Le ciné américain à la Mostra : The good, the bad and the boring

Le ciné américain à la Mostra : The good, the bad and the boring

First Man

30 août, après un court trajet de bateau depuis l’île de Venise jusqu’à celle où a lieu la Mostra, c’est à dire le Lido, nous nous dirigeons, une fois notre accréditation en poche, vers la salle Biennale, impatientes d’assister à notre première séance du festival, celle de First Man de Damien Chazelle. Au vu du réalisateur, je fondais de grands espoirs sur ce film, Damien Chazelle ayant récemment réalisé deux films aux scénarios originaux, grandioses et aux univers visuels et musicaux extrêmement riche, avec tout d’abord Whiplash, dont la fin est une véritable claque, puis La La Land, qu’on n’a plus besoin de présenter.

De ce fait, imaginez notre déception lorsque, après près de 2h, nous sortons d’un film parfaitement banal, aussi bien dans le fond que dans la forme.

Voilà le principal reproche que je fais à First Man, il est complètement moyen. Pas mauvais, mais pas bon non plus. On nous raconte une histoire que nous connaissons tous déjà, celle du premier alunissage de 1969 vu au travers des yeux de Neil Armstrong, dont on suit le parcours depuis son recrutement à la NASA jusqu’à son retour sur terre. Il est interprété par Ryan Gosling qui, comme à son habitude, nous regarde avec des yeux vitreux, sans transmettre aucune émotion au spectateur.

Les effets spéciaux des passages dans l’espace sont, par ailleurs, assez médiocres; quand on voit ce que Kubrick accomplissait il y a 50 ans de cela, avant même le véritable alunissage, on se dit que Damien, qui nous a habitués à une certaine rigueur artistique, aurait vraiment pu mieux faire.

Je ne regrette pas d’avoir vu First Man, et ne considère pas non plus m’être ennuyée, mais il ne vaut certainement pas le prix d’une place de ciné.

Vox Lux

Tout commence par un événement bien trop commun aux Etats-Unis, le tout narré par la douce voix de Willem Dafoe, un shooting dans un lycée. Survivante de cet attentat, Céleste, jouée dans un premier temps par Raffey Cassidy puis dans la seconde partie par Natalie Portman, touche l’Amérique entière en chantant aux funérailles de ses camarades. Jude Law va alors la prendre sous son aile afin de la transformer en véritable pop star. Ellipse, nous retrouvons Céleste sous les traits de Natalie, mère célibataire et cette fois-ci à la recherche d’un come-back.

Les 20 premières minutes du film m’ont données beaucoup d’espoir, j’ai même cru qu’il pourrait s’agir de mon long-métrage préféré à Venise, mais finalement il ne fait qu’effleurer les thèmes qu’il aborde, sans oser s’y attaquer véritablement.

On pense qu’il va nous emmener dans les dessous du show-business, mais finalement le côté critique, que j’ai pensé percevoir au début, disparaît, tandis que la deuxième partie tombe à plat. Natalie Portman est très caricaturale, avec un accent insupportable qui n’était pas présent dans l’actrice précédente. Par ailleurs, trop d’importance est accordée à la bande originale, probablement dû au fait qu’elle a été composée par SIA.

Je ne me suis pas ennuyée durant la séance, mais le dénouement nous laisse sur notre faim, et on a donc beaucoup de potentiel pour un résultat finalement assez moyen.

Charlie says

Il s’agit probablement d’un de mes films préférés de la sélection. En grande partie parce que nous avons pu assister à l’avant première, assises juste à côté de l’équipe du film, et notamment des acteurs principaux, Hannah Murray (Gilly dans Game of Thrones) et Matt Smith (Doctor Who et The Crown).

Charlie Says nous dépeint la secte de Charlie Manson au travers des yeux de Leslie, une de ses protégés, emprisonnée au début du film. Nous assistons au travers de flash-back à son arrivée dans la secte, et la descente aux enfer qui s’en suit jusqu’à son arrestation.

Le film parvient à équilibrer compréhension et culpabilité. Nous assistons au brain-washing de Leslie, nous voyons comment Charlie est rentré sans sa tête, et dans la tête des autres jeunes du groupe. Mais le film n’excuse pas pour autant les actes des personnages, il ne s’agit pas de déresponsabiliser les adaptes de Charlie, mais avant tout de comprendre l’origine de la violence. Pleinement plongées dans leur monde, chaque scène du film nous glace le sang, d’autant plus lorsqu’on se remémore que ces faits sont réels. Charlie says est donc un véritable rappel du fait que, parfois, l’horreur de la réalité dépasse celle de la fiction.

Suspiria

Si comme moi vous avez vu et détesté Mother!, évitez ce film à tout prix.

Énième remake hollywoodien d’un classique qui n’avait en aucun cas besoin d’être refait, Suspiria est, au même titre que First Man, un film qui m’a déçu de la part de son réalisateur, Luca Guadagnino.

Nous avons quitté le village d’Italie charmant de Call me by your name pour un Berlin en pleine guerre froide, froid et anxiogène. Tout est véritablement fait dans l’intention de mettre mal à l’aise le spectateur, mais cette intentionnalité est si évidente qu’elle en devient maladroite.
A mes yeux, un bon film fantastique d’horreur doit jouer sur la limite entre folie et réalité. La partie la plus saisissante de ce genre est cette montée en puissance qui nous glace, nous plonge dans l’univers, joue avec nos sens et sur ce qui est vrai ou faux. Suspiria diverge complètement de cette direction, et choisit d’entrée de jeu de nous révéler son mystère, avec une scène d’une violence assez gratuite, et complètement répugnante.

Dakota Johnson, le personnage principal, ne s’est décidément pas améliorée depuis son incroyable performance dans 50 nuances de Grey, sa principale caractéristique étant restée la même, de prendre des airs de vierge effarouchée en soupirant toutes les 30 secondes (Suspiria, vous saisissez la subtilité?).

L’esthétique elle-même du film, qui “s’inspire” d’un style 80s, est hideuse. C’est tout simplement laid. Seules les chorégraphies de danse valent la peine d’être vues.

Et la fin… En plus d’être prévisible, le dénouement est un gribouilli sans nom, les effets sont mauvais, et même si l’intention était qu’ils le soient, le rendu est abject.

Le seul point positif que je vois d’avoir passée 2h32 de ma vie sur cette chose, c’est que je peux avertir toutes celles et ceux qui m’entourent: Fuyez Suspiria!

Anne-Sophie Kontopoulos

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