Le Loup de Wall Street ✭✭✭✭✭/✭✭✩✩✩ de Martin Scorsese

Le Loup de Wall Street ✭✭✭✭✭/✭✭✩✩✩ de Martin Scorsese


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✭✭✭✭✭

    Après les excellents Shutter Island et Les Infiltrés, le tandem Scorsese/DiCaprio revient avec Le Loup de Wall Street, adaptation du roman autobiographique éponyme de Jordan Belfort. Le film retrace le parcours fulgurant de Jordan Belfort, interprété par Leonardo DiCaprio, de ses débuts en tant que courtier en bourse, jusqu’à son ascension comme patron d’une boite de courtage, Stratton Oakmont. Scorsese dresse dans ce film le portrait d’un jeune homme trop ambitieux et avide, prêt à tout pour arriver à ses fins et qui va finalement sombrer dans l’excès le plus total, dans la dépendance de la drogue et de l’argent.

     C’est d’ailleurs cet excès qui fait la force de ce film, tout est démesure. Du concours de lancer de nain aux orgies dans les avions, Scorsese se lâche et le résultat est drôle et déjanté. On hallucine de bout en bout en pensant qu’il s’agit d’une histoire vraie.

    Servi par des acteurs impeccables, que ce soit pour les premiers comme pour les seconds rôles, on adore détester ces personnages avides et superficiels, creux mais attachants. Seul Jean Dujardin en fait un peu trop en banquier suisse peu scrupuleux.

    Jamais lassant, malgré sa durée de 3h, Le Loup de Wall Street nous surprend sans cesse et est un excellent divertissement. Néanmoins, le film est peu critique. En effet, il ne montre que les excès de la finance des années 80 et 90 sans designer de réels coupables.

    En somme, Le Loup de Wall Street est un film spectaculaire dépeignant des hommes avilis par l’argent; renforcé par DiCaprio, merveilleux dans son interprétation, bluffant en homme d’affaire sans scrupules constamment drogué … L’Oscar c’est pour bientôt ? 

Victor Tibi

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    Scorsese signe The Wolf of Wall Street 18 ans après Casino, et il est aisé de faire le lien entre ces deux films d’un des réalisateurs américains les plus prépondérants. En 1995, Marty racontait l’histoire de Sam Rothstein et son ascension dans le milieu mafieux et flamboyant des casinos de Las Vegas. Son portrait était ensorcelant et difficile de ne pas éprouver une fascination malsaine pour un personnage aussi charismatique et grandiose. En 2013, pour Jordan Belfort dans The Wolf of Wall Street, la donne est inversée totalement. L’univers est toujours aussi démesuré et luxurieux, mais cette fois-ci il fait pitié. Jordan Belfort et ses associés sont des débiles finis, et leur extravagance se révèle être une grande farce pathétique.

    Pari osé et extrêmement intéressant de Scorsese, donc, que de faire une telle représentation du monde de la finance qui tranche radicalement à la fois avec son propre passif et avec les symboles traditionnels de Wall Street. Pas de traders de génies, pas de luttes de pouvoir, pas de costume classe, de cigare, et de « Greed is good », mais juste un simple arnaqueur un peu débile, un peu crados et sa bande encore plus bouffonesque. Le criminel est ridiculisé, démystifié et devient sujet à rires gras. Il fallait être Scorsese, avoir glorifié la criminalité dans des chefs d’œuvres comme Goodfellas, Casino ou Mean Street pour donner à The Wolf of Wall Street la puissance qu’il mérite.

    Mais le film souffre clairement de ses trop grandes ambitions, en particulier de par sa longueur. Faire un film de 3h implique une véritable prise de position et The Wolf of Wall Street n’en est pas à la hauteur. Ses personnages ne sont pas intéressants (et pour cause, c’est le but), la rythmique blague sur les putes, blague sur la drogue et ainsi de suite devient lassante une fois qu’on a compris où Scorsese voulait en venir, et une grande frustration émerge quand des développements scénaristiques potentiellement intéressants (sur les associés de Belfort, sur l’agent du FBI, sur la femme de Belfort, etc.) se retrouvent sacrifié un par un sur l’autel de la bouffonnerie. C’est le parti du film que de fatiguer le spectateur, mais cette position n’est pas suffisante pour justifier 3h de films rendue vraiment douloureuses par l’impossibilité de se sentir impliqué dans l’intrigue. Scorsese gâche un peu sa proposition de cinéma en voulant trop appuyer sur le côté lourdingue sans développer suffisamment d’autres aspects permettant de contraster et de rester impliqué.

    Scorsese décide d’adopter une position très distancée et non moralisatrice. The Wolf of Wall Street montre, ridiculise mais ne juge jamais explicitement. Pas de longues scènes de rédemptions, de flic sage combattant de la morale, remplacé un agent du FBI un peu plat mais intriguant (la scène dans le métro est d’ailleurs vraiment intéressante et ambiguë, mais représente moins d’une minute d’un film de 3h sur la poudre). Tant mieux, la position de Scorsese est intelligente, sa volonté de représenter une vaste blague est osée, mais elle souffre profondément de l’absence de contrepoids qui viennent vraiment donner de la substance à cette idée. Le film a de nombreuses opportunités de développer un peu plus de complexité qui viendrait magnifier le reste, mais sombre dans la répétition du même argument encore et encore qui au final n’aboutit à rien. On a compris, Jonah Hill et Di Caprio sont des dopés dégueulasses qui ne voient guerre de différence entre une femme et une choucroute, c’est rigolo, maintenant que faire pendant 3h ?

    The Wolf of Wall Street est donc une proposition de cinéma intéressante, une représentation nouvelle d’un sujet vu et revu, et Scorsese était bien le seul à pouvoir faire vivre un tel projet. Cependant, le film se limite clairement à son concept. Passé la réalisation déjantée et hystérique, les personnages lourdingues et la beaufitude ambiante, il ne reste pas vraiment d’enjeu, pas vraiment d’intérêt, et la dernière heure et demi de film se fait vraiment longue. C’en est d’autant plus frustrant que les opportunités ne manquaient pas, et le film se montre au final très fainéant. Passé la provocation « Raclette party sur les seins d’une pute » et les rires gras du public émoustillé, il ne reste que du chaos, et ça ne justifie pas 3h.

Adrien

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1 Comment

  • Juliette B. 29 décembre 2013 at 23 h 18 min

    Vos deux critiques sont extrêmement intéressantes car je trouve qu’elles montrent les forces et les faiblesses de ce film. Le sujet de la finance est vu, traité, revu et retraité, et pourtant, Scorsese s’approprie totalement le sujet et y apporte un nouveau regard. Selon moi le scénario ne manque pas de substances, je trouve justement que les côtés lourging, trash, bouffon sont les caractéristiques mêmes de ce film.

    Mais clairement je rejoins Adrien sur le temps : 3h ce n’est vraiment justifié. Au bout d’un peu plus de deux heures, il y a une rupture dans la dynamique du film. Les mêmes blagues sont soudainement trop lourdes, les scènes trop trash et les personnages trop bouffons. Il y a beaucoup de longueurs et la fin est interminable. Je salue toutefois la prestation de DiCaprio, que je retrouve au sommet de son art (j’avais trouvé son interprétation de Gatsby médiocre).

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