Conférence: Anatomie du scénario

Conférence: Anatomie du scénario

Le mardi 5 février, l’ACD vous a fait sa leçon de cinéma sur le thème de l’anatomie du scénario en présence de Corinne Atlas et Noé Debré. Si vous n’avez malheureusement pas pu être présent ou si vous voulez tout simplement revivre ce moment enrichissant, pour vous l’ACD n’en a pas raté une miette.

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Présentation des invités 

Cette conférence s’est déroulée en présence de nos deux invités Corinne Atlas et Noé Debré. Corinne Atlas est une scénariste avec une grande expérience de la comédie. Elle commence sur les planches en montant la Compagnie de la Grande Cuillère après ces années de khâgne. Elle travaille ensuite avec Michel Boujenah, un grand ami, notamment sur ses premiers One Man Show. Elle se mesurera par la suite au petit et grand écran pour lesquels elle écrira de nombreux scénarios. Corinne Atlas a une réelle volonté de transmettre son savoir à la nouvelle génération, elle travaille notamment avec des lycéens et des MJC.

« J’aime faire des formations pour des jeunes scénaristes. C’est un métier qui va mourir, on est là pour passer le flambeaux. En France, le métier de scénariste a changé. Avant il y a avait des auteurs-réalisateurs et cela ne fait que 10 ans que scénariste est un métier reconnu au CNC. Moi la télé m’a permis d’apporter des projets sans avoir de réalisateur en amont. J’ai toujours écrit des histoires que j’avais envie d’écrire. » Corinne Atlas

 Quant à Noé Debré, il a fait ses études au Québec et a terminé avec succès le parcours de la Sorbonne « Culture antique et monde contemporain ». C’est en seconde que Noé Debré s’est mis en tête qu’il serait scénariste. Il y a 6 ans il commence à travailler au moment de l’essor du scénario français, notamment porté par les séries américaines qui font prendre conscience que les réalisateurs ont besoin de scénaristes. Sa montée au sein du cinéma français fut alors rapide et poussée par son travail d’apprenti au côté du scénariste de Un Prophète et De Rouille et d’Os.

« De manière générale, le meilleur moyen d’apprendre un métier c’est d’aller chercher la personne qui le fait le mieux » Noé Debré 

Il a coécrit avec Audiard et Beigbeder et aussi pour le film Les Gamins avec Alain Chabat et Max Boublil dont la sortie en salle est prévue pour le 16 avril. Enfin son dernier scénario en date La crème de la crème sur le milieu des écoles de commerce risque de faire du bruit.

Résumé de la conférence

Ecrire n’est pas une psychanalyse et ce n’est pas parce qu’on a vu plein de films que l’on peut écrire des scénarios. Selon Corinne Atlas, il faut lire beaucoup mais aussi connaître le théâtre et assister à des cours de théâtre. En effet, on y trouve de très bons textes et cela permet de voir comment les acteurs se les approprient car le métier de scénariste est avant tout d’écrire des textes pour des acteurs en vue qu’il les interprète. L’inspiration, nos scénaristes la trouvent partout, dans la vie en générale, dans leur vie personnelle, et autour d’eux. Le monde qui nous entoure est un puits d’inspiration, alors le syndrome de la page blanche n’est pas trop d’actualité dans ce métier, du moins pour Noé et Corinne.

« L’imaginaire c’est comme les abdos plus on s’en sert plus on en a » Corinne Atlas

Noé insiste sur la difficulté de l’aspect personnel dans l’écriture d’un scénario. En effet, en France tout du moins, l’auteur du film est le réalisateur, ce que les scénaristes peuvent mettre de personnel sans que cela ne tourne au narcissisme est très limité. De plus, le cinéma français a une particularité : un fait comme la guerre en Irak a été traité au cinéma de nombreuses fois aux Etats-Unis quelques semaines seulement après le début de la guerre alors qu’en France en 10 ans de guerre il n’y a eut qu’un seul film sur le sujet sans rapport avec la psychologie et le traumatisme de la guerre. Selon Corinne cela s’explique notamment par le problème financier du métier. En effet, sans fonds un film ne peut être produit, le problème vient des financiers qui ne veulent ni prendre de risques ni parler de tout ça.

