Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta ✭✭✭✩✩

Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta ✭✭✭✩✩

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Hannah Arendt. Un nom qui nous dit vaguement quelque chose. Une personnalité dont on a entendu parler, sans forcément y attacher beaucoup d’importance. Une femme qui est restée discrète dans nos mémoires et qui, pourtant, n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

Hannah Arendt, c’est aussi le titre du dernier film de Margarethe Von Trotta, qui tente de nous livrer le portrait de cette philosophe juive allemande. Envoyée à Jérusalem pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, responsable de la déportation de millions de juifs au début des années 60, elle va écrire un article scandaleux et diffamatoire aux yeux des lecteurs. En réalité, ce n’est pas tant le visage de Hannah Arendt qui est peint ici, mais plus sa pensée. Si l’article fait l’effet d’une bombe à l’époque, c’est parce qu’elle est déjà connue et reconnue, en partie grâce à son œuvre Les Origines du totalitarisme. Mais cette fois, le contenu de son écrit de 1962, après la pendaison d’Eichmann, est insupportable pour bon nombre de gens. En effet, dans ce long texte, elle explique qu’en assistant au procès, au lieu de rencontrer le diable en personne, elle n’a vu qu’un homme banal, enfermé dans une cage de verre, dépourvu de toute pensée. Cet homme qui, pour tous, était un être immonde, n’était finalement, pour Hannah Arendt, qu’un homme qui a exécuté les ordres : une sorte de soldat sans  principes moraux, agissant comme un animal sous l’autorité de son maître. Cette idée, défendue par l’auteur, n’était pas prête à être entendue et acceptée. C’était trop tôt sans doute. La douleur était encore trop vive pour analyser avec recul  les crimes de la seconde guerre mondiale. Ainsi, la réalisatrice s’attache, dans son film, à expliquer l’une des plus grandes controverse du 20e siècle, la théorie fondamentale de celle qui ne condamne pas l’une des figures de l’exécution de la solution finale : « la banalité du mal ».

Se retrouvant seule, entre la conviction d’avoir raison et la peine que lui cause la perte de ses proches suite à la parution de son écrit, elle se bat pour défendre ses idées. Elle, juive, froide, rigide, est accusée de collaborer avec le camp ennemi.  Hannah Arendt, est magnifiquement interprétée par Barbara Sukowa, qui incarne avec force et brio ce personnage pas toujours évident à cerner. Par sa gestuelle (toujours une cigarette à la main), ses expressions, sa présence, elle arrive,  à nous confier le message de la pensée « arendtienne ». Quant à Margarethe Von Trotta, elle nous fait vivre l’Histoire. Elle nous fait découvrir ou redécouvrir les grandes figures de notre passé. Après Rosa Luxembourg, elle nous offre à nouveau une source de connaissance et de plaisir, qui s’avère être un excellent film.

On sort de la salle, perturbé par la trajectoire de cette femme, mais satisfait d’avoir vécu un bon moment de cinéma.

Sophie Wlodarczak

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