de l’ordre du conte. » confie ainsi le réalisateur.

C’est dans cette périphérie urbaine désertée par la compassion que notre créature kafkaïenne moderne déambule, toujours animée d’une tendresse infinie et dérisoire face au déchaînement des réprimandes et de la violence qui l’entourent. Blanchot est donc un chien, « un chien plus qu’humain » souligne Benchetrit puisque même face à la cruauté des hommes, Jacques reste d’un pacifisme bienveillant, presque ingénu. Lorsque l’humain montre les crocs, le chien tend une dernière fois la patte à une société irrationnelle et perdue. Ce qui fait la force de Blanchot, et par delà, celle de l’humanité, c’est sa capacité à aimer quoiqu’il advienne. « Confronté à notre égoïsme, Jacques demeure des plus généreux. Il est surhumain.» confie Vanessa Paradis, épouse de Macaigne à l’écran.

Avec des niveaux de lecture multiples, Chien embrasse les thèmes métaphysiques basiques (simples) où chacun peut piocher et délivrer ses conclusions, de la critique sociale à la dénonciation des systèmes totalitaristes en passant par une interrogation subtile du fonctionnement de l’animal social.

 

Remettant en cause les archétypes de relation entre dominant et dominé, Chien est un film à la limite des genres, fable existentielle, comédie cauchemardesque ou drame cocasse. Grâce à la caméra de Benchetrit, « Chien parle de nous, des gens et de la société à travers une histoire entre rêve et cauchemar mettant en scène des gens qui nous ressemblent.» achève Vanessa Paradis.

Et si vous vous intéressez de manière plus générale à la symbolique du chien dans l’imaginaire artistique et collectif, on vous invite à philosopher avec les chiens.

Timothée Wallut

TOP 10 DES FILMS DE 2017

TOP 10 DES FILMS DE 2017

L’ACD a sélectionné pour vous les 10 meilleurs films de 2017 ! Ce classement est à l’image de l’année : riche et varié avec différents genres, de la comédie musicale au thriller policier en passant par le film de guerre. Un seul point commun : une bande-son exceptionnelle qui marque les esprits et fait résonner le souvenir du film. (Re)découvrez ces chefs d’oeuvre au rythme de leur musique, si souvent essentielle au 7e art (à lire: [Conférence] Musique & Cinéma).

N°10 : Baby Driver, d’Edgar Wright

Après être (malheureusement) passé inaperçu tout au long de sa carrière, Edgar Wright s’est finalement révélé au public comme un grand réalisateur avec son dernier film Baby driver. Suivez le personnage éponyme dans son voyage pour échapper à une vie criminelle tout en rencontrant Debora, sa zébra complémentaire.

Vous n’êtes toujours pas convaincus? Des performances de qualité comme celles de Jamie Fox et Kevin Spacey (RIP à sa carrière) accompagnées d’une bande son qui parvient à maintenir les spectateurs immergés dans l’ambiance du film me semblent des raisons plus que suffisantes. Baby driver parvient à articuler l’esthétisme et l’humour avec des courses-poursuites qui passeront dans l’histoire pour de véritables scènes cultes.

D.R.

N°9 : Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve

Le week-end de sa sortie aux États-Unis, Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve s’est classé à la première place du Box-office américain en récoltant près de 31 millions de dollars de recettes.

Cette suite a rapporté presque autant que le premier Blade Runner de Ridley Scott, sorti en 1982. C’était donc il y a 35 ans. L’accueil en Europe et en France du premier Blade Runner avait été chaleureux. Le film de Ridley Scott avait suscité de nombreux éloges, et l’on a rapidement vanté ses qualités visionnaires, son esthétique soignée, ainsi que les nappes sonores restées célèbres de la bande-son atmosphérique.

Et le second film n’a rien à envier au précédent que ce soit pour la direction artistique, les effets spéciaux, le casting (avec Ryan Gosling dans le rôle de K), ou encore le scénario avec des personnages bien développés, notamment le personnage de K.

Si vous avez aimé le premier film ou si vous aimez tout simplement les bon films de sciences fiction, alors ce film est fait pour vous.

Z.B.

A lire : Blade Runner 2049 : simple réplicant ou réussite dystopique?

N°8 : Dunkirk, de Christopher Nolan

[Attention : ce texte a été écrit par un Nolan’s fanboy.]

Christopher Nolan, à l’instar d’un Denis Villeneuve, est un réalisateur capable de créer un blockbuster conscient, un divertissement grand public de qualité, une expérience cinématographique réelle pour tous les types de spectateurs. Dunkirk, dernière production made in Nolan au budget dérisoire de cent millions de dollars, est un film historique montrant l’opération Dynamo de 1940 où l’armée britannique a dû évacuer les plages de Dunkerque (avec l’aide des Français) sous le feu des Allemands.

Nolan, dans une expérience visuelle intense d’une heure cinquante (c’est peu quand on connaît la filmographie du bonhomme), nous livre une vision bien précise de la bataille de Dunkerque. Gargantuesque travail de montage, le film se déroule sur trois unités de temps et de lieu : les cieux, la mer et enfin et surtout la jetée où patientent pendant trois interminables semaines les soldats anglais. L’attente. L’attente insoutenable. Émotion cruciale pour Nolan qui a confié ne pas vouloir réaliser un film de guerre mais bien un survival ».

