Do-Nui Mat (L’ivresse de l’argent)

Do-Nui Mat (L’ivresse de l’argent)

     Chef de file de la nouvelle vague coréenne depuis 2003, Im Sang-Soo est un réalisateur déjà mondialement reconnu. Lotus d’or au festival du cinéma asiatique de Deauville en 2004, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2005 pour The President’s Last Bang,  c’est cette année la première fois que son film, Do-nui Mat (L’ivresse de l’argent) est sélectionné pour la compétition.

    Youngjack est le secrétaire de Madame Beak, dirigeante d’un puissant empire industriel coréen. Chargé de s’occuper des affaires privées de la famille, sa morale est confrontée aux activités douteuses de la patronne et de tout son entourage. Dans une forteresse des temps modernes, où l’argent est le seul roi et exerce sa domination, Youngjack est écartelé entre le désir de grimper les échelons et celui de respecter ses principes. Témoin d’une scène d’adultère entre le mari de la patronne et une servante, il va se rendre compte à ses dépens que l’argent n’est pas le seul moyen pour réussir…

    Le film se construit comme le remake inversé de son précédent film the Housemaid. Ici on suit le parcours de cet éphèbe, tiraillé entre une morale stricte – allant jusqu’à refuser au début du film un verre de vin que lui proposait la fille de la boss pendant son service- et la volonté de se faire sa place dans ce monde. En cédant à quelques compromissions, il se retrouve peu à peu piégé dans un engrenage où il ne devient plus que la marionnette au service des intérêts de la famille.

    Allégorie de la société coréenne et de ses clivages sociaux, le film porte également un regard critique sur  le pouvoir corrosif de l’argent, ici finalité de tout au point d’être gardé sous sa forme de liasses dans une immense salle au trésor. Dénominateur commun des relations sociales dans la villa, il est le dernier fil qui unit les liens de cette famille surpuissante rongée par le mépris de l’autre et le sentiment d’impunité. « Tant de choses que j’ai accumulé dans cette villa, pourtant j’ai l’impression que rien ne m’appartient », tel est le constat désabusé du mari de la boss. Ici, les personnages bien qu’immensément riches sont dépossédés. L’argent pour seule finalité leur a arraché une part de leur humanité qu’ils auront bien de peine à retrouver.

    Mais alors que les thèmes abordés se prêtaient naturellement à un thriller sombre, Im Sang soo fait le pari de l’humour glacial et de la mise à distance. Le réalisateur jongle ainsi entre scènes d’un cynisme percutant et séquences plus légères tout en parvenant à assurer la cohérence de l’ensemble.

    La mise en scène est d’ailleurs remarquable. Le choix du décor, une villa gigantesque au design épuré et aux couleurs ternes et froides, évoque parfaitement les tensions des relations austères entre les différents personnages. Chaque scène semble avoir été calculée au millimètre. Im sang soo filme avec une aisance incroyable et réussit à sublimer chaque moment avec par exemple des plans séquences astucieusement mis en mouvement ( voir l’extrait). Alors que certains crient déjà au formalisme à outrance, il semble au contraire ici que la forme s’ajuste parfaitement au fond. Cette maitrise et ce calcul de la mise en scène est le reflet de cet univers froid et aseptisé dans lequel chaque acte est l’objet d’arrières pensées et de machiavélisme.

    En offrant un film à l’humour acerbe, aux dialogues percutants et à une mise en scène hors du commun, Im Sang Soo démontre une nouvelle fois qu’il est un grand réalisateur. Il n’aurait pas volé le prix de la mise en scène !

 

Martin A

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