Interstellar, de Christopher Nolan ✭✭✭✭✭/✩✩✩✩✩

Interstellar, de Christopher Nolan ✭✭✭✭✭/✩✩✩✩✩

POUR  ✭✭✭✭✭

« Incroyable », « le meilleur film de tous les temps »… Les premières critiques d’Interstellar, le nouveau film évènement de Christopher Nolan, étaient, avant même sa sortie en salle, des plus élogieuses. Ce film, c’est l’histoire d’un voyage interstellaire qui repousse les limites de nos connaissances actuelles, mais c’est aussi celle d’un homme avec un rêve inachevé à qui l’on donne une opportunité unique de le réaliser, d’un père qui doit dire adieu à sa fille, d’un sacrifice pour le bien d’une cause plus grande… En bref, Interstellar est bien plus qu’il n’y parait.  C’est une œuvre vertigineuse, ingénieuse et comme l’a si bien dit Brad Bird : « intelligente et ambitieuse ». Nolan maîtrise pleinement son sujet et le film est une nouvelle claque visuelle, mais au-delà de cela, il est aussi composé d’un scénario passionnant qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière minute.

Une approche plus humaine

                Christopher Nolan est un réalisateur très apprécié du grand public mais régulièrement été critiqué pour trop s’attarder sur le scénario et laisser de côté ses personnages et leur personnalité propre. Dans ce nouveau film, il semble y avoir remédié. Plus encore, la relation entre le père et la fille est cette fois-ci au cœur de l’intrigue. Le réalisateur ajoute donc un côté très humain au film que l’on peut remarquer en découvrant les multiples parallèles entre les plans du père et ceux de sa fille, se trouvant à des millions de kilomètres de lui. L’une des premières qualités du long-métrage, c’est qu’il soit proche de nous en dépit du fait que l’histoire se passe dans une galaxie immensément loin de la nôtre. Pour créer ces personnages, Nolan s’est appuyé sur un superbe casting avec de très belles prestations. On notera celle de l’oscarisé Matthew Mcconaughey dans le rôle-titre, qui a été choisi par la production pour son interprétation (de la figure paternelle) dans Mud, et qui est une nouvelle fois très crédible dans un registre qui ne lui est pourtant que peu commun. C’est aussi le cas du brillant trio composé de la prometteuse Mackenzie Foy, Anne Hathaway et Jessica Chastain, que l’on ne présente plus. Enfin, comment parler du casting sans citer le toujours aussi fringuant Michael Caine, qui accompagne Nolan pour la 6ème fois consécutive.

Un blockbuster sur fond d’astrophysique

                Dans Inception il était question du sommeil et des rêves qui le peuplent, dans Le Prestige de la magie et de ses secrets. Bref, Nolan s’amuse à nous faire réfléchir. Une fois n’est pas coutume, il s’est inspiré d’un sujet certes apprécié du grand public mais aussi diablement compliqué à comprendre. Pour écrire son intrigue et réaliser son long-métrage, Nolan s’est en effet appuyé sur les théories et calculs de l’astrophysicien mondialement reconnu Kip Thorne. Il en résulte donc un film qui parle de théorie de la relativité, de distorsion de l’espace-temps, un film peuplé de trous de verre, de trous noir (le visuel de ce dernier est en effet totalement basé sur les calculs de ce scientifique, que l’ordinateur a simplement modélisé). Un film qui réussit à mettre en image tout ce que l’homme n’a jamais pu voir et n’a pu qu’imaginer. Attendez-vous donc à être à la fois bluffé par la qualité des images, par leur virtuosité mais aussi à être emporté par un scénario qui ne cessera de vous surprendre. Car l’un des véritables coups de forces du réalisateur c’est d’avoir tenu son intrigue secrète jusqu’au dernier moment, ne révélant dans le synopsis et différentes bandes annonces que le première acte du film. Ce qui est important pour lui, c’est de conserver au moins « 2 minutes d’expériences fraiches » du spectateur.

