Eastern Boys de Robin Campillo ✭✭✭✭✭

Eastern Boys de Robin Campillo ✭✭✭✭✭

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 EASTERN BOYS

ATTENTION : chef d’œuvre. Easter Boys est l’un des films les plus saisissants de ce début d’année, en tout cas le plus inattendu. Un film comme on les aime, qui nous perturbe et nous tiraille. Vous n’en ressortirez pas indemne : 2h08 d’un film aussi fort et puissant, croyez-moi, ça marque.

Eastern Boys, c’est une histoire d’amour. Un homme d’affaire bourgeois d’une quarantaine d’années. Un jeune immigré venu de l’Est. Une rencontre particulière, qui laissera des séquelles. Et surtout, le point de départ d’une aventure qui nous coupe le souffle.

Tout commence à Paris, Gare du Nord. Daniel repère Marek, un jeune qui traîne avec d’autres immigrés slaves.  Il convient avec lui d’un rendez-vous pour une prestation sexuelle tarifée. Mais alors qu’il s’attend à lui ouvrir la porte de son appartement, le lendemain, il se retrouve nez à nez avec un des mineurs morveux et menaçant de la bande. Commence alors une home invasion impressionnante et inquiétante, qui donne définitivement le ton du film.

Divisé en quatre « actes », le film suit une trame intelligente. La mise en scène est grandiose. La musique est aussi perturbante que l’histoire. Les acteurs sont époustouflants. La scène où, un par un, les jeunes débarquent chez Daniel, est captivante.

Daniel Vorobyev, un acteur polonais, alias Boss, joue le rôle du « maquereau »/protecteur. Ses yeux bleus si clairs nous transpercent. Il nous liquéfie sur place et nous laisse sans voix.
Mais c’est le couple Daniel/ Marek qui est particulièrement bluffant. Daniel (Olivier Rabourdin, qu’on avait notamment vu dans Des hommes et des Dieux) a le visage marqué par les rides. Il a le regard vide, une mine nostalgique, les traits d’une tristesse infinie. Mais quand il sourit (exclusivement à Marek), son visage s’illumine. Il parle peu. Quant à Marek, il se dévoile petit à petit, très subtilement. Il est encore jeune mais fait preuve d’une grande maturité. On l’observe changer, s’ouvrir à Daniel et s’investir dans la relation. La sincérité qui crève l’écran fait parfois sourire le spectateur. Mais c’est la tension qui règne pendant toute la durée du film qui est formidable.

Le cinéma français semble s’être trouvé une nouvelle passion au travers des relations et des couples homosexuels. Après La vie d’Adèle, L’Inconnu du Lac, Eastern Boys prend le relais avec cette fois-ci l’histoire de ces deux hommes. Mais les sentiments qui nous traversent durant le film ne sont pas de la même espèce. Easter Boys, c’est une histoire d’amour, certes, mais c’est aussi l’histoire d’un monde à la fois juste et injuste, à la fois beau et laid, à la fois généreux et égoïste. L’histoire d’un monde qui fait peur, en somme.

Le réalisateur, Robin Campillo, est peu connu du grand public. On l’avait découvert il y a dix ans avec Les Revenants, dont la série du même nom à vue le jour peu de temps après. Avec Eastern Boys, il vient de signer un film impressionnant et formidable, qui déborde d’énergie et qui nous emporte bien plus haut que le 12e étage d’un immeuble. On espère vraiment qu’il ne tombera pas dans l’oubli. Parce qu’un film aussi juste, avec un regard aussi pertinent, sans une fausse note, c’est rare…très rare. Et ça nous cloue sur place.

Sophie Wlodarczak

 

 

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