La Vénus à fourrure de Roman Polanski ✭✭✭✭✭

La Vénus à fourrure de Roman Polanski ✭✭✭✭✭

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     Acclamé au festival de Cannes, La Vénus à la fourrure était sans aucun doute la sortie la plus attendue de la semaine pour les cinéphiles. Deux ans seulement après Carnage, Roman Polanski signe avec La Vénus à la fourrure un nouveau huis clos, successivement comique, gracieux ou oppressant, mais toujours jouissif. Il s’agit d’une adaptation de la pièce du même nom de David Ives -qui a participé à la réalisation du film – elle-même inspirée du roman érotique de Leopold von Sacher-Masoch. Thomas (Mathieu Amalric) cherche désespérément l’interprète de la Vénus pour son adaptation du roman quand arrive Vanda (Mathilde Seigner). Malgré les apparences, cette dernière se révèle vite parfaite pour le rôle, et une relation complexe se développe entre les deux personnages.

      C’est tout d’abord la structure du film qui interpelle. Les possibilités de la salle de théâtre sont épuisées, le jeu se baladant de la scène à l’entrée, en passant par la console des lumières, les coulisses et les rangs où Thomas est installé. Amoureux du huis clos, Polanski se plaît à enfermer ses personnages pour les voir évoluer, se débattre. Si Marie-Claire, la femme de Thomas est présente par le biais du téléphone celui-ci s’en échappe assez rapidement : seuls les deux protagonistes apparaissent à l’écran. La relation les unissant n’en est qu’amplifée, et le spectateur ne peut envisager de personnage extérieur qui viendrait troubler leur union, comme si le monde avait été balayé par l’orage traversant le film, comme si le théâtre était une bulle de vie dans un monde dévasté -et si c’était le cas ?

      De plus, le film gagne par la perpétuelle ambiguité entre récit enchâssé, c’est-à-dire la pièce jouée avec délice par les deux personnages, et récit enchâssant -le film, si bien que le spectateur s’y perd. En effet il ne connaît pas la pièce, et souffre de son manque d’informations. Les personnages se plaisent à mêler aux dialogues du film des scènes de la pièce lorsque celles-ci sont de circonstance, laissant le spectateur dans le flou pour quelques instants -jusqu’à la réplique. Thomas et Vanda se muent progressivement en leurs personnages, se laissent prendre au jeu, à notre plus grand plaisir. Cette ambiguïté est surtout symbolisée par le prénom Vanda, porté par l’actrice comme par le personnage qu’elle joue, et par le changement de prénom qu’elle impose à Thomas, se transformant en Severin (le nom du personnage masculin).

      Vanda, comme dans le livre, semble tout d’abord soumise au metteur en scène mais prend le pouvoir petit à petit. Elle commence par gérer les lumières, en le lui demandant, et finit par se faire appeler « maîtresse » et obliger Thomas à s’agenouiller devant elle. Car Thomas se perd entre la pièce qu’il a créée, représentant ses fantasmes, et la réalité : tout cela lui semble irréel. On se demande même à un moment si Vanda n’est pas un rêve tant elle est parfaite, ce qui explique peut-être le manque de jugement de Thomas à la fin du film. In fine, pour échapper au sort qui lui est réservée par la pièce – retomber dans la soumission – Vanda parvient à échanger les rôles juste au moment où Severin allait reprendre le dessus. Elle peut alors enfin réaliser son projet, car tout était prévu, tout était joué.

     Roman Polanski donne dans La Vénus à la fourrure un rôle marquant à Emmanuelle Seigner , peut-être le rôle qu’elle avait toujours attendu. Si la surprise convenue de Thomas face au fabuleux jeu de Vanda peut mettre le spectateur mal à l’aise, elle traverse le film telle une déesse, et joue ce rôle, pensé pour elle, à la perfection. On ne s’ennuie pas dans ce huis clos, du fait du crescendo de la tension, lâche au début du film mais étouffante dans le dernier quart d’heure. On peut cependant déplorer la vide et trop facile critique du machisme au XIXème siècle, et on préfèrera voir dans ce film une déclaration d’amour à Emmanuelle Seigner et à la femme du XXIème siècle, indépendante et déchaînée.

John Dyer

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1 Comment

  • Julia M 28 novembre 2013 at 20 h 37 min

    Heureuse de voir qu’une personne ait autant apprécié ce film que moi

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