Dans la sélection officielle de la Mostra 2018…

Dans la sélection officielle de la Mostra 2018…

Acusada

Acusada, film argentin réalisé par Gonzalo Tobal, raconte l’histoire de Dolores (Lali Esposito), une jeune étudiante accusée du meurtre de sa meilleure amie. Le film retrace, deux ans après le drame, le déchaînement médiatique et le procès auxquels est confrontée Dolores.

Au delà des acteurs impeccables, d’une mise en scène soignée et d’une maîtrise de la construction de la tension dont fait preuve le film, ce qui est particulièrement intéressant est que ce dernier est très actuel et juste au niveau de son propos.

Avec le mouvement « me too », « balance ton porc » et les accusations à tord et travers dont font preuve bon nombre d’acteurs du show business, la notion de présomption d’innocence est quelque peu mise à mal ces derniers temps. Dolores dans le film est accusée d’emblée, sur la base de preuves circonstancielles, car c’est l’accusée « idéale » au yeux du procureur.

Or cette accusation a pour conséquences de l’isoler, en faire la paria de sa ville, fragiliser sa famille et en rendre une victime des media; sans parler du coût financier d’un procès aussi long.

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Dolores est finalement innocentée mais a été brisée par ce procès. Mise à part sa famille et quelques proches, tous les protagonistes du film sont persuadés de la culpabilité de la jeune femme et la présomption d’innocence est vite oubliée. Sa vie est a été ruinée, et ce même en étant innocentée par la justice.

Le film a l’intelligence de laisser le doute planer sur sa culpabilité jusqu’à la toute fin. On se demande en effet tout du long, grâce à des flash backs et des images presque subliminales, si la jeune femme est vraiment innocente comme elle le prétend. Ca aurait d’ailleurs été un plot twist intéressant de la voir avouer sa culpabilité à sa famille, après s’être battue comme elle l’a fait; mais le réalisateur a pris comme angle la destruction que peut amener l’acharnement médiatique lorsqu’on est accusé de quelque chose de si grave.

Le film rappelle d’ailleurs le Gone Girl de Fincher (2014) pour son traitement de l’opinion publique et la manière dont elle est représentée dans les médias. On voit avant tout que l’opinion publique et les médias sont entrelacés et se façonnent l’un et l’autre, laissant de côté l’objectivité et la rationalité.

The Nightingale

Nommé pour le meilleur film dans la sélection officielle, le film a quand même écopé de quelques récompenses : le Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir Baykali Ganambarr et  le Prix spécial du jury pour sa réalisatrice, Jennifer Kent (Mister Badabook).

Non content d’être le seul film australien de la sélection, The Nightingale est également le seul film réalisé par une femme.

On suit l’histoire de Clare (Aisling Franciosi), une prisonnière irlandaise au service d’un officier britannique, Hawkins (Sam Claflin) en Tasmanie, sous occupation anglaise en 1825. Soumises à des actes d’une barbarie inouïe contre elle et sa famille, elle décide de parcourir la Tasmanie acompagnée de Billy (Bavkali Ganambarr), un autochtone, pour retrouver Hawkins et se venger.

Le génocide dont ont été victimes les aborigènes de Tasmanie est un sujet un peu tabou et très méconnu, donc a fortiori très peu évoqué au cinéma.

A l’arrivée des britanniques en Tasmanie en 1803 on comptait 10 000 aborigènes, ils ne sont plus que 300 en 1833. A ce jour, ils ont été totalement éradiqués.

Le film fait preuve d’une violence extrêmement crue et dure. Nous avons été marquée par la violence générale des films qu’on a pu voir à Venise cette année, mais celui reste le plus extrême de tous. Rien n’est épargné aux yeux du spectateurs : meurtre d’enfants, de bébés, viols à répétition; et parfois tout cela en même temps.

Ces actes sont représentés tellement frontalement qu’on se sent directement touchés par eux. On est mal à l’aise, on a la nausée et on se met à avoir une haine viscérale pour les bourreaux qui les perpétuent. Cela rend la quête de Clare, sa vengeance et sa hargne totalement justifiées et compréhensibles. On a envie de voir ces britanniques mourir, souffrir et être mis face à leur exactions; même si rien de tout ça n’arriverait à la cheville de ce dont ils sont coupables.
Les deux protagonistes, Clare et Billy, n’ont plus rien à perdre. Clare, loin de son pays d’origine (l’Irlande) a vu toute sa famille mourir devant elle et Billy voit tous ses semblables se faire éradiquer. Ils ont déjà tout perdu. Le seul échappatoire qu’il leur reste : la mort.

 

Mathilde Labouyrie

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