Chimpanzés, de Mark Linfield et Alastair Fothergill

Chimpanzés, de Mark Linfield et Alastair Fothergill


Chimpanzés n’est pas un film comme les autres. Pas tout à fait une fiction. Pas non plus un documentaire. Le terme docu-fiction est adapté. L’œuvre tient son statut d’hybride de par ses images d’un côté, très clairement réelles et proprement saisissantes, et de par sa narration de l’autre, menée par le célèbre acteur de comédie Tim Allen qui apporte sa voix à l’édifice.

Commençons par le point fort du film : ses images. Comme pour les précédents films du studio Disneynature, notamment Earth et Océans, la mise en scène assurée par Mère Nature elle-même est absolument incroyable. Chaque image de ces chimpanzés nous renvoie à notre propre comportement tant on se rend compte qu’ils sont terriblement humains. Permettez moi de caricaturer : sur certains passages, notamment les repas et les moments de tendresse entre le désormais célèbre Oscar (son adorable petite tête a accompagné vos trajets en transports pendant presque un mois) et sa mère Isha on a l’impression de voir sous nos yeux la vie de tous les jours de petits humains un peu plus poilus que nous et avec une fâcheuse tendance à monter aux arbres.
Il est important d’insister sur ce point : la vie de tous les jours, puisque c’est ça qui est montrée avec un réalisme saisissant au niveau des images, la vie d’une horde de chimpanzés, leur mode de fonctionnement, leurs relations, leurs moyens de subsistance, etc. Vous aurez remarqué que je précise « au niveau des images », en effet on attaque le deuxième pan du film : la voix qui nous accompagne tout au long du film.

Allen est en effet tellement présent à la narration qu’il dicte complètement le rythme du film. A tel point qu’à certains moments on a très franchement une grosse envie de lui dire de la fermer. Ce n’est pas que sa voix soit désagréable, non, c’est ce qu’il dit et la fréquence de ses interventions qui l’est. Allen a en effet un rôle assez compliqué : faire à lui tout seul d’images réelles une fiction à la hauteur des plus grands Disneys. Si on le suit dans son délire effectivement voici le « scénario » : une horde de chimpanzés menée par un grand dadais nommé Freddy vit tranquillement sa vie, centrée autour de sa principale richesse : son arbre à noix (nut grove), « l’action » se concentre sur Oscar, petit chimpanzé tout mignon et sa maman Isha dont les moments tendres ne sont pas sans rappeler les relations Maman/Bambi ou Mufasa/Simba. Seulement, un méchant groupe rival mené par un certain Scar (tiens tiens, quelle coïncidence!) convoite le nut grove du groupe de Freddy qui finit par être attaqué, Isha meurt, Oscar est tout seul, mais en fait non il trouve un père en la personne de Freddy, la horde de Scar attaque à nouveau mais la team Freddy vainc par la force de l’unité et de l’amour. C’est tellement classique que ça aurait pu passer (et que je me suis permis de vous spoiler). Mais Allen tout seul ne peut pas porter tout un Disney sur ses épaules, il est obligé de surjouer, et d’infantiliser totalement le film qui est pourtant la quintessence du beau. Les images sont dignes d’un documentaire de National Geographic puissance 1000 (la nature a rarement été autant magnifiée) ; le texte d’un mauvais dessin animé de la chaîne Gulli.

En résumé, tout n’est pas à jeter dans ce film, au contraire, c’est certainement les plus belles images que j’ai vues au ciné depuis bien longtemps, mais il est gâché par une narration complètement infantilisante qui relègue ce film au potentiel certain, au rang de meilleur documentaire animalier de l’histoire destiné aux 6-8 ans. Un gâchis. Je ne vois pas de meilleur moyen de conclure cette critique que de vous rediriger vers cette vidéo des Golden Globes 2011 où ce génie de Ricky Gervais se paie la tête de Tim Allen, c’est méchant, c’est gratuit, mais après avoir vu Chimpanzés vous serez tout à fait d’accord avec lui.

Marwan Kheldouni

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