Cloud Atlas, avec Tom Hanks et Halle Berry ✭✩✩✩✩

Cloud Atlas, avec Tom Hanks et Halle Berry ✭✩✩✩✩

Réalisé par Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer 

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Cinq époques différentes concentrées dans un seul film, des acteurs tels que Tom Hanks, Halle Berry ou Hugh Grant jouant chacun des rôles différents selon les siècles, voilà déjà de quoi emballer le spectateur qui s’émerveillera du caractère innovant et prometteur du scénario, voire qui appréhendera le fait de ne pas être à la hauteur pour bien suivre le fil de l’histoire.

Or, rien n’est plus trompeur que ce genre de film, qui n’est en réalité qu’un simple concentré de clichés. Le principal objectif du film est justement de combler le vide inhérent aux images, à travers un scénario a priori très « complexe ».

Chaque plan apparaît comme une sorte de spot publicitaire. C’est à peine s’il y en a un qui dépasse les 30 secondes, faisant sans cesse passer le spectateur d’une époque à une autre, d’une histoire à une autre, jusqu’à lui en donner la migraine. Il est vrai que le fait d’entremêler tous ces récits différents les uns avec les autres permet de camoufler- en partie – l’absence totale de consistance de chacun d’entre eux. Ainsi, chaque image-spot a pour fonction d’en « jeter plein la vue » au spectateur, de ne jamais cesser de le capter, à travers des multiples scènes de course-poursuite, de fusillades, d’attaques de tribus dans la forêt etc… Si certains plans peuvent être impressionnants pour leur qualité technique (lorsque Halle Berry s’enfonce dans l’eau avec sa voiture par exemple, ou lorsque la jeune coréenne se trouve, dans le vide, sur une passerelle très étroite à la hauteur des gratte-ciels), c’est là le seul intérêt du film. Et encore, il ne nous apprend rien de nouveau sur la technique au cinéma (contrairement à des films comme Avatar ou Inception, qui avaient au moins le mérite d’être plutôt innovants sur ce point-là).

Le but de Cloud Atlas est de transmettre au spectateur une belle leçon de vie, de lui enseigner comment il devrait se comporter en société. La morale de l’histoire est qu’il est important d’encourager les actes du quotidien qui rompent avec l’ordre des choses, qu’il faut se montrer attentifs aux autres, car tout notre être n’est formé qu’à partir de nos relations avec autrui. C’est en nous libérant des normes qui nous sont prescrites, en échappant à ces barrières, que l’on pourra ainsi modifier toute la chaîne du temps et l’ordre du monde. Le film fait donc le bilan de toutes les sortes de relations « hors-normes » qui peuvent exister entre les hommes : un blanc qui devient ami avec un esclave, un couple d’homosexuels très amoureux (oui, parce que les homosexuels peuvent aussi tomber amoureux !), une femme journaliste qui veut se battre contre une grande entreprise nucléaire, un homme d’une tribu reculée qui finit par accorder sa confiance à une étrangère venue d’une grande ville (le monde traditionnel vs le monde moderne). Et on n’oublie personne dans le film : même les vieux – ces marginaux in de notre époque – sont célébrés ici, en les faisant s’évader courageusement de leur maison de retraite. Partout, on prêche la bonne parole, on diffuse la belle morale.

Donc, ce film nous apprend que l’esclavage n’est pas une pratique très juste, qu’il peut arriver que deux garçons tombent amoureux, que les femmes ont commencé à s’émanciper en fumant des joints pendant les années 1960, qu’il ne faut pas laisser tomber les personnes âgées et que la tolérance est quelque chose de bien. Sans oublier la nécessaire référence aux camps de concentration version 2.0, dans un futur éloigné, où cette fois-ci, les prochaines victimes sont nos copains les asiats.
Arrêtez ce supplice, s’il-vous-plaît…

A vouloir défendre des idées positives, tenter d’éclairer le spectateur sur le monde et son époque, et de lui donner une ligne de conduite pour sa propre vie, Cloud Atlas ne propose qu’une surenchère écœurante et futile des sujets les plus importants de l’histoire de l’humanité. C’est un véritable désastre. Certes, on saisit la bonne intention, on comprend ce que veut défendre le film. Ce n’est, en effet, pas le propos du film en lui-même qui est dérangeant (étant donné qu’il n’est qu’un concentré de lieux communs, il est impossible de le réfuter !), mais c’est la façon dont il est représenté, à savoir d’une manière totalement abrutissante. Il n’y a pas de véritable différence entre le fait de regarder Cloud Atlas et de zapper toutes les 30 secondes entre cinq chaînes de son poste de télévision pendant 2h45. Dans ce cas, autant regarder en boucle la dernière pub d’Air France, qui est bien plus touchante.

Il serait temps de comprendre que ce n’est pas le discours en lui-même qui compte au cinéma ; le cinéma n’est pas un moyen pour diffuser des slogans, pour vendre une idée, mais c’est un support en soi, qui peut, sans cesse, être étudié et exploité pour toutes ses potentialités. Rien n’est pire qu’un film dans lequel le réalisateur se sent obligé d’expliquer les images en même temps qu’il les montre (souvent à travers une voix off). Au contraire, tout l’enjeu au cinéma est que les images réussissent à parler d’elles-mêmes. Ici, à travers un usage des plans purement fonctionnaliste, le spectateur est invité à consommer, pendant près de 3h, des images vides de fond.

En tout cas, ce film nous donne une bonne leçon : se fier aux apparences ! Dire que Spring breakers apparaissait comme une campagne publicitaire totalement creuse pour une marque de bikinis… Mais c’est bien Cloud Atlas qui, à travers son scénario si « innovant », n’est finalement qu’un concentré d’images figées, sans âme, tout droit sorties d’une agence de publicité.

Infantilisation du spectateur. Lavage de cerveau immédiat.

Marion Attia

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