Ponctué du tic tac incessant d’une musique composée par Hans Zimmer, le film ne fait pas de cadeau à ses protagonistes piégés sur cette jetée rapidement synonyme d’un long et lent purgatoire.

Quelque peu expérimental (il n’y a presque aucun dialogue), Dunkirk est une expérience organique qui scotche le spectateur à son siège et ne le lâche jamais. On frémit au moindre vrombissement annonciateur du passage des avions allemands, on se crispe au sifflement strident des bombes et on ferme les yeux, comme ces pauvres hommes, véritables cibles de foire, piégés sur cette plage, alors que les obus éclatent autour d’eux.

Nolan réussit donc un puissant long métrage, haletant jusqu’à la suffocation parfois, avec des choix visuels extrêmement forts. Même si le prisme choisi par le réalisateur peut sembler étroit pour décrire l’entière complexité d’une des plus grandes opérations militaires de la Seconde Guerre mondiale, ce dernier donne en réalité une dimension humaine à la guerre. Nous sommes avec les soldats, sur ce sable français, à regarder vers l’horizon, là où nous attend l’Angleterre (oui ce film est patriotique mais Nolan est plus subtile que moi regardez attentivement la fin).

Enfin bref, allez voir Dunkirk mais prenez garde : ce n’est pas un film de guerre comme les autres.

T.W.

A lire : Dunkerque, la victoire de Nolan? 

N°7 : Good Time, de Joshua et Ben Safdie

Connie et Nick, 2 frères, un braquage raté et voilà que les frères Safdie nous plongent dans un voyage au bout de la nuit haletant entrepris par Connie (Robert Pattinson) pour sauver son frère handicapé de prison.

Le film nous amène à suivre Connie le temps d’une nuit dans sa course effrénée portée par un amour fraternel intense et une envie de contrecarrer son destin. Enchaînement de péripéties aussi dramatiques qu’absurdes, on ne sait plus si l’on doit rire ou pleurer de la situation. Tout va très vite, on est embarqué dans un trip acidulé marqué par l’urgence et la frénésie. Le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer, on est complètement happé par le décor à la fois hypnotique et hallucinogène spécifié par les néons des bas-fonds du Queens, la musique onirique d’Oneothrix Point Never et la performance de Robert Pattinson.

Cette chute à 100 à l’heure se caractérise davantage par l’action mais les nombreux gros plans des personnages nous offrent des pauses d’intensité et d’émotion face à ces losers new-yorkais qui semblent condamner à leur sort puisque finalement cette nuit se referme telle une parenthèse sur une scène similaire à la première comme si tout ceci n’avait été qu’un rêve.

Les frères Safdie nous livrent ici une expérience sensorielle des plus exaltantes et poignantes de l’année.

L.B.

N°6 : Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel

Quoi de plus délicat pour un acteur que d’être privé de son instrument de travail ? Comment transmettre des émotions sans une moitié de visage ? C’est le défi que Nahuel Pérez Biscayart a brillamment relevé dans le nouveau film d’Albert Dupontel. Ce dernier retrace l’histoire de deux vétérans de la Grande Guerre, Maillard et Péricourt (Nahuel Perez). Souffrant des différents maux de l’après guerre, ils montent une escroquerie aux monuments aux morts pour survivre dans ce nouveau monde.

Le plan séquence d’ouverture est remarquable, on suit une scène de guerre des plus réalistes qui se finit par Maillard enseveli face à une tête de cheval. Albert Dupontel fait appel à des mouvements de caméra très complexes et variés, ainsi qu’une coloration digne des films de Jeunet. Il a su ajouter à l’oeuvre de Pierre Lemaitre son humour caustique voire gilliamesque, tout en restant fidèle à l’esprit du livre. Les personnages typés comme l’odieux capitaine Pradelle (Laurent Lafitte) qu’on aime haïr et le redoutable maire (Niels Arestrup) participent au caustique du film.

L’oeuvre originelle est riche et cela se ressent sur la diversité des sujets traités : pauvreté, patriotisme, traumatisme d’après-guerre, décadence des bourgeois. Mais le succès du film revient à l’équilibre entre le comique et le tragique, symbolisé par le jeu de Nahuel Pérez, usant de tous ses sens et d’une multitude de masques très expressifs dignes de la commedia dell’arte.

B.G.

N°5 : La La Land, de Damien Chazelle

Au-delà de la très forte (voire excessive pour certains) communication sur le film, vous avez très sûrement entendu parler de La La Land, le film qui réunit Ryan Gosling et Emma Stone, deux acteurs largement appréciés, dans une comédie musicale.

On aurait pu s’attendre à une comédie musicale classique, avec un scénario tout tracé : la beauté et la force d’une héroïne innocente vont être révélés par l’irruption d’un jeune homme dans sa vie. Or, on se retrouve face à deux personnages qui, oui, chantent et dansent puisque c’est le principe même d’une comédie musicale, mais se trouvent un peu à la dérive face à la difficulté de réalisation de leurs rêves respectifs.