« Ce qui est catastrophique en France c’est qu’il y a beaucoup d’autocensure. On a souvent à faire à cette frilosité qui rend les scénaristes eux-mêmes frileux. » Corinne Atlas

Mais alors comment se soumettre aux exigences tout en laissant libre court à sa créativité ? Cela semble être la litanie du métier. Pourtant nos scénaristes ne ressentent pas de réelle frustration. Ils s’accordent à dire que l’important est la collaboration avec le réalisateur dans le développement du scénario. C’est ce qu’a fait Noé Debré pour le prochain film de Kim Chapiron La crème de la crème qui sort cette année. C’est important de collaborer dans l’écriture du scénario car c’est le réalisateur qui va diriger les comédiens et qui va mettre en scène, c’est un travail collaboratif et non une frustration. Corinne Atlas explique que l’important est de travailler sur des histoires que l’on a envie de faire mais qu’il faut aussi « utiliser la contrainte comme un tremplin pour avancer ». Si la frustration n’est pas présente chez nos scénaristes cependant il existe une limite de créativité sur un seul sujet, au bout de deux heures le risque est de tomber dans le cliché.

« Dans le scénario tout est question de structure, il faut pouvoir articuler une histoire sur une heure trente ou deux heures au cinéma et lui donner du souffle. Quand on fait un mauvais choix, l’embranchement devient mauvais. Il est important de peser chaque idée. » Noé Debré

Comme on a pu le comprendre le métier de scénariste n’est pas si facile. De plus en France, le réalisateur à une place prépondérante et l’écriture est une chose très importante, pour obtenir de l’argent il faut écrire beaucoup. Les scénaristes ont donc besoin d’avoir beaucoup de projets. En France le scénario est mal payé et ne représente que 3 à 5% du budget d’un film alors que c’est 10% aux Etats-Unis. De plus aux Etats-Unis, les scénaristes sont coproducteurs et gagnent plus ce qui leur permet de continuer à écrire car l’important ce n’est pas de gagner de l’argent mais l’argent permet aux scénaristes de pouvoir continuer à écrire. Nos scénaristes comptent sur la nouvelle génération pour résoudre ce problème et mettre en valeur la place du scénariste dans le cinéma.

« Il faut faire monter les prix des scénarios, c’est un élément important » Corinne Atlas

Des théoriciens, comme John Truby dans ses séminaires, proposent des règles pour articuler un scénario, mais existe-t-il vraiment une recette miracle ? Pour Noé Debré même si parfois ces théories ont quelque chose de rassurant, toutes ses règles sont surtout de bons outils d’analyse mais pas de création. Un autre théoricien, Robert Mckee, explique qu’il a « des principes et pas des règles ». Il théorise trois actes qui sont les règles de bases pour aider à structurer un scénario. On a tout d’abord une situation de départ puis un événement qui vient perturber cette situation. On a alors un premier pivot dramatique qui débouche sur un choix mauvais. Alors on a un autre pivot dramatique qui cette fois ci débouche sur le bon choix et on a enfin de dénouement. Mais si l’on prend un film comme Tabou de Miguel Gomes rien de tout cela n’est présent et il n’en est pas moins un excellent film. Le scénario ne respecte pas toujours cela, il est possible d’ajouter à tel ou tel endroit un rebondissement sans respecter de règles précises.

« Une fois que j’ai mis au point un scénario, une trame, je peux voir ses faiblesses et là McKee peut me servir » Noé Debré

Ecrire un scénario sans réaliser un film ne serait-pas comme porter un enfant sans lui donner naissance ? On pourrait penser que l’idéal serait d’écrire des films en vue de les réaliser et donc le métier de scénariste est frustrant. Et pourtant scénariste et réalisateur sont bien deux métiers différents, deux savoir-faire différents, deux regards différents. Pour Corinne, « c’est toujours une surprise de voir comment ce que l’on a écrit est filmé ». Un bon exemple est celui du réalisateur Michel Gondry et de son alter égo scénariste Kaufman. Michel Gondry vient du milieu du clip et de la pub, c’est le grand créateur d’image des années 2000, et Kaufman écrit pour tous les grands clippeurs et pour Gondry, il est parfaitement à sa place. De plus, la façon dont un scénario est adapté dépend aussi des acteurs et de comment ils font passer les émotions. Certains acteurs font passer des émotions avec 2 phrases au lieu de 10 naturellement. L’important ce n’est pas le respect mot à mot du scénario mais que les émotions soient transmises au spectateur.

« Pour les réalisateurs très picturaux comme Gondry, les mots n’ont pas forcément d’effet. Alors qu’il y a des réalisateurs plus conceptuels, come Kechich qui improvise beaucoup et change des choses durant le tournage. Cela interroge l’écriture. » Noé Debré

Par exemple lorsque l’on adapte un roman, le scénario doit mettre en action ce que ressent le personnage, alors que dans le livre c’est l’intériorité du personnage qui nous est décrite.

Le métier de scénariste est un métier passionnant, et nos deux scénaristes s’accordent à dire qu’il est parfois difficile de faire la part des choses entre leur travail et le reste mais que « on a la chance de faire un métier qu’on aime et qui nous passionne. On ne peut pas se plaindre. »

Léa Nogier

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