 « Nous sommes des explorateurs »

                Jessica Chastain et Matthew Mcconaughey l’ont parfaitement résumé lors d’une récente interview, cet Interstellar symbolise pleinement le trip absolu de l’explorateur. Quoi de mieux que de suivre les aventures de quatre astronautes voguant à travers l’immensité d’une galaxie inconnue ? C’est aussi en cela qu’Interstellar est un film à voir : c’est une épopée de près de trois heures après quoi on ressort bouleversé, transformé et surpris, c’est une véritable expérience cinématographique, plus encore qu’une simple expérience visuelle. Là aussi, la force de l’équipe de production du film aura été de réaliser un tel film sans utiliser d’écran vert, en se basant seulement sur des effets spéciaux certes moins modernes mais particulièrement efficaces et qui renforcent la crédibilité de ces images. De plus, le réalisateur s’est une nouvelle fois refusé à diffuser le film en 3D, mais l’a produit en Imax, ce qui n’enlève rien à la beauté du film, bien au contraire.

Une inspiration kubrickienne

                En plus de Star Wars, qu’il présente comme source d’inspiration de chacun de ses long-métrages, Christopher Nolan s’est inspiré de 2001 : l’odyssée de l’espace pour façonner son film. Et  cela se ressent par certaines prises de vues particulières mais aussi par la manière avec laquelle Nolan gère le son, notamment les silences lorsqu’il s’agit d’une vue depuis l’espace. Ces silences justement, utilisés à bonne escient,  viennent alors ajouter un degré supérieur d’intensité et de suspens complétant idéalement un visuel déjà très abouti.

L’unique reproche que l’on peut faire au film dans son ensemble serait que la bande originale a été réalisée par Hans Zimmer sans qu’il ne connaisse le scénario, Nolan voulant éviter toute fuite de celui-ci. La musique est belle et entrainante mais ne colle pas toujours avec l’intrigue.

Vous l’aurez compris, Interstellar est sans aucun doute l’un des films de cette fin d’année à ne surtout pas manquer. Si vous aimez la science-fiction, l’aventure, l’espace, l’inconnu et l’accent de Matthew Mcconaughey (car ce film est à voir absolument en VO), alors vous aimerez cette odyssée des temps modernes.

Alexandre Carrier

CONTRE ✩✩✩✩✩

Les superlatifs n’ont pas manqué dans la presse pour décrire Interstellar, le nouveau produit phare du catalogue Nolan (les qualités de vendeur de Christopher Nolan sont indiscutables). Cependant, en y regardant de plus près, c’est voici qui parle d’un film «  au panthéon »  et Closer de «chef d’oeuvre ». Le Monde, de son côté, évoque plutôt de la « gélatine scientifique assommante » et une « héroïsation qui confine au ridicule ». Merci ! Ces critiques sont encore trop douces. Interstellar est le film le plus nul de l’histoire des 7 derniers mois.

Le scénario est en tout point affligeant. Nolan nous vend un film censé faire l’éloge de la science et de l’esprit cartésien des pionniers américains mais mélange la gravité, le temps, et l’amour dans un charabia scientifique caricatural nous expliquant que la cinquième dimension est en fait une bibliothèque géante (c’est la conclusion métaphysique du film).

Les idées scénaristiques complètement absurdes de Nolan donnent lieu, en toute logique, à des dialogues improbables et décevants. Les astronautes prennent des décisions cruciales pour leur survie en donnant l’impression de jouer à pierre feuille ciseaux. On apprend au cours du film que l’amour est en fait la clé spatio-temporelle qui va permettre de sauver l’humanité (dans le 5e élément, ça paraît cool, ici ça paraît débile). Et évidemment, deux phrases sur trois prononcées par les acteurs principaux traitent du sauvetage de l’humanité entière, ce qui donne d’abord sommeil puis finit par agacer.