C’est donc une histoire non seulement surprenante, mais qui emporte aussi très facilement le spectateur avec un esthétisme simple et la reprise fréquente des thèmes musicaux, qui sont ma foi fort audibles. Il suffit de se poser confortablement dans son siège et de regarder, il n’y a qu’à absorber les images. La La Land est donc un film simple et joli ; on peut justement le lui reprocher (à lire: La La Land, un film anti-transgressif) mais je pense que je peux le qualifier de film « sympathique » sans trop rencontrer d’opposition.

Parce qu’il a marqué 2017 en déchaînant les critiques, tantôt excellentes, tantôt destructrices, et parce que le regarder est synonyme de bon moment, je le recommanderais (et cela potentiellement avec des mouchoirs pour les plus fragiles d’entre vous).

E.R.

N°4 : Mise à mort du cerf sacré, de Yórgos Lánthimos

Si je ne devais retenir qu’une seule idée du dernier chef d’oeuvre de Yórgos Lánthimos, c’est que nos actions ont toujours des répercussions. Mise à mort du serf sacré est l’histoire d’un homme qui est forcé d’affronter les conséquences de ses fautes préalables.

Il est possible que vous ressentiez du stress, de l’angoisse ou peut-être même de la colère. Ce sont ces sentiments qui font preuve de l’expérience cinématographique à venir. Que ce soient les personnages, extrêmement cyniques et sociopates, ou les dialogues – comme celui du personnage principal qui raconte une expérience sexuelle de son enfance pour inciter son fils à se confier à lui – tout est singulier dans ce film. Le rythme est lent, la musique oppressante et on y parle de manière apathique, presque fiévreuse.

A peine commencé, la première scène nous plonge dans un univers étrange et froissant : un gros plan sur un coeur qui bat sur la table d’opération. On comprendra par la suite que tout le film est à cette image : cru, perturbant et qui se veut une véritable autopsie des pulsions humaines.

D.R.

Retrouvez notre critique cannoise du film ici.

N°3: Moonlight, de Barry Jenkins

Personnellement, si je devais conseiller un film pour cette année 2017 ce serait sans hésitation Moonlight. Bon en même temps il fait consensus, il a quand même remporté l’oscar du meilleur film 2017.

Ce drame américain réalisé par le talentueux et engagé Barry Jenkins retrace sous forme de triptyque l’enfance, l’adolescence et la vie d’adulte de Chiron. Jeune homme afro américain de Miami élevé par sa mère – crack Addict- subissant régulièrement les coups et moqueries de ses camarades d’école. Chiron tait depuis toujours son homosexualité, difficile à assumer dans la violence du milieu hostile dans lequel il évolue.

Jenkings est un réalisateur connu pour son engagement pour la communauté noire, notamment avec son long métrage Dear White People. Avec Moonlight il soulève de nombreux sujets forts, souvent tabous ou même occultés aux Etats-Unis. Il soulève les questions du racisme, de la ségrégation, de l’homosexualité… Ce qui pourrait être un brouhaha d’informations s’avère être un film qui se démarque par sa justesse.

L’esthétisme de cette adaptation d’une pièce de théâtre est tout aussi frappant, depuis la bande originale en passant par les acteurs, jusqu’à l’image. Cette pépite du cinéma indépendant américain ne vous laissera pas indifférent.

C.D.

N°2: The Square, de Ruben Östlund

« C’était super, mais franchement, ça m’étonnerait que ce genre de film puisse avoir la palme d’or ». Phrase acédienne à la sortie de la projection du film pendant le festival de Cannes. Et pourtant… Palme d’or du festival de Cannes 2017 et deuxième au classement annuel de l’ACD, The square s’en prend à tous les paradoxes et absurdités du monde de l’art et même de la société en général. La finesse du réalisateur suédois Ruben Östlund, lui permet de dénoncer avec légèreté cette société hypocrite dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Nous suivons un directeur de musée dans sa vie professionnelle et privée qui doit faire face à de nombreuses crises, révélatrices de certains non-sens de notre monde.

La force du film réside à la fois dans tous ces messages, comme le goût pour le buzz sans limite dans nos sociétés gouvernées par les médias, mais aussi la façon dont ils sont mis en scène, avec cette alliance très juste entre l’environnement léché, le scénario juste et les acteurs remarquables, qui nous offre de magnifiques scènes absurdes, de malaise et d’hilarité totale.

Une des scènes qui illustre le mieux la gêne qui peut nous envahir pendant ce film, est celle dans laquelle un comédien engagé par le musée, pousse aux extrêmes les caractéristiques d’un singe, pour une pseudo animation lors d’un dîner de mécènes du musée. Nous sommes tellement gênés, même sur nos fauteuils que l’on se voit presque attaqué par cette « bête ». Cette scène révèle à la fois les comportements particulièrement étranges dans le monde de l’art, mais elle dénonce aussi les réactions des spectateurs, qui font preuve d’une passivité pathologique et d’un profond égoïsme au sein du groupe.

