« L’Ange », le long métrage envoutant et démoniaque de Luis Ortega

« L’Ange », le long métrage envoutant et démoniaque de Luis Ortega

Présenté cette année au festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, El Ángel (l’Ange) est un long métrage Argentin réalisé par Luis Ortega et produit par Pedro Almodóvar (rien que ça). Il s’agit d’un biopic détonant et édulcoré qui transporte dans un univers à la fois pop et kitsch qui ne peut laisser indifférent.

Dans l’Argentine du début des années 70, le jeune Carlitos, 17 ans, enchaîne les petites frappes au sein de son quartier; il vole et s’introduit dans de luxueuses propriétés dans l’innocence la plus totale. Tout cela sous le regard impuissant de ses parents qui tentent de le raisonner avec laxisme mais se laissent facilement duper par la candeur du jeune homme au visage d’ange. Cela sera sans compter sur la rencontre entre Carlitos et Ramon, un camarade de lycée dont le père, un ancien détenu, l’aide à organiser divers cambriolages et délits en tous genres.

C’est dans cet univers décalé qu’évolue ce personnage attachant, au sourire poupon et aux boucles blondes. C’est là que se cache l’aspect tant pernicieux qu’envoutant de ce film : Carlitos n’a aucunement conscience des notions de bien ou de mal, ce qui fait de lui un tueur sans merci, particulièrement brutal. La mise en scène insiste sur cette dualité ange/démon, cette gaité brutale qui semble ici être réinventée, loin de standards un peu gnangnans. Ce film s’ancre d’ailleurs dans le courant du « nouveau cinema Argentin » qui qualifie un cinema qui parle de son pays tout en adoptant des codes cinématographiques universels, pour autant détachés de considérations commerciales. Ce cinéma se développe (Juan José Campanella qui avec Dans ses yeux reçut en 2010 l’Oscar du Meilleur film étranger) mais mérite un soutien constant. Luis Ortega déplore d’ailleurs le fait que « les exploitants vont seulement projeter ceux (les films) qui rapportent de l’argent, sans rapport avec le reste. Il existe très peu de salles en dehors de celles qui sont strictement commerciales. ».

Sans omettre que ce long métrage est bel et bien un biopic. Carlos Eduardo Robledo Puch fut bien un tueur en série. Surnommé « l’ange de la mort », il est condamné à perpétuité en 1980 pour quelques 42 vols, 11 meurtres, diverses agressions et j’en passe. Puch est d’ailleurs le plus ancien détenu Argentin. Il est incarné par le jeune acteur Lorenzo Ferro, qui frappe par sa ressemblance mais aussi par son jeu, incroyablement juste et qui retranscrit très bien l’amoralité juvénile de ce malfaiteur. Luis Ortega confie justement à ce propos : « J’ai appris à choisir un enfant qui n’avait jamais joué auparavant, et à travailler avec lui, jour et nuit, jusqu’à ce qu’il ait l’apparence et la confiance d’une star de ciné. ».

En haut: Carlos Eduardo Robledo Puch lors de son arrestation. En bas: Lorenzo Ferro dans El Ángel. 

Chloé Daveux

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