Mise à mort du cerf sacré, meilleur scénario à Cannes

Mise à mort du cerf sacré, meilleur scénario à Cannes

Honnêtement à Cannes c’est hyper dur de pas s’endormir devant un film alors quand ça arrive, c’est soit que le film est vraiment bon, soit qu’il tient en haleine jusqu’à la fin. The killing of a sacred deer remplit les 2 critères avec brio. Par des plans serrés ou au contraire éloignés laissant ainsi les personnages se rapprocher lentement et au plus près du spectateur, le réalisateur Yórgos Lánthimos rend l’atmosphère du film oppressante et la musique parfois stridente y participe sans lourdeur.

Niveau pitch, Steven (chirurgien joué par Colin Farrell), marié à Anna (ophtalmologue interprétée par Nicole Kidman) et père de Kim (14 ans) et de Bob (12 ans), entretient une relation presque « patriarcale » avec Martin, jeune garçon perturbé et orphelin de père. Très vite on comprend qu’un événement de son passé rattrape Steven, qui va devoir choisir entre voir les membres de sa famille mourir un à un ou en tuer lui-même 1 seul. Après un calcul coût/avantage digne du meilleur homo-œconomicus, le protagoniste se rend compte qu’il est plus rationnel de choisir lequel de sa famille il va tuer. Steven et Anna passent alors par les 5 étapes du deuil que n’aurait pas renié Elisabeth Kübler-Ross, avant même que le crime n’ait été commis, tant ils savent l’issue inévitable. Le déni, la colère, le chantage, la dépression et finalement l’acceptation traversent le film jusqu’au point culminant que caractérise le choix final.
À la limite du malaise pour le spectateur, les personnages sont pragmatiques à l’extrême et vivent leur vie presque sans émotion. Dans The Lobster (réalisé en 2015 par Yórgos Lánthimos) on avait déjà vu ces personnages froids, comme d’une autre planète, une culture où les choses sont dites sans détour et les choix cornéliens. On retrouve dans les deux films un côté surréaliste sans tomber dans le fantastique-cheap. Les conséquences du meurtre sont totalement anecdotiques, c’est la pression subie par les caractères et le poids du destin qui intéressent le réalisateur.
Même la protection que devrait supposer la cellule familiale vole en éclats, tandis que chacun cherche à s’approprier l’amour paternel dans des tentatives pathétiques de survie. Le titre prend alors tout son sens, la mort du cerf sacré, ou la mort du père dans celle de sa famille.
On ressort de la salle retourné par la psychologie particulière des personnages et le jeu impeccable des acteurs.
Un très bon film donc qui vaut largement son prix du meilleur scénario à Cannes cette année.
Le seul défaut qu’on pourrait lui reprocher serait de faire dans le bizarre pour le bizarre… Comme si le réalisateur voulait tellement être unique qu’on en sent l’effort. Mais après réflexion il semblerait que ce soit symptomatique de ses films, on préfère donc y voir la patte d’un réalisateur qui monte.
Joséphine Duvignacq
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