La Demora, de Rodrigo Pla

La Demora, de Rodrigo Pla

La Demora

Maria, une mère de famille de quarante ans, travaille à la pièce pour une usine de textile à Montevideo. Usée, fatiguée, elle essaye tant bien que mal de survivre dans un petit deux pièces, où elle s’occupe de ses trois enfants et de son père retraité, Agustin. Ce vieillard de 80 ans perd la mémoire et doit, par conséquent, être en permanence assisté. Coûte que coûte, Maria tente d’assumer son rôle de mère, d’éducatrice, mais elle doit aussi s’improviser aide-soignante. Mais arrive le jour où, à bout de force, elle demande à son père de l’attendre le temps d’une course…mais ne revient pas le chercher.

Avant toute chose, il ne semble pas inutile de préciser que si vous avez envie de voir « la Demora », il va falloir vous montrez très motivés. D’une part, il n’est projeté que dans 3 salles parisiennes. Et si vous avez la chance (ou le malheur, question de point de vue) d’habiter en province, autant dire que la tâche va s’avérer encore plus difficile. D’autre part, comme vous avez pu le constater ci-dessus, ce n’est pas vraiment le genre de film réjouissant, à la fin duquel vous sortez tout sourire et heureux de vivre. Non, « la Demora » est un film dur, « la Demora » est un film sombre, mais surtout, « la Demora » est un film vrai.

Pourquoi vrai ? Tout simplement parce qu’il nous confronte à notre propre condition, il nous met face aux enjeux de la vie, aux difficultés que nous aurons, un jour, à vivre. Il en dit long sur la nature humaine. Cette femme, pas assez pauvre pour que la maison de retraite accepte de prendre en charge son père, mais en même temps pas assez riche pour vivre dans des conditions décentes et payer des services privés, finit par craquer. Cet acte d’abandon est choquant. Certes, ce vieillard qui perd la tête, diminué, complètement dépendant des autres, est de plus en plus pesant. Mais comment une fille peut-elle prendre la fuite et laisser tomber son père ? C’est un monstre, pensez-vous.

En réalité, Rodigo Pla, le réalisateur, nous envoie un tout autre message. Il prend soin de ne porter aucun jugement sur cet acte de détresse. Il ne nous fait pas pleurer. Il ne nous fait pas rire non plus, c’est un fait, mais à travers sa caméra, il nous invite à comprendre le geste de Maria. Il décrit son quotidien, ses frustrations, son courage, sa détermination et cela avec beaucoup de justesse. Il parvient même à nous faire aimer cette femme à bout de force, perdue et désespérée. On s’attache aux personnages, bien qu’ils soient ordinaires. On finit par être envahi par le même sentiment qui atteint Maria après son acte : le remord. Rodrigo Pla en profite pour mettre le doigt sur un point sensible qui touche les pays du Sud : les maisons de retraites publiques sont réservées aux personnes sans aucune ressource. Maria, qui en a peu, en a pourtant trop.

Alors voilà, « La Demora » n’est pas le genre de film qu’il faut aller voir quand on est un brin morose. Mais c’est un beau film. Il montre à quel point nous sommes faibles et capables à tout moment de défaillir. Capables, oui, mais aussi autorisés. Tout comme Amour, de Michael Haneke, il nous montre que la vieillesse est une chose douloureuse, face à laquelle nous n’avons pas de solution…

Sophie Wlozniak

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