La Crème de la Crème, de Kim Chapiron

La Crème de la Crème, de Kim Chapiron

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A quoi tient la réussite d’un film comme La Crème de La Crème?

Une succession de trouvailles, un thème raccoleur mais attirant et comme d’habitude chez Kim Chapiron, un ancrage dans ce qu’on pourrait appeler la « culture jeune ». Film déstiné à devenir culte dans les écoles de commerce, dont les étudiants sont clairement la cible du marketing parallèle à la sortie du film (soirée au Showcase, Snapchat….), le scénario est issu d’une « légende urbaine » selon les propres mots du réalisateur. Celui-ci est friand du cinéma-reportage. Les films de Kourtrajmé, Dogg Pound, Sheitan, les backgrounds de ses films suffisent parfois à l’intérêt. Malgré les clins d’oeil systématiques de Mr Chapiron à ses happy few, le film navigue dans un univers séduisant et accroche sur son passage des thématiques intéressantes. C’est celles-ci qui ont retenu notre attention, en même temps qu’un humour exhibitionniste qui fonctionne mais qu’il n’est pas nécessaire de décortiquer.

La première d’entre elles est la peinture de la vie associative d’une école de commerce. On ne dira pas qu’un film est bien quand il est réaliste, mais il faut reconnaître ici une certaine habileté à reproduire un décor que les étudiants de Dauphine connaissent trop bien. Les filles sont en géneral trustées par les membres des associations étudiantes les plus populaires. Il faut donc commencer par se montrer avec une fille pour voir sa valeur grimper et avoir accès à d’autres filles, selon des préceptes économiques. On reconnaît dans ce microcosme de l’école un modèle annonçant la vie post-école de commerce.

Le film traite en même temps de la mort des sentiments face au profit-roi, auquel la relation Alice-Louis fera un pied de nez.Ce qui est réussi et appréciable dans la mise en scène, c’est la manière de capter les sentiments naissants et émergents des personnages de manière très pure, très adolescente. Leur univers est impur, leur activité est impure, mais leur affection l’un vers l’autre est pure, légère et bien amenée. Là où la Vie D’Adèle par exemple, utilisait un cadrage (très) serré pour saisir ce même type de sentiments, La Crème de La Crème présente plutôt une batterie de champs-contrechamps, dans une tradition de films d’adolescence sans réelle audace technique. On reprochera au film d’explorer quelques pistes, de donner les prémices d’un point de vue, mais de ne pas aller au bout de son propos. Cependant c’est peut-être trop demander à un film qui revendique uniquement la comédie.

L’objectif de Mr Chapiron semble de nous présenter un « teen-movie », genre peu représenté en France. En effet la structure du récit en possède toutes les carractéristiques. Personnages stéréotypés , Le Nerd, Le Beau Gosse, Le Cerveau. Il met en scène un passage à l’âge adulte, une initiation: le monde est dominé par l’avidité, les trajectoires des étudiants en école de commerce sont trop linéaires, faisons quelque chose d’excitant avant de rentrer dans le moule. Et le lieu est emblématique d’un passage à l’âge adulte: une école de commerce avant la vie active est une période d’expérimentations, de recherche: soirées, sexe, MDMA.

Si  » La Folle Journée De Ferris Bueller » est un classique du genre, on s’attardera sur un autre film emblématique de cette branche de la comédie américaine, « Risky Business », principalement connu pour avoir lancé Tom Cruise, et qui intéressera les amateurs de teen-movie. Joel, jeune lycéen, se retrouve sans ses parents une semaine, qui le laissent seul dans la maison. Il invite une call-girl, qui lui fait perdre sa virginité. Commence une amourette, qui entraînera Joel dans un conflit avec le souteneur de Lana. A la suite de péripéties, la voiture des parents de Joel tombe dans un lac . Pour payer les réparations, Joel, avec l’aide de Lana, décide de transformer sa maison en bordel pour ses camarades de lycée. Les similtudes entre les deux films sont évidentes, et on saluera cette tentative de renouer avec la comédie américaine adolescente.

Maël B.

Témoignages étudiants

A l’occasion du Dau’film Festival, quelques chanceux étudiants Dauphinois ont eu l’opportunité de voir le film en avant-première, nous avons recueilli quelques uns de leurs témoignages sur le film:

Alice, étudiante en M1: « Un film français, sur la jeunesse française, mettant en scène des acteurs peu connus mais talentueux. Surtout, le film abordait (parmi d’autres sujets) un sujet de société important, la prostitution, sans être manichéen ou moralisateur. Faire la projection dans un ciné assez petit et plutôt joli, dans le style théâtre parisien, a rendu l’événement à la fois assez « exceptionnelle » et conviviale durant l’échange avec le réalisateur et un des acteurs principaux. Évidemment, pouvoir faire un retour sur le film avec les invités était super. Ils répondaient aux questions en étant sympas, ouverts à la discussion, donc c’était très agréable et enrichissant. »

Romain, étudiant en Degead 2: « Malgré un scénario qui n’est pas non plus bouleversant, je me suis laissé porter par l’histoire du film puisque l’univers nous rappelle notre vie a Dauphine. Les acteurs sont bons, mais la fin est un peu décevante même si on la comprend mieux après avoir discuté avec le réalisateur. »

Matthieu, étudiant en Demi2e 2: « Des personnages attachants qui arrivent à nous faire sourire lorsqu’une gamine convainc une jeune femme de se prostituer… On en oublierait presque à quel point c’est immoral tellement c’est divertissant ! »

AVP Crème

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1 Comment

  • S. 8 avril 2014 at 3 h 13 min

    Une très bonne idée, de très bons acteurs, mais les thèmes ne sont pas abordés de manière pertinente à mon avis : C’est dommage que le réalisateur effleure des thèmes très importants et d’actualité ( égalité des chances, fonctionnement des cours dans les grandes école..s) , et s’attarde sur une histoire d’amour entre deux jeunes… Et puis la fin nous plonge dans une incompréhension totale : Le réalisateur ( en filmant pendant 3 min deux personnages entrain de s’embrasser) voulait il nous montrer que l’amour prend le dessus dans ce système…? Il aurait pu trouver quelque chose de plus originale…
    Toutefois, le compositeur Ibrahim Maalouf a mis son petit grain de sel pour rendre le film plus agréable.

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