[Conférence] Musique & Cinéma

[Conférence] Musique & Cinéma

Le 4 décembre 2017 s’est tenue une conférence sur la musique au cinéma. A l’adresse de ceux qui n’auraient pas pu y assister, en voici un bref résumé.

Nos intervenants sont le professeur de musicologie Philipe Cathé, le compositeur pour films Xavier Berthelot et les deux membres Mourad Kejji et Myriam El Moumni du groupe Impulse, qui a notamment composé la musique du film Much Loved de Nabil Ayouch.

  • Une double création

On peut diviser les films en deux catégories : les films avec musique et les films sans. La seconde catégorie, bien que plus rare, est assez exceptionnelle pour qu’elle soit mentionnée. On va néanmoins se concentrer sur les films dans lesquels la musique a sa place.

Il faut tout d’abord savoir que la réalisation du film et la composition de la musique ne vont pas toujours de pair.

Premièrement, certains réalisateurs utilisent des musiques préexistantes, mais ceux-là ont le budget nécessaire pour payer les droits d’exploitation.

Deuxièmement, lorsque les réalisateurs demandent à des compositeurs de travailler pour eux, bon nombre d’entre eux se trouvent brimés dans leur création. En effet, certains réalisateurs utilisent ce qui est appelé des musiques temporelles, c’est-à-dire que la scène que le compositeur doit mettre en musique n’est pas muette lors de son visionnage par ce dernier. Ainsi, le compositeur n’arrive pas à se défaire de la musique qu’il a entendu sur la scène et tend à reproduire à peu près la même chose.

Enfin, il existe un ordre entre la réalisation du film et celle de la musique : soit la musique est créée la première et évoque directement quelque chose, soit le film est réalisé et on colle une musique dessus. Dans le premier cas, chaque image du film correspond parfaitement à la musique et suit le rythme de celle-ci.

Image de prévisualisation YouTube

Jouée sur le plateau pendant le tournage, la partition légendaire d’Il était une fois dans l’Ouest a obtenu un succès discographique de la même ampleur que le film.

  • Compositeur/Réalisateur : des rapports compliqués 

Cependant, entre le compositeur et le réalisateur, le compositeur « reste un peu la femme battue du couple » comme le dit Xavier Berthelot. Ainsi, même dans les couples célèbres de musiciens et de réalisateurs comme Hitchcock et Hermann ou Éric Serra et Luc Besson, le compositeur, qui a pourtant déjà composé pour son réalisateur, passe tout de même les auditions pour s’assurer que sa musique correspond bien au film.

Alfred Hitchcock et Bernard Herrmann

De plus, dans la composition de la musique en elle-même, les musiciens ont souvent trop peu de temps pour créer ce qu’ils veulent. Et cette difficulté s’ajoute à celle déjà présente de la composition pure. Myriam El Moumni explique : à partir d’un seul visionnage, il faut prendre en note le time code. Puis, à partir de ce time code, il faut créer une chanson qui correspond aussi à l’ambiance de la scène. Or, il faut parfois s’y reprendre à dix reprises pour que la musique plaise au réalisateur.

Il est donc nécessaire de savoir mettre son égo de côté lorsqu’on est compositeur de musique pour film. Même dans des films cultes dont la musique est devenue célèbre, le compositeur n’était pas aussi maître de sa production que l’on aurait pu le penser. Par exemple, dans l’épisode « La Menace Fantôme » de Star Wars, la course à laquelle Anakin Skywalker prend part dure dix minutes. Cependant, les trois premières minutes sont dénuées de musique et la musique de Williams ne démarre qu’après ce temps écoulé. Et même lorsque l’on entend la musique, elle n’est pas pure car des bruits la recouvrent sans cesse. La musique est donc en lutte permanente avec le bruit, mais cela était nécessaire dans l’esprit de cette scène.

  • Le choix du silence

Dans d’autres films comme 2001 : L’odyssée de l’espace, Kubrick a tout simplement ôté la musique du compositeur. Cela lui renvoie le très dur message que le silence est préférable à ce qu’il avait créé. Dans des cas comme ceux-là, être compositeur de musique pour film peut s’avérer d’une rare violence.

Par ailleurs, l’importance de la musique varie d’un pays à l’autre. Ainsi, aux Etats-Unis, il y a de la musique sur les deux tiers des scènes, ce qui est très contraignant, tandis qu’en France, la musique ne prend qu’un quart des scènes. Les réalisateurs français préfèrent en général garder la musique pour les scènes qui en nécessitent vraiment. Rohmer ne met pas de musique dans le déroulement des scènes elles-mêmes. C’est un réel choix du réalisateur que de laisser la place au silence dans une scène : il faut qu’il n’y ait ni musique, ni paroles, ni bruit. Obtenir du silence est donc un choix lourd de sens.

Le compositeur doit donc créer un univers musical qui a son identité propre et qui correspond à la scène. Parfois, il suffit de trois notes pour rendre une scène magnifique, parfois la composition est bien plus ardue.

Le silence au cinéma : 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick 

  • La présence du style 

Une dernière distinction peut être faite entre musique diégétique et extradiégétique. Un son diégétique est un son physiquement présent dans les plans qui composent un film et qui fait partie de l’action filmée, il peut donc être entendu par les personnages. Un exemple de musique diégétique est le chant, puisqu’il émane des personnages mêmes et est donc intégré à la scène. Un son extradiégétique en est l’opposé et renvoie généralement à la musique composée et rajoutée aux plans après le tournage. Philippe Cathé estime que chacun de ces deux niveaux sonores produit un effet différent voulu par le réalisateur : à travers une musique diégétique, celui-ci s’efface de l’action tandis qu’une musique extradiégétique lui permet d’affirmer sa présence, à l’instar d’un auteur comme Balzac qui prend en charge le récit et dont le style est ostentatoirement présent, contrairement à un auteur comme Perec qui narre de l’intérieur et s’efface de l’intrigue.

Image de prévisualisation YouTube

La musique doit à la fois être le réceptacle des émotions, et constituer un niveau de lecture supplémentaire. Dans certains genres de films, notamment dans les films américains, la musique doit aussi dire au spectateur ce qu’il doit penser. Dans les films, la musique occupe donc une place primordiale : les films sans musique sont considérés comme des exceptions ; tandis que dans les films avec musique, celle-ci peut pérenniser le film ou l’inverse, mais la distinction n’est pas bien claire tant musique et cinéma sont étroitement liés.

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)