« Le Monde Fantastique d’Oz » de Sam Raimi ✭✭✩✩✩

« Le Monde Fantastique d’Oz » de Sam Raimi ✭✭✩✩✩

Alice est passée par là. En 2010, Johnny Depp et Tim Burton donnaient leur propre version du classique de Lewis Caroll qui engrangeait au passage plus d’un milliard de dollars au box-office international. Il n’en fallait pas moins pour qu’Hollywood décide de tirer profit, à l’ère du numérique, de l’héritage littéraire allant des Frères Grimm à Baum en passant par Charles Perrault. Des versions remaniées de Blanche Neige, Hansel et Gretel (et prochainement La Belle au Bois Dormant) ont alors débarqué sur nos écrans. Plus de 70 ans après Le Magicien d’Oz de Victor Flemming, Disney espère lancer une franchise en confiant à Sam Raimi, le réalisateur de la trilogie Spider-Man, les commandes de ce prequel au classique de 1939.

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Egoïste et à la morale douteuse, Oscar Diggs est le magicien de pacotille d’un cirque ambulant dans le Kansas. Lorsqu’il tente de s’enfuir à bord de son ballon après un nième mauvais tour, il est transporté jusqu’au merveilleux Pays d’Oz. Pour les habitants de ce monde haut en couleurs, la prophétie est vraie : un grand magicien vient les sauver du joug d’une méchante sorcière. Avec ces astuces d’illusionniste et ses tours de passe-passe désuets, Oscar Diggs est peut-plus que l’imposteur qu’il croit être…

Le premier quart d’heure du film est totalement en noir et blanc. Sam Raimi, le cinéphile s’amuse à filmer ses acteurs dans un cadre en 4 : 3, cet écran complètement carré ayant été la norme pendant les 50 premières années du cinéma. Nous y découvrons un magicien sans aucune morale, tombeur de ces dames, dont les techniques outrancières de séduