Florilège du cinéma de droite

Florilège du cinéma de droite

Les dimensions analytiques du cinéma sont multiples, infinies. Mais l’une d’elles est depuis longtemps au cœur de nombreux débats enflammés et sans fin, façon Bory et Charensol ; c’est sa dimension politique.

On peut parler de cinéma politique lorsque le cinéaste revendique une vision sociétale claire au travers de son oeuvre, et ce cinéma explicitement politique a traversé l’histoire du 7ème art. Il a pu être lié à un engagement militant dans la vie réelle de l’artiste, comme ce fut le cas pour Jean-Luc Godard et ses films ouvriéristes, auxquels « les ouvriers n’y comprennent que pouic », ou être le fruit d’une soumission à un régime propagandiste : en témoignent le pionnier du cinéma Carl Froelich et ses films pour Goebbels et le visionnaire Eisenstein et ses films soviétiques.

Mais le cinéma peut aussi être politique lorsque parfois les films laissent poindre une vision idéologique qui dépasse le simple cadre narratif et émotionnel construit par l’auteur. Il ne s’agit donc pas de considérer un film politique seulement comme reflétant une volonté politique du réalisateur : cette dimension peut lui échapper et devenir une créature mutante et autonome, se nourrissant d’un contexte idéologique, de représentations, d’idéaux inconscients. Ce prérequis théorique nous permet d’accepter dans le cadre de cet article qu’un court-métrage comme Vive Staline ! peut être considéré comme politique au même titre qu’Alvin et les chipmunks.

Mais si le cinéma est politique (et comme démontré précédemment, de manière protéiforme) il n’échappe par conséquent pas aux schémas propres à la politique. Il est ainsi intéressant, dans une perspective à la fois critique, humoristique et radicalement subjective, de situer un film sur l’échiquier politique, tout comme l’on y situerait un député, un écrivain, un livre, un étudiant en droit, un salafiste ou un salsifis (j’ai d’ailleurs toujours été persuadé que les salsifis étaient de centre droit, tendance Bayrou).

Voici donc pour commencer un florilège des films de droite, voire d’extrême-droite (mais ne jouons pas sur les mots) :

Le justicier braque les dealers (The crackdown), de J. Lee Thompson (1987)


Le scénario est simple et expéditif comme le programme de Donald Trump : un architecte de droite à grosse moustache voit sa belle-fille mourir d’une overdose ; du coup, un riche homme d’affaires de droite ayant vécu une expérience similaire lui met à sa disposition documents et moyens pour exterminer tous les dealers de Los Angeles. « L’architecte » ne tarde pas à se mettre au boulot et se lance dans un génocide de rue à l’arme lourde. Le but : éviter que cette merde (i.e. la drogue) ne tue d’autres gosses.

Il s’agit du quatrième opus de la série de films Le justicier dans la ville (Death Wish), toujours avec l’apache Charles Bronson, acteur viril aux gros muscles, toujours présent pour défendre la société contre les méchants brigands. Heureusement que le port d’arme est autorisé pour éradiquer la vermine ! En jouant sur les pulsions purificatrices et la simplification à outrance des problèmes sociaux qui rongent l’Amérique, ce gros nanar est un archétype grandiose du cinéma de droite façon « faut leur péter la gueule ».

Forrest Gump, de Robert Zemeckis (1994)

 

On voit Forrest Gump à 8 ans, on en garde un souvenir flou mais globalement ça nous hante un peu et on trouve ça super. On revoit Forrest Gump à 14 ans : ça devient très rapidement un film culte. Le personnage est attachant, drôle, un peu gaffeur, mais il réussit bien quand même, il se marie, il rencontre pleins de gens super, sa vie est riche en expériences croustillantes et en voyages. Et même si on espère être un peu moins mongol que lui, on aimerait bien vivre au moins la moitié de sa vie. On revoit Forrest Gump à 18 ans, quand on a déjà lu quelques livres chourés chez Maspero, et là, même si on adore toujours autant, on trouve que y’a quand même un arrière-goût de caca. Puis à 20 ans, par le hasard de l’existence on prend une pinte avec un prof pro-palestinien de la fac de Tampa exilé au Japon, et il t’ouvre les yeux à grands coups d’évidences sur la supercherie propagandiste que constitue cette ode à la pensée libérale réactionnaire de droite qui domine la politique américaine depuis un demi-siècle. Tout s’éclaire. Les hippies violents et bêtes, les Blacks Panthers violents et bêtes, la drogue comme grand satan des années 80, la guerre du Vietnam pour lutter contre la pègre rouge, et puis la grande conclusion : aux Etats-Unis, même si t’es trisomique, tu deviendras riche si t’achètes des actions Apple.

Au fil des âges, l’attachement à Forrest Gump ne décroit pas, c’est la lucidité face au fond idéologique qui évolue… Mais c’est comme ça, ça reste et restera un film super. Quand j’ai appris que Horst Tappert était un gros SS pendant la guerre, j’ai pas pour autant renié mon amour pour Derrick.

Braveheart, de Mel Gibson (1995)

Film préféré de Marine Le Pen.

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Dheepan, de Jacques Audiard (2015)

 

Le syndrome de Dheepan, c’est celui qui sous-tend tout le cinéma de Jacques Audiard. Esthétiquement réussis, ses films sont politiquement très douteux : ils s’adressent à un public cinéphile de gauche en voulant traiter des grandes questions sociétales à la manière de « l’artiste qui n’apporte pas de solutions mais qui pose un regard humaniste et salvateur ». Sauf que ce regard, ni humaniste ni salvateur, s’ancre malgré lui (on lui laisse le bénéfice du doute) dans une pensée de droite latente. Le cinéaste entend s’interroger sur des sujets très actuels et donc ancrés dans un réalisme profond, mais sa description bourrin des univers dont il parle est finalement le ferment d’un discours caricatural et réactionnaire. Jacques Audiard, c’est un grand cinéaste avec des gros sabots.

La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino (2013)

 

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Les errances nostalgiques d’un grand bourgeois dans les milieux artistiques mondains où l’on parle du marxisme avec une coupe de champagne. Il festoie avec outrance et médite sur le sens de l’existence parce qu’il a que ça à foutre dans sa vie chiante de gros bourge intello plein de thunes. Dans ce faux film punk, Sorrentino livre une vision individualiste et christique de l’humanité, au moyen d’effets grandiloquents et m’as-tu-vu. Les soirées avec Sarkozy sur le yacht de Bolloré, ça doit ressembler à ça. After chez Didier Barbelivien ?

The Tree of life, de Terrence Malick (2011)

QUALITY: 2ND GENERATION -- WALKING WITH DINOSAURS -- One of the most ambitious ventures ever undertaken by British television, this six-part series uses advanced computer animation, state-of-the-art animatronics and the latest scientific findings to paint a unique picture of the sights and sound of an endlessly fascinating era. Tracing the 160-million-year history of dinosaurs, from their first appearance to their abrupt demise, this phenomenally popular and hugely acclaimed series marked a watershed in television imagery. FOR FURTHER INFORMATION CONTACT UK HORIZONS PRESS OFFICE ON 0207 299 5360.

Avec Tree of Life, Terrence Malick pense sans doute qu’il est plus philosophe que cinéaste. En l’occurrence, il n’est ni l’un ni l’autre. C’est plutôt le film d’un grand magicien de l’image doublé d’un curé-mystique de la plus belle eau. Plongeant le spectateur dans une ivresse visuelle, Malick sort de son chapeau un salmigondis idéologique mélangeant valeurs de la bonne société de droite chrétienne et réflexion sur le sens du vivant. Papa est au boulot, maman éduque les enfants, Dieu veille sur nous, les dinosaures étaient parfois herbivores. On n’est pas sûr d’y comprendre quelque chose tant le film oscille entre le mysticisme évolutif et la morale chrétienne. Passe-moi la salade, j’t’envoie la rhubarbe.

Léon, de Luc Besson (1994)

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Film cu-culte de toute une génération de cinéphiles à la mords-moi-le-nœud, Léon est quand même un film cool. Un film cool de droite. Histoire de vengeance classique du loup solitaire face à la pègre et relations émotionnelles simples et touchantes entre les personnages, c’est la recette du film de Besson qui préfigure un cinéma cool et populiste. En somme, un cinéma de droite décomplexée.

Détour (Otklonenie), de Grisha Ostrovski and Todor Stoyanov (1967)

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Communisme = pommes de terre à la craque pour les soirs de fête.

Slumdog millionaire, de Danny Boyle (2008)

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La pauvreté dans le tiers-monde n’est pas une fatalité : même si tu viens d’un bidonville rempli de caca, tu pourras t’en sortir si tu joues à des jeux à gratter.

Le jardin du diable, de Henry Hathaway (1954)

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Dans ce fascinant western, les trois protagonistes, une femme et deux cow-boys, se retrouvent piégés dans une vallée remplis d’Apaches. Les indiens sont montrés comme des ennemis sans visages et sans âme, et incarnent la mort et le péril qui guettent les visages pâles qui s’égarent sur leurs terres. Le film s’inscrit donc pleinement dans la mouvance manichéenne de la plupart des westerns hollywoodiens du début des années 1950, qui glorifiaient les personnages incarnant le mythe de l’Ouest et présentaient les indiens comme le mal absolu. Une vision rétrograde et conquérante à laquelle s’opposèrent d’autres cinéastes de gauche comme Delmer Daves avec La flèche brisée ou Richard Brookes avec La dernière chasse.

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