La maison de la radio de Nicolas Philibert ✭✭✭✭✩

La maison de la radio de Nicolas Philibert ✭✭✭✭✩

20460233.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Il y a parfois des films qui vous laissent sans voix. Des films qui laissent pantois. Des films qui nous laissent « baba ». La maison de la radio fait partie de ces petites perles du cinéma français. Le documentaire nous donne à voir les coulisses des bureaux de radio France, l’une des plus grosses usines d’information publique française. Nous sommes littéralement plongés au cœur de la vie de l’établissement, rythmée par les émissions, les nouvelles de dernières minutes, les dépêches, les moments de stress, souvent, et de réel bonheur, parfois. Les auditeurs de France Inter, France Info, France Bleu, France Musique et France Culture retrouvent avec ravissement des voix qui leur sont familières,  y associant enfin des visages auparavant inconnus. Elles animent nos journées, engagent débats et discussions, transportent nos esprits vers d’autres univers. Elles nous ouvrent au monde pour notre plus grand plaisir. La frustration est toutefois présente quand on traque à l’écran nos chouchous, en vain. Il est évident que tous n’ont pas été immortalisés par la caméra, mais bon nombre de journalistes, invités, mais aussi techniciens, musiciens et petites mains ont été observés durant six mois avec curiosité par le réalisateur.

Après un an de montage, Nicolas Phillibert nous livre une journée type à Radio France. C’est le challenge qu’il s’est donné pour nous faire pénétrer, à notre tour, dans la vie trépidante de l’information. Et nous, spectateurs ébahis face à l’immensité de la machine, novices, ignorants, nous y découvrons de petites merveilles.

Il filme avec patience et simplicité les visages des invités, leur étonnement, leur angoisse, leur gêne aussi, attendant le moment où ils vont devoir prendre la parole, dévorant des yeux le journaliste en face d’eux, comme un chef d’orchestre. Et le journaliste, lui-même dépendant des techniciens, envoyant des signaux, des mimiques, établissant une sorte de langage incompréhensible. Nous n’entendons que leur voix à la radio, nous nous imaginons un monde calme et immobile, sans fracas. Mais c’est bien loin de la réalité. Gestes brusques, expressions déformant le visage, colère, apnée, éclat de rire, yeux grands ouverts… « Faire de la radio » s’avère être un métier physique, mettant en jeu le corps tout entier de celui qui s’y engage. Et ceux qui font partie de l’envers du décor, qui ne passent pas à l’antenne, sont démasqués eux aussi. Nous les voyons s’amuser des informations qu’ils traquent à chaque minute, nous les voyons s’activer, nous les voyons piétiner…malgré la pression, ils gardent le sourire.

Il y a dans ce documentaire quelque chose d’émouvant et de poétique à la fois. Cette journaliste aveugle filmée en plein travail en est l’exemple parfait. C’est beau et c’est d’une simplicité à vous couper le souffle. Certes, ce film est une bonne publicité pour la maison de la radio. C’est vrai qu’il s’adresse principalement aux auditeurs assidus des radios précédemment citées. Mais il est intéressant, au moins pour découvrir quelques rouages de cette grande maison. Il y a comme un sentiment de bonheur qui émane des équipes, une bonne humeur, un esprit collectif qui donne envie de participer à l’aventure… En tout cas, le temps de la projection, on ne décroche pas.

Il semble qu’il fait bon vivre à Radio France… et il serait bon d’aller y jeter un coup d’œil !

Sophie Wlodarczak

20460230.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)