« Ça parle du politiquement correct, c’est une dictature. Cette dictature est aussi horrifiante que d’autres dictatures. Le réalisateur a montré plusieurs exemples du politiquement correct. C’est extrêmement drôle. » Pedro Almodovar, Président du Jury du festival de Cannes 2017. Pas besoin d’en dire plus pour comprendre la place de ce film au sein de notre classement.

V.D.

A lire: The Square, le rugissement de la Croisette

N°1: 120 battements par minute, de Robin Campillo

Entre le Grand Prix reçu à Cannes et les affiches du film placardées sur tous les murs du métro parisien, difficile de passer à côté de 120 Battements Par Minute en 2017.

C’est au début des années 90’, parmi les vifs dialogues lors des réunions hebdomadaires d’Act Up, que nous plonge Robin Campillo, réalisateur du film. L’histoire relate la vie de ces militants qui se sont battus pour la reconnaissance des droits des malades du sida vivant, parfois survivant, dans une société qui ne leur laisse pas de place.

Le film est rythmé par la performance poignante de Nahuel Pérez Biscayart (que l’on retrouve aussi dans Au Revoir là-haut) et par la bande son signée Arnaud Rebotini qui donne une perspective musicale à l’histoire du film résonnant chez le spectateur bien après sa sortie de la salle.

E.A.

[Conférence] Musique & Cinéma

[Conférence] Musique & Cinéma

Le 4 décembre 2017 s’est tenue une conférence sur la musique au cinéma. A l’adresse de ceux qui n’auraient pas pu y assister, en voici un bref résumé.

Nos intervenants sont le professeur de musicologie Philipe Cathé, le compositeur pour films Xavier Berthelot et les deux membres Mourad Kejji et Myriam El Moumni du groupe Impulse, qui a notamment composé la musique du film Much Loved de Nabil Ayouch.

  • Une double création

On peut diviser les films en deux catégories : les films avec musique et les films sans. La seconde catégorie, bien que plus rare, est assez exceptionnelle pour qu’elle soit mentionnée. On va néanmoins se concentrer sur les films dans lesquels la musique a sa place.

Il faut tout d’abord savoir que la réalisation du film et la composition de la musique ne vont pas toujours de pair.

Premièrement, certains réalisateurs utilisent des musiques préexistantes, mais ceux-là ont le budget nécessaire pour payer les droits d’exploitation.

Deuxièmement, lorsque les réalisateurs demandent à des compositeurs de travailler pour eux, bon nombre d’entre eux se trouvent brimés dans leur création. En effet, certains réalisateurs utilisent ce qui est appelé des musiques temporelles, c’est-à-dire que la scène que le compositeur doit mettre en musique n’est pas muette lors de son visionnage par ce dernier. Ainsi, le compositeur n’arrive pas à se défaire de la musique qu’il a entendu sur la scène et tend à reproduire à peu près la même chose.

Enfin, il existe un ordre entre la réalisation du film et celle de la musique : soit la musique est créée la première et évoque directement quelque chose, soit le film est réalisé et on colle une musique dessus. Dans le premier cas, chaque image du film correspond parfaitement à la musique et suit le rythme de celle-ci.

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Jouée sur le plateau pendant le tournage, la partition légendaire d’Il était une fois dans l’Ouest a obtenu un succès discographique de la même ampleur que le film.

  • Compositeur/Réalisateur : des rapports compliqués 

Cependant, entre le compositeur et le réalisateur, le compositeur « reste un peu la femme battue du couple » comme le dit Xavier Berthelot. Ainsi, même dans les couples célèbres de musiciens et de réalisateurs comme Hitchcock et Hermann ou Éric Serra et Luc Besson, le compositeur, qui a pourtant déjà composé pour son réalisateur, passe tout de même les auditions pour s’assurer que sa musique correspond bien au film.

Alfred Hitchcock et Bernard Herrmann

De plus, dans la composition de la musique en elle-même, les musiciens ont souvent trop peu de temps pour créer ce qu’ils veulent. Et cette difficulté s’ajoute à celle déjà présente de la composition pure. Myriam El Moumni explique : à partir d’un seul visionnage, il faut prendre en note le time code. Puis, à partir de ce time code, il faut créer une chanson qui correspond aussi à l’ambiance de la scène. Or, il faut parfois s’y reprendre à dix reprises pour que la musique plaise au réalisateur.

Il est donc nécessaire de savoir mettre son égo de côté lorsqu’on est compositeur de musique pour film. Même dans des films cultes dont la musique est devenue célèbre, le compositeur n’était pas aussi maître de sa production que l’on aurait pu le penser. Par exemple, dans l’épisode « La Menace Fantôme » de Star Wars, la course à laquelle Anakin Skywalker prend part dure dix minutes. Cependant, les trois premières minutes sont dénuées de musique et la musique de Williams ne démarre qu’après ce temps écoulé. Et même lorsque l’on entend la musique, elle n’est pas pure car des bruits la recouvrent sans cesse. La musique est donc en lutte permanente avec le bruit, mais cela était nécessaire dans l’esprit de cette scène.