Par dessus le marché, Nolan tente de nous rabâcher sa mayonnaise habituelle complètement périmée. On a droit, par exemple, aux décalages temporels. Un astronaute vit 3h quand son pote dans un vaisseau à côté vit 23 ans. Résultat : sa barbe de trois mois arbore quelques poils blancs et il fait un peu la gueule quand ses potes reviennent, mais juste un peu. « Ben oui quoi, on s’est pas vu pendant 20 ans les gars, vous croyez toute de même pas que je vais vous dire bonjour direct … ».

Les acteurs donnent ce qu’ils peuvent, mais avec un tel scénario, dur de faire une bonne performance. Matt Damon tout particulièrement donne l’impression de se perde dans son propre espace-temps à chacune des ses répliques, prononcées avec la sincérité d’un adolescent qui explique qu’il ne s’est jamais masturbé.

La musique achève cet élégant navet. Le piano mélodramatique à outrance qu’on entend sans relâche tout au long du film et qui pèse toujours plus lourd à chaque ralenti rend le film vraiment imbuvable.

Nolan réussit finalement la prouesse de nous faire vivre un véritable décalage temporel : 2h40 m’ont paru 28 ans et 5 mois et demi dans cette salle de cinéma.

Si seulement le film assumait la profondeur abyssale de son inconsistance ! Mais le problème des films de Nolan, c’est qu’ils sont toujours vendus comme les derniers chefs-d’œuvre cinématographiques. « Tu savais que les images du trou noir sont tirées d’un modèle mathématique, c’est la première fois qu’on met en image des trous noirs d’une manière aussi réalistes ! » peut-on entendre autour de soi. Mais quand on assiste à un stade aussi évolué de pitrerie sur le fond, les belles images sur la forme ne servent à rien. D’abord, on se demande si Nolan n’est pas en train de se moquer ouvertement du monde entier, puis on réalise le gâchis que représente le travail de tous les designers et animateurs 3D qui ont travaillé plusieurs mois voire années à la réalisation d’une telle imposture.

Comparer ce film à 2001 l’odyssée de l’espace revient à mettre sur le même piédestal le travail de Nabilla et celui de Voltaire, autrement dit de la folie totale. Au final, le film passe pour prétentieux et donne envie de vomir son argent en sortant de la salle. S’il vous plaît, n’allez pas voir ce film.

 Victor Matei


Interstellar-Affiche-USA-IMAX-2

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3 Comments

  • Phil 10 novembre 2014 at 1 h 41 min

    Je trouve dommage qu’il n’y ait aucune unité entre les critiques (la première parle du film, la seconde ne parle de rien), et je trouve étrange de publier un texte aussi peu argumenté que celui de la critique négative, à moins qu’il ne s’agisse d’humour ??
    Bon, je vais passer sur le fait qu’il s’agit d’un dégoulis de haine envers Nolan et la majorité qui a eu le malheur d’apprécier le film, basé sur quelques blagues un peu navrantes, mais le pire est dans le peu que dit l’article : on a d’une part de la pure mauvaise foi quant aux critiques presse (on cite Le Monde qui est en effet très connu pour la qualité de ses critiques ciné (?) mais on passe sous silence TOUTES les critiques, très souvent positives, de la presse spécialisée), de l’autre des généralités hallucinantes sur le cinéma (la forme ne servirait à rien si le fond ne suit pas ? je pense quand même qu’au cinéma ce serait plutôt l’inverse). Au final la critique tombe dans l’excès caricatural qu’elle dénonce.
    Je peux concevoir que le scénario ne plaise pas (très typé SF) mais non, il est parfaitement bien construit (quoique trop prévisible vers la fin peut-être) et surtout ne se donne jamais pour réaliste (les explications scientifiques ne veulent pas nous convaincre que c’est vrai, mais servent à donner l’illusion que ça puisse l’être… Nolan en est parfaitement conscient, comme le prouvent le rôle de Caine, le statut des robots, et surtout le discours de la prof au début. Et puis critiquer un film de SF parce qu’il n’est pas scientifiquement exact est absurde).
    Pour ma part, j’ai trouvé Interstellar tout d’abord visuellement magnifique (bien mieux que Gravity dans un registre similaire, et sur ce plan là, et celui-là seulement, je pense que la comparaison avec 2001 est vraiment justifiée), ensuite porté par un acteur au-dessus du lot (par exemple, la scène qui suit le fameux décalage temporel que vous décriez – sans aucune raison – est bouleversante), et une musique épique à souhait (j’ai toujours eu un faible pour Hans Zimmer). Le scénario est traversé de très bonnes idées, d’autres un peu moins bonne peut-être, mais a le mérite d’être cohérent et d’explorer toutes ces idées jusqu’au bout. Les divers thèmes abordés ne le sont jamais pour rien et l’ensemble est très réussi à mon goût (le discours sur l’amour parait d’abord niais, mais rapporté au film entier l’est beaucoup moins). Je rajouterai que le film ne m’a pas paru long, parce qu’il commence lentement mais ne cesse d’accélérer jusqu’à la fin, comme souvent chez Nolan d’ailleurs.
    (par ailleurs, ce n’est pas très fin de divulguer certaines surprises du film, mais bon l’auteur de l’article ne semble guère se soucier de ce que les autres ont pu penser du film… ne serait-ce que l’auteur de l’autre critique, complètement éclipsée par le ton affligeant de l’article qui la suit)

