L’ÉTÉ CINÉ – Film #1 : La Piscine (1969)

L’ÉTÉ CINÉ – Film #1 : La Piscine (1969)

Réalisé par Jacques Deray

Avec Alain Delon, Romy Schneider, Jane Birkin, Maurice Ronet

Les années 1967 et 1968 qui viennent de s’écouler se sont avérées des récoltes exceptionnelles. De grands – très grands – crus auront marqué le domaine du cinéma ; 1967 compte à son palmarès Bonnie & Clyde, The Graduate, ou encore Belle de Jour ; pour 1968, c’est 2001, l’Odyssée de l’espace ou dans un autre registre L’Affaire Thomas Crown, qui ont enchanté les cinéphiles. 1969 avait tout à prouver. Il suffit de La piscine, sorti le 31 janvier 1969, pour continuer à porter haut et fort les couleurs de la fin des 60s.

Monsieur Delon est déjà au firmament. Plein Soleil, Le Guépard et Le Samouraï – pour ne citer que quelques titres – l’ont déjà propulsé au rang de superstar. L’acteur enchaine les tournages. Madame Schneider, « la petite fiancée du monde » telle qu’elle est surnommée par les producteurs américains, connait une période de creux. Les deux artistes se sont rencontrés quelques années auparavant, it was love at first sight. Leur mariage durera cinq ans, Alain délaissant Romy pour Nathalie Sand. Mais le destin fait décidément bien les choses, et lorsque Alain s’engage sur La piscine pour jouer Jean-Paul, c’est Romy qu’il impose à Jacques Deray pour le rôle de Marianne.

On entend le bruissement de l’eau. Une main s’y baigne. La caméra monte plus haut. Delon est allongé au bord de la piscine, lunettes Vuarnet sur le nez, maillot de bain motif cachemire. So 60s. Au loin, la verdure et la Méditerranée. « Jean-Paul ! ». Delon se tourne vers la caméra, puis l’ignore. Une gorgée de jus plus tard et splash!, Romy est dans l’eau, peau bronzée, bikini noir et regard bleu azur. Quelques brasses et la voilà allongée près de Delon. On n’aurait pu faire plus belle entrée en matière. Les deux amants coulent donc des jours paiasibles dans leur petit coin de paradis. Mais voilà qu’Harry (Maurice Ronet), ancien ami du couple – et chéri de Marianne – débarque en Maserati ronronnante, accompagné de sa fille, Pénélope, terrible ingénue jouée par Jane Birkin. Plus rien ne sera comme avant, ou presque. Et le spectateur ne pourra s’empêcher de continuellement comparer Marianne, la svelte et sophistiquée déesse, à Pénélope, la jeune nymphe timide et nonchalante, mais tout aussi séduisante. Ce qui était une île merveilleuse devient alors un huis-clos à ciel ouvert, un quatuor amoureux sur une des plus belles côtes du monde. Les jours s’enchainent et paraissent se ressembler, seulement la tranquillité n’est plus ce qu’elle était. Surtout au moment d’une étrange fête. « Il y a des soirs où tout est permis, enfin presque », décrit si bien Jean-Paul. Le soleil cogne, la température monte, l’eau chlorée couleur lagon aveugle. Les regards se croisent, s’attardent, parfois langoureux et parfois réprobateurs ; des dialogues anodins s’habillent de lourds sous-entendus, tandis que la magnifique musique de Michel Legrand accompagne ce jeu d’acteurs décidément parfait.

Nous tairons la suite des évènements pour ceux n’ayant pas visionné ce film mythique. Mais cette quiétude troublée ne pouvait avoir comme conséquence qu’une suite tragique. Ce que la première partie du film révélait de paisible, facile et nonchalant devient contraignant, fâcheux, insupportable. On en vient à détester Harry, l’agitateur, le séducteur, et on comprend Jean-Paul, le sauvage, le solitaire, le torturé. Là est toute la magie du film de Jacques Deray. Brouiller le juste et l’injuste, the right and the wrong, à la manière de George Stevens filmant Montgomery Clift aux côtés d’Elizabeth Taylor dans A Place in the Sun. Et toujours, au cœur de ce drame, la piscine, recueil de toutes les passions, et témoin de tous les maux.

Alors si vous avez manqué l’exposition consacrée au couple Delon-Schneider à La Galerie de l’Instant (46 rue de Poitou, Paris 75003), rien ne vaut un ultime visionnage de ce chef d’œuvre du cinéma. Si le couple s’est ainsi reformé dans la fiction, beaucoup ont nié l’existence d’une nouvelle idylle entre les deux acteurs lors du tournage. On ne pourra empêcher les rêveurs de penser autrement…

 

Capucine Colaert

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