  • Le choix du silence

Dans d’autres films comme 2001 : L’odyssée de l’espace, Kubrick a tout simplement ôté la musique du compositeur. Cela lui renvoie le très dur message que le silence est préférable à ce qu’il avait créé. Dans des cas comme ceux-là, être compositeur de musique pour film peut s’avérer d’une rare violence.

Par ailleurs, l’importance de la musique varie d’un pays à l’autre. Ainsi, aux Etats-Unis, il y a de la musique sur les deux tiers des scènes, ce qui est très contraignant, tandis qu’en France, la musique ne prend qu’un quart des scènes. Les réalisateurs français préfèrent en général garder la musique pour les scènes qui en nécessitent vraiment. Rohmer ne met pas de musique dans le déroulement des scènes elles-mêmes. C’est un réel choix du réalisateur que de laisser la place au silence dans une scène : il faut qu’il n’y ait ni musique, ni paroles, ni bruit. Obtenir du silence est donc un choix lourd de sens.

Le compositeur doit donc créer un univers musical qui a son identité propre et qui correspond à la scène. Parfois, il suffit de trois notes pour rendre une scène magnifique, parfois la composition est bien plus ardue.

Le silence au cinéma : 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick 

  • La présence du style 

Une dernière distinction peut être faite entre musique diégétique et extradiégétique. Un son diégétique est un son physiquement présent dans les plans qui composent un film et qui fait partie de l’action filmée, il peut donc être entendu par les personnages. Un exemple de musique diégétique est le chant, puisqu’il émane des personnages mêmes et est donc intégré à la scène. Un son extradiégétique en est l’opposé et renvoie généralement à la musique composée et rajoutée aux plans après le tournage. Philippe Cathé estime que chacun de ces deux niveaux sonores produit un effet différent voulu par le réalisateur : à travers une musique diégétique, celui-ci s’efface de l’action tandis qu’une musique extradiégétique lui permet d’affirmer sa présence, à l’instar d’un auteur comme Balzac qui prend en charge le récit et dont le style est ostentatoirement présent, contrairement à un auteur comme Perec qui narre de l’intérieur et s’efface de l’intrigue.

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La musique doit à la fois être le réceptacle des émotions, et constituer un niveau de lecture supplémentaire. Dans certains genres de films, notamment dans les films américains, la musique doit aussi dire au spectateur ce qu’il doit penser. Dans les films, la musique occupe donc une place primordiale : les films sans musique sont considérés comme des exceptions ; tandis que dans les films avec musique, celle-ci peut pérenniser le film ou l’inverse, mais la distinction n’est pas bien claire tant musique et cinéma sont étroitement liés.

Top 3 des sorties ciné de novembre

Top 3 des sorties ciné de novembre

Carré 35

Eric Caravaca s’est lancé un défi des plus risqués, faire un film sur l’absence : l’absence d’archives, l’absence de souvenirs, et surtout celle de sa soeur morte à l’âge de 3 ans. En partant de presque rien, sinon quelques images tournées une soixantaine d’années plus tôt, il mène l’enquête sur le décès d’une soeur qu’il n’a jamais connue et qu’on évoque à grand-peine dans la famille. Il ne sait quasiment rien d’elle, sinon qu’elle est enterrée dans le carré 35 du cimetière de Casablanca. Mais il pressent qu’il y a quelque chose à découvrir, tout un pan de l’histoire familiale à exhumer et une vérité à retrouver. S’il tient autant à cette vérité, ce n’est pas uniquement par souci d’exactitude, mais surtout par l’expression d’un instinct très fort et inconscient qui lui fait ressentir une tristesse qui n’est pas sienne, et lui est d’autant plus étrange et étrangère qu’elle est passée sous silence par tous les autres membres de la famille. Les traumatismes vécus par les parents laissent-ils une trace à leur descendance? Peut-on hériter de la souffrance ? « Je vis, nous vivons avec un fantôme » dit-il de lui et sa famille sur l’un des rares clichés de son enfance.

Parmi ses démarches d’investigation, il interroge l’entourage de Christine. Il y a en premier lieu sa mère, qui reste toujours évasive et essaie de détourner les questions pour finir par déclarer qu’il est inutile de ressasser le passé. La force de son déni est telle qu’elle finit par y croire, et nous touche par sa lumineuse sincérité. Un rejet qui fait écho à un passage de la Porte des Enfers lu par Eric Caravaca : « Maudite soit-elle, cette pierre que je n’ai pas choisie et qui recouvre désormais mon enfant pour l’éternité. J’embrasse tout cela du regard et je crache par terre. Je ne viendrai plus jamais ici. Je ne déposerai aucune couronne. Je n’arroserai aucune fleur et ne ferai plus jamais aucune prière. Il n’y aura pas de recueillement. Je ne parlerai pas à cette pierre, tête basse, avec l’air résigné des veuves de guerre. Je ne viendrai plus jamais parce qu’il n’y a rien ici. » 

Ici, Eric Caravaca finit par faire évoluer le deuil de la mère, resté bloqué au début à sa phase de déni- et fait parler le silence en trouvant le ton juste. Car ce qui frappe avant tout dans ce documentaire, c’est la justesse avec laquelle il est réalisé. Sans être trop larmoyant ni sentimaliste, ou au contraire trop froid et dur, le film parvient à rendre universelle une histoire personnelle, et nous fait pénétrer dans ce terrain à la fois intime et commun qu’est la mémoire.