  • PAC 10 novembre 2014 at 15 h 30 min

    Merci pour ton commentaire Phil, qui a le mérité d’être bien argumenté.

    Sache toutefois que les deux critiques se complètent, et si tu as tout fait le droit de ne pas être sensible à l’humour somme toute médiocre de Victor Matéi, cela ne veut pas dire pour autant que sa critique est infondée.
    Sa condamnation est certes radicale, mais je peux témoigner qu’elle est sincère : personnellement j’ai plutôt bien aimé le film mais cela ne m’empêche pas de comprendre les réticences évoquées.

    Quant à la référence au journal LeMLonde, la critique a été écrite par Jacques Mandelbaum : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Mandelbaum si tu avais un quelconque doute quant à sa légitimité, je pense que ce lien te l’ôtera ; accessoirement, Telerama a aussi descendu le film.

    Tu évoques le fait que Victor Matei ne se soucie guère de l’opinion des autres quant à ce film : c’est effectivement le cas, et c’est le but d’une critique ; il y livre sa vision personnelle sans perdre son temps à faire un pot-pourri des opinions divergentes.
    Et si il est véhément contre Nolan – réalisateur que personnellement j’apprécie – il n’insulte à aucun moment ceux qui l’estiment, et extrapoler sa critique dans ce sens est quelque peu malhonnête.

    Cordialement.

    • Victor 11 novembre 2014 at 1 h 12 min

      Salut Phil,

      Merci pour ta réaction.

      Au sujet du contenu de ma critique, je te trouve un peu dur sur le « peu argumenté ». J’étaye chacun des points dont je parle en me basant sur le film et ce que j’en ai ressenti. Par ailleurs, je donne certes un avis très négatif sur le film, mais à aucun moment je ne juge les gens qui en portent un différent – sauf peut-être lorsque j’accuse de folie la comparaison entre ce film et 2001, l’odyssée de l’espace, je m’excuse donc pour ces dernières lignes qui échappent à leur contexte !

      Au sujet du style, chacun le sien, non ? Le ton acerbe traduit simplement le sentiment que j’ai eu à la sortie du film et je le retranscris ici. Je n’écris pas pour être neutre mais pour prendre parti et si parfois la comparaison est sévère (Nabilla) et les morceaux choisis (tu as tout à fait raison pour ma sélection des critiques presse), c’est pour convaincre ou du moins faire réagir. Pari gagné semble-t-il ? Et n’est ce pas le but de la critique finalement ? Merci encore, d’ailleurs, pour ta réaction qui elle aussi a atteint son but !

      Victor

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