L’ÉTÉ CINÉ – Film #6 : L’Été de Kikujiro (1999)

L’ÉTÉ CINÉ – Film #6 : L’Été de Kikujiro (1999)

Takeshi Kitano est un personnage haut en couleurs, à la fois cinéaste, acteur, animateur de télévision, humoriste, artiste-peintre et plasticien, écrivain et poète, chanteur et designer de jeu vidéo. Plus connu pour son personnage loufoque à la télévision japonaise Takeshi Beat ou ses performances d’acteurs dans des films comme Battle Royale ou Ghost in the shell, son cinéma se caractérise par ses personnages de yakuzas charismatiques et sa violence débridée. Mercredi 9 août, trois de ses chefs d’œuvres, et ses films les plus autobiographiques, ressortent en salle : Kids return, Hana-Bi et L’été de Kikujiro. Sortis respectivement en 1996, 1997 et 1999, ils constituent une sorte de triptyque qui ont affirmé Kitano comme un auteur majeur : il obtient le Lion d’or à Venise avec Hana-Bi et sa première présence en compétition officielle à Cannes avec L’été de Kikujiro.

 

L’été de Kikujiro est un film vraiment à part dans l’œuvre de Takeshi Kitano. Son ton léger, enfantin, et son apparence comique tranche nettement avec le film de gangsters qui constitue la majeure partie de sa filmographie. On suit le personnage de Masao, un enfant peu bavard, pour qui les vacances d’été viennent de débuter. Il vit seul avec sa grand-mère et l’absence de sa mère le rend triste. Son club de foot fermant et ses amis partant en vacances, il se décide de la retrouver. C’est alors qu’il fait la rencontre de Kikujiro, interprété par Kitano, qui l’emmènera dans ce périple.

La première force du film réside dans le comique naissant de cette association. Le personnage de l’adulte responsable se révèle en fait être un éternel gaffeur, dépensier et peu prévisible. Il ne veille plus sur Masao, c’est bien ce dernier qui assiste au spectacle constant offert par Kikujiro. Ce nom était d’ailleurs celui du père du réalisateur, qui se transpose donc dans les deux personnages, en tant que fils désemparé face à un père incontrôlable et également comme figure paternelle, en transformant un peu son éternel personnage de yakuza et en lui donnant un côté plus attendrissant.

 

Le film est un réel film de vacances, d’été. L’été au Japon est chaud et humide. Le réalisateur se sert de ce vide et de cet atmosphère pour exercer sa créativité sans limite. Il s’agit de toujours inventer, de se créer à soi et au spectateur de nouveaux spectacles. Car la où le film excelle, c’est dans sa faculté à paraître drôle et joyeux quand il raconte l’histoire de personnages angoissés, esseulés et quand les drames se succèdent. Il s’agit alors de masquer ses peurs, trouver des parades et toujours inventer, célébrer la gaieté. L’Été de Kikujiro est un très beau film, plein de légèreté, parfait pour pallier à l’été trop lourd des rues Tokyoïtes.

 

Avran Thépault

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