Comment pécho grâce à Sean Penn

Comment pécho grâce à Sean Penn

On ne va pas se mentir, personne ne va au cinéma innocemment. Pour certains ce sera l’occasion d’oublier les rattrapages, pour d’autre de voir des amis, mais pour beaucoup ça reste un moyen efficace et éprouvé pour pécho une bonne fois pour toute.

Dans ce cas de figure il faut résonner stratégique : un film avec Ryan Gosling ? Non, vous ne pouvez pas rivaliser avec un beau gosse à moitié-roux. Un film français de merde histoire qu’elle s’ennuie et se concentre sur vous ? Non, devant un Godard elle finira par se mettre à ronfler, il y a plus glamour comme situation. Votre salut viendra de Sean Penn qui a pensé à vous. En plus de s’être laissé pousser une seyante moustache et d’avoir aidé à la capture d’un trafiquant de drogue mexicain, Sean Penn à réalisé cette année le film qui changera votre vie : The Last Face.

The Last Face, c’est l’histoire d’un médecin espagnol aux dents blanches bossant pour Médecins sans frontières (Javier Bardem) qui donne sa vie pour soigner les enfants malades au Libéria, le tout avec classe et sensualité puisqu’il a choppé toutes les meufs de l’expédition (bon, il y a que deux meufs dans l’expédition, mais ça lui fait quand même un bon 100% de succès, tout le monde ne peut pas en dire autant, hein Denis Beaupin). Tout d’un coup, alors qu’il était tranquillement en train de soigner des enfants blessés, débarque la fille du fondateur de MSF qui a l’avantage d’être Charlize Theron. Au milieu de la jungle et des combats, les deux médecins vont tomber amoureux, et vivre une romance torride et complexe sur fond d’humanisme (une romance c’est bien, mais en sauvant des enfants, c’est mieux).

Le scénario n’a pas l’air mal, ça va lui plaire, et avec en plus au casting Jean Reno et Adèle Excharcopoulos, vous ne serez pas déçu non plus, d’une pierre deux coups.

Vous être tranquillement installés dans la salle de cinéma, judicieusement placés à l’écart des autres spectateurs, les sièges sont moelleux et le pop corn est caramélisé, tout va bien se passer.

Le film commence, une musique stridente et bien larmoyante fend le silence « ils n’avaient plus de crédit pour le fond sonore » pensez-vous légitimement. Et bah non, le générique vous apprend que c’est Hanz Zimmer himself qui a composé cette symphonie du mauvais goût, on croirait un clip du Parti Socialiste, ça sent la défaite.

Et là deux minutes après l’extinction des lumières le coup de grâce, le film commence par un panneau « La violence de la guerre n’est comparable qu’à la brutalité des rapports entre un homme et une femme qui s’aiment d’un amour impossible ». La salle rit, vous intérieurement vous pleurez, ça sent le navet à plein nez.

Le film se déroule, de la musique larmoyante partout, tout le temps; la caméra est automatique : des travellings et des zooms toutes les dix minutes (oh ! Javier Bardem assis dans le désert et là, oh ! on voit plus que ses yeux) et parfois le directeur de la photographie se fait plaisir en balançant du rouge, du vert, du bleu, c’est la fête.

Au bout d’une heure rien n’avance, ce bon Javier a chopé Charlize Theron (et mon dieu, pourquoi ce gros plan de 30 secondes sur ses pieds ?), mais en même temps Charlize, elle, n’est sûre de rien parce que le Javier il a déjà chopé toutes les meufs de l’expédition (dont Adèle Excharopoulos qui découvre qu’elle a le sida). Bref, c’est la merde, et en plus de ça Jean Reno se ramène en expliquant que « Choper ce n’est pas la même chose qu’aimer », c’est vrai qu’on n’y avait pas pensé à ça, la différence est ténue mais ça vaut le coup d’y réfléchir. Merci Jean Reno, alias Docteur Mehmet Love dans le film (non, non, c’est pas une blague, Mehmet Love ; vous imaginez un docteur Mamadou Amour?).

Au bout de deux heures le film est décidément trop long, rien ne va plus, les enfants crèvent, il y a des guerres, le Libéria ça a pas l’air d’être un pays génial, mais heureusement on ne s’intéresse pas à la géopolitique, ou aux conflits locaux, non, non, ça vous n’en saurez rien, par contre vous saurez que Charlize Theron se brosse toujours les dents avant d’embrasser Xavier Bardem, et ce, même dans la jungle, car après tout, c’est ça qui nous intéresse !

Entre deux sauvetages héroïques de pauvres enfants (et autant de plans serrés sur des charcutages), alors que vous vous demandez  si l’ellipse au cinéma n’avait d’ailleurs pas été inventée pour les scènes gores et sans intérêts pour la narration, Charlize repart à Genève puis en Afrique du Sud (bonjour le bilan carbone) et Javier tente tant bien que mal de la suivre.

Bref, au bout 2h12 de film, Charlize Theron pleure parce que Javier Bardem est mort dans un accident d’avion, Jean Reno et Adèle Excarhopoulos ont disparu, à moins que leur prestation filmique ne les ait mis en PLS dans un coin du studio.

La séance est finie, la salle est vide, les gens sont partis avant la fin,vous n’êtes plus que tous les deux, et là, oui, là, tout est possible, là les 7,90 de la séance vont enfin se rentabiliser. Dans la promiscuité d’une salle de cinéma abandonnée par la nullité du film projeté, là, vous concluez enfin une relation ambiguë qui durait depuis trop longtemps.

Merci Sean Penn !

 

 

 

Maxime Belacel

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