Y.B.

Au revoir là-haut

Dupontel vient de vous réconcilier avec le cinéma français.

Si vous êtes fatigués du blockbuster insipide à la sauce barbecue ou bien de la comédie facile à la bière, foncez découvrir Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. Le film, adapté du roman éponyme de Pierre Lemaitre, retrace l’histoire burlesque et dramatique d’un artiste mutilé pendant la Grande Guerre montant une escroquerie aux monuments aux morts. Un pitch comme celui-ci suffirait à nous séduire.

Même si le scénario souffre parfois de rares faiblesses et certains personnages auraient mérité un développement plus important (mais là on pinaille comme les charognards de critiques Télérama que nous sommes), vous serez emportés par la maestria de Dupontel. Hyperactif, le metteur en scène éblouit dès l’ouverture avec un plan séquence parfaitement exécuté suivi d’une scène de bataille qui n’aurait pas à rougir devant Dunkirk. Jouant avec aisance et habileté entre les différentes utilisations de la courte focale (on voit l’adepte de Terry Gilliam), virevoltant avec des plans séquences audacieux,

Au revoir là-haut est une oeuvre cinématographique au pied de la lettre : l’image nous parle (et oui moi aussi je me pignole intellectuellement). La caméra capte subtilement tous les enjeux qui entourent les personnages à l’aide d’un jeu de cadres et souligne l’effort de reconstitution des décors et du grain de l’époque. Ajoutez à cela la performance remarquable d’une étoile montante du cinéma français, Nahuel Pérez Biscayart (120 Battements par minute), aux côtés de références sûres (Laurent Lafitte, Mélanie Thierry, Niels Arestrup), et vous obtenez un délicieux film à consommer sans modération (et avec un paquet de mouchoirs même pour les durs à cuir). Au revoir là-haut est une poésie mouvante de couleurs et de cadres, d’émotions et de réflexions…

Bref, c’est un très bon film, allez le mater.

T.W.

Mise à mort du cerf sacré

Si je ne devais retenir qu’une seule idée du dernier chef d’oeuvre de Yórgos Lánthimos, c’est que nos actions ont toujours des répercussions. Mise à mort du serf sacré est l’histoire d’un homme qui est forcé d’affronter les conséquences de ses fautes préalables.

Il est possible que vous ressentiez du stress, de l’angoisse ou peut-être même de la colère. Ce sont ces sentiments qui font preuve de l’expérience cinématographique à venir. Que ce soient les personnages, extrêmement cyniques et sociopates, ou les dialogues – comme celui du personnage principal qui raconte une expérience sexuelle de son enfance pour inciter son fils à se confier à lui – tout est singulier dans ce film. Le rythme est lent, la musique oppressante et on y parle de manière apathique, presque fiévreuse.

A peine commencé, le premier plan nous plonge dans un univers étrange et froissant : un gros plan sur un coeur qui bat sur la table d’opération. On comprendra par la suite que tout le film est à cette image : cru, perturbant et qui se veut une véritable autopsie des pulsions humaines.

D.R.

Retrouvez notre critique cannoise du film ici.

BLADE RUNNER 2049 : Simple réplicant ou réussite dystopique ?

BLADE RUNNER 2049 : Simple réplicant ou réussite dystopique ?

Il y a 35 ans sortait en salle Blade Runner, film noir empruntant les codes de science-fiction, réalisé par Ridley Scott et librement adapté du roman de Philip K.Dick, Do androids dream of electric sheep ?

La réalisation d’une suite de ce film, initialement boudé en salles puis devenu culte et désormais unanimement reconnu comme une œuvre clé pour le genre de la science-fiction sur le grand écran, s’avérait donc à la fois un défi audacieux mais aussi risqué.

Peut-on donc dire que Denis Villeneuve, après Prisoners, Sicario ou encore Premier contact, a réussi son pari ?

 

Blade Runner 2049, un film qui s’inscrit parfaitement dans l’univers de son prédécesseur

 

On peut tout d’abord considérer Blade Runner 2049 comme une réussite de par le fait que le film s’inscrit de manière totalement cohérente avec Blade Runner, tout en parvenant à créer sa propre identité. En effet, de nombreuses suites récentes de blockbusters à l’instar du Réveil de la Force ou de Jurassic World faisaient du fan-service l’une des pierres angulaires de leur réalisation. Ici, le recours aux éléments qui se sont déroulés 30 ans avant le début de l’intrigue de Blade Runner 2049 est fait de manière presque mythologique : Ils sont suffisamment prononcés pour qu’on les remarque mais aussi suffisamment subtils pour qu’on ne s’y attarde pas trop.

