[Classique] Annie Hall, de Woody Allen

[Classique] Annie Hall, de Woody Allen

Annie Hall est un film à part dans la filmographie de Woody Allen, pour deux raisons : l’une d’elle c’est qu’il est son film le plus auto-biographique ; l’autre, c’est qu’il est le meilleur film de toute l’histoire du cinéma.

Woody Allen y incarne Alvie Singer, un humoriste à succès ayant les traits de caractères typiques de tout personnage «Allenien» ; névrosé, angoissé par la mort, paranoïaque, et surtout : extrêmement drôle.

Annie Hall est elle incarnée par Diane Keaton ; jeune femme fraîchement débarquée à New-York de sa province : délurée, naïve, peu sûre d’elle-même, mais pleine d’intelligence ; elle succombe rapidement au charme d’Alvie, et réciproquement.

Inutile de préciser que ce film se résume à une heure trente de moments hilarants – énumérer une seule scène serait profondément injuste -, tristes parfois, mais surtout profondément émouvants. Critiquer le film dans son ensemble méritait une thèse à lui seul.

1. «Je n’accepterais jamais d’entrer dans un club qui m’accepterait comme membre.» Groucho Marx

La problématique essentielle de ce film est celle de la plupart de l’espèce humaine : les relations amoureuses.

Woody Allen commence par un monologue face-caméra où il décrit ses relations avec les femmes par la phrase sus-citée de Groucho Marx ; de façon plus prosaïque : «Je te fuis, tu me suis, tu me fuis, je te suis.». Car le personnage d’Alvie Singer, aussi brillant soit-il, n’a que très peu confiance en lui-même ; dès lors, à chaque nouvelle rencontre, à chaque relation qui s’installe, s’immisce en lui un paradoxe : comment puis-je plaire à cette personne si moi-même je ne me plais pas ? Conclusion : cette personne ne mérite donc pas l’estime que je lui porte.

Inconsciemment, et de façon beaucoup plus subtile, c’est bien la peur d’une vraie relation amoureuse qui provoque cette pensée : à quel degré suis-je capable de m’investir pleinement dans une relation, qui potentiellement, pourra finir par échouer, et donc me faire profondément souffrir ?

Ainsi, avant sa rencontre avec Annie Hall, nous avons l’aperçu de deux anciennes relations qu’a eu Alvie Singer : d’un côté une jeune fille cultivée mais ennuyeuse, de l’autre une caricature de la gauche-caviar sous Xanax. L’impression donnée est que dans ces deux relations, Alvie savait au fond de lui que celles-ci allaient se finir ; ce qui peut paraître au premier abord déprimant est surtout rassurant : Alvie n’a pas peur de l’échec de sa relation car sa fin est certaine.

C’est tout l’inverse qui se passe lors de sa relation avec Annie Hall : il s’y jette à corps perdu, en sachant profiter du moment présent ; «CaRpE DiEm» / #yolo deviennent ses principes.

2. La vraie histoire de Diane Keaton et de Woody Allen.

Le film prend tout son sens lorsque l’on connaît la vraie Histoire entre Diane Keaton et Woody Allen. Anecdote qui n’en est pas une Le vrai nom de Diane Keaton était Diane Hall et son surnom était Annie ; l’auto-biographie est donc bien réelle. Le film est réalisé en 1977, et fait notable : Diane Keaton et Woody Allen ont eu une relation fusionnelle de 1972 à 1974 avant de se séparer.

Pourtant, leur collaboration ne cessa pas à la fin de leur relation : ils réaliseront neuf films ensemble, dont quatre après leur séparation.

Chacun connaîtra de nombreuses et diverses relations par la suite, plus ou moins fructueuses, mais un fait reste irrémédiable jusqu’à ce jour – de leur propre aveu – : Woody Allen, 78 ans, considère Diane Keaton, 68 ans, comme son amie la plus intime, et réciproquement. Un amour, platonique (sait-on jamais avec Woody Allen), mais un amour tout de même.

Voilà donc la fabuleuse leçon de vie que procure ce film: vous n’avez qu’une seule vie (fait que Woody Allen ne cessera de répéter tout au long de sa filmographie) et c’est donc pour cela que vous ne devez pas avoir peur de l’échec ni de souffrir, pas seulement au niveau professionnel, au niveau de vos projets, mais aussi de vos relations amoureuses. Ou plus exactement : surtout au niveau des relations amoureuses, car comme le dit Woody Allen à la toute fin du film :

« Je pensais à cette vieille blague, vous savez, ce type va chez un psychiatre et dit : «Docteur, mon frère est fou. Il se prend pour un poulet.»

Le docteur lui répond : «Et bien, pourquoi ne le faites-vous pas enfermer ?»

Le type dit : «J’aimerais bien, mais j’ai besoin des œufs.»

Et bien, je crois que c’est ce que je ressens au sujet des relations. Vous savez, elles sont totalement irrationnelles et folles et absurdes et… mais je crois qu’on continue parce la plupart d’entre nous ont besoin des œufs. »

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Pablo Aguirre de Carcer

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