Ainsi, l’apparition de Gaff (interprété par Edward James Olmos) et la visualisation du test Voight-Kampf de Rachel (qui renvoie à la première rencontre entre Deckard et cette dernière dans le premier film) sont à la fois brèves, mais surtout pertinentes, car nécessaires à la progression de l’enquête de l’Agent K interprété par Ryan Gosling.

C’est précisément cette nouvelle enquête qui permet au film de façonner dans un autre temps sa singularité. Cette singularité semble être donnée d’entrée par le deuxième plan du film : Denis Villeneuve ne se contente pas de remettre au goût du jour l’ambiance morose nocturne et dépravée de la ville de Los Angeles. Il reprend l’environnement de 2019 tout en l’enrichissant par le biais de magnifiques plans aériens où le gigantisme se fait particulièrement ressentir, notamment lorsque les protagonistes sont amenés à prendre leur véhicule.

On retrouve la patte de documentariste du réalisateur canadien, avec de grands reliefs dépeints par des effets CGI de qualité pour les décors (dirigés par Denis Gassner), des plans-séquence magnanimes d’une Los Angeles surdimensionnée et aux édifices multiples ; et une palette photographique aussi riche que variée.

La singularité de Blade Runner 2049 est également donnée par le choix de son protagoniste. Vingt-sept ans après un « blackout », et suite à l’appropriation de la compagnie Tyrell (fabricante des réplicants de modèle Nexus-6) par le milliardaire industriel Wallace (interprété par Jared Leto), un nouveau modèle de réplicants (Nexus-8) a émergé, caractérisés par une totale docilité. Les modèles Nexus-6, quant à eux, demeurent hors la loi et il est donc de la responsabilité des blade runner de les retirer. Or, contrairement à 2019, les blade runner ne sont plus nécessairement humains : C’est le cas de l’Agent K joué par Ryan Gosling dont la nature de réplicant nous est donnée dès les premières répliques.

Ainsi, contrairement au film original, les premières minutes nous laissent penser que le problème soulevé ne sera pas de se demander si K est réplicant ou humain (alors que la nature du blade runner joué par Harrison Ford continue encore d’alimenter les débats aujourd’hui.)

 

Une enquête abordée sous le prisme de la quête existentialiste

 

Néanmoins cette connaissance de l’artificialité de K et la conscience de celle-ci par ce dernier n’en rendent pas moins l’enquête intéressante, puisqu’elle renvoie à l’une des thématiques chères au genre de la science-fiction et qu’avait su superbement poser Ridley Scott en 1982 : La quête d’identité.

Cette enquête vise pour l’agent à comprendre et trouver le fruit d’un miracle : la naissance d’un enfant issu d’une réplicante, 30 ans plus tôt. A priori impossible, cette potentielle naissance divine, presque analogue à celle des Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron, vient alors remettre en cause tous les schémas civilisationnels sur lesquels s’est construite la domination humaine des années 2020, tout en remettant en question la construction individuelle de K.

Plus l’enquête avance, plus K trouve des éléments susceptibles de le persuader de son exceptionnalité, rendant ainsi la personnification de l’intrigue bien plus poussée que celle de Blade Runner premier du nom. Plus largement, Blade Runner 2049 reprend l’interrogation qu’avaient soulevée les réplicants du premier film, à savoir qu’est ce qui fait l’humanité.

Pour traiter cette question, le film aborde plusieurs axes de la réflexion. Le premier est celui de la mémoire et des souvenirs. Chaque réplicant, lorsqu’il est modelé et conçu, se voit implanté des souvenirs artificiels et créés de toute pièce afin de les doter d’une identité par le biais d’un passé remémoré. En effet « on a besoin de souvenirs pour savoir qui on est » pour reprendre les propos de Leonard Shelby dans le Memento de Christopher Nolan.

L’attachement de K. à ses souvenirs implantés et l’enquête qu’il mène l’amènent vers  une interrogation capitale : Ses souvenirs ne sont-ils qu’artificiels ou au contraire ont-ils été réellement vécus ? L’attention donnée aux souvenirs par le protagoniste nous semble alors donner l’idée que ce ces derniers constituent l’un des fils directeurs de notre existence et s’apparentent comme un primat indispensable au déclenchement de toutes nos actions et de notre capacité à donner sens à nos actes. C’est ce fil directeur, et primat, qui constituerait alors notre humanité.

A la vue du film, on peut également légitimement se dire qu’un individu est doté d’humanité, voire d’humanisme, lorsque ce dernier est en mesure d’éprouver des sentiments pour Autrui, et de penser ses actes par la considération de ces derniers. La relation qu’entretient K avec Joi, hologramme domestique avancé lui servant de petite amie et interprétée par Ana de Armas, rend parfaitement compte de cette idée. Bien que parfaitement conscient de sa supériorité physionomique vis-à-vis d’elle, K n’en reste pas moins attaché à cette dernière et tous deux entretiennent une véritable relation affectueuse, aussi poussée que celle de Joaquim Phoenix et Scarlett Johansson dans Her.

Chacun comprend les besoins de l’autre et cherche à les satisfaire. C’est ainsi dans cette optique altruiste que le film propose l’une de ses meilleures scènes (avec celle de l’affrontement K/Deckard, celle de la conception des souvenirs et celle du combat final) lorsque Joi sollicite une prostituée humaine pour pouvoir faire corps avec elle, et ainsi faire l’amour à K, non plus de manière artificielle ou imaginée, mais de manière fusionnelle.

Enfin, est-ce le fait que nous soyons potentiellement dotés d’une âme comme le mentionne la chef humaine du LAPD interprétée par Robin Wright, ou encore notre capacité à dépasser notre propre personne pour l’accomplissement d’une plus grande cause, qui constituent notre humanité ? Toutes ces interrogations qu’avaient soulevé le film original sont une fois de plus superbement abordées par Denis Villeneuve dans ce sequel.

 

Une œuvre dystopique à portée sociologique

 

Ce qui fait la force d’une œuvre de science-fiction, c’est également sa capacité à s’interroger sur les mécanismes sociétaux et sociaux de nos sociétés actuelles et des rapports qu’entretiennent les individus avec cette dernière. Le premier rapport observable à l’écran est le regard porté par les humains vis-à-vis de K. Ces derniers le dénigrent et méprisent, lui, le réplicant aux capacités physiques voire intellectuelles bien plus développées que celles de l’humanité, en le traitant à plusieurs repris de « skinner » soit de « peau de robot », insulte discriminatoire faisant directement écho aux phénomènes d’exclusion sociale.

Ce phénomène de coexistence non pacifique peut renvoyer à la situation de cohabitation vécue entre l’Homme de Neandertal et l’Homo Sapiens, si l’on adopte un un point de vue scientifico-historique, avec une espèce en voie de dépasser l’autre et par conséquent intimidée et discriminée de la part de l’espèce menacée d’extinction. Mais cette coexistence renvoie aussi directement au concept sociologique de lutte de classes basée sur les rapports d’aliénation. Cette aliénation peut notamment être rendue compte par les nouveaux tests de conditionnement employés par les humains sur les modèles Nexus-8 pour s’assurer de leur docilité.

Concernant la société qui compose la ville de Los Angeles de 2049, 3 camps peuvent être identifiés : le LAPD, La société Wallace et les réplicants. Chacune de ces strates renvoient à des structures politiques précises, aux motivations diverses, bien que parfois difficiles à identifier de par la nouvelle absence de manichéisme au sein de l’intrigue.

Le Lieutenant Joshi interprétée par Robin Wright et responsable du LAPD est la représentante des intérêts régaliens bourgeois visant à maintenir les rapports de classe et la hiérarchie aliénante en vue de maintenir la paix sociale. C’est pourquoi lorsque l’agent K découvre la possibilité d’une « naissance divine » issue d’une réplicante, Joshi (qui est sa supérieure) souhaite que l’affaire soit étouffée à tout prix. Wallace, quant à lui, représente la grande entreprise privée en quête de progrès absolu. Il veut retrouver l’enfant, car produire des réplicants requiert des ressources qu’il ne possède pas en quantité infinie.

En plus d’être un individu imprégné des logiques productivistes, Wallace pourrait être assimilé à une allégorie fasciste. En effet, son ambition est conforme à l’idéal originel de cette idéologie totalitaire, à savoir la volonté de pousser les individus vers le haut quels qu’en soient les moyens et conséquences, au nom du progrès, afin que l’Homme atteigne quelque chose de plus grand que sa simple condition. Ce dépassement marquerait alors l’avènement d’un Homme nouveau, embrigadé dans une masse collective forte et dépassant la simple sphère de l’individualité.

Le camp des réplicants apparaît plus tardivement dans le film et peut s’apparenter à l’émergence d’une classe non plus seulement en soi mais aussi une classe pour soi : ces derniers prennent conscience de leurs intérêts communs et de la nécessité de trouver l’enfant né d’une réplicante. Le trouver leur permettrait de se doter d’un symbole fort et rassembleur dans le cadre de la lutte finale visant à la libération de leur condition d’esclaves.

Enfin, au-delà d’une fiction futuriste, c’est une représentation de notre époque et des craintes qu’elle engendre que nous livre Blade Runner 2049. La multiplication des incitations à la consommation de masse totale (placements de produits multiples), le renforcement du contrôle social par le biais d’une surveillance technologique omnipotente, et la représentation d’une volonté d’un progrès absolu font que ce film conserve l’ADN de « super-réalisme » de Blade Runner, terme qu’avait employé l’écrivain Philip K.Dick pour désigner le genre de réalisation de Ridley Scott.

 

Bilan

En dépit d’une construction scénaristique simpliste et de quelques longueurs, la richesse visuelle et thématique de Blade Runner 2049 fait de ce dernier une réussite. Son visionnage peut être apprécié autant par les connaisseurs du premier opus que les non-initiés, et la non explication de certains évènements internes à l’univers (tels le « blackout) ne nuit absolument pas à l’immersion. Concernant celle-ci, la composition de Benjamin Wallfish et Hans Zimmer est juste, et contribue donc à cette dernière, bien que l’absence d’un thème mémorable, à l’instar des morceaux de Vangelis du premier opus, soit regrettable.

Benjamin McIntosh & Maxence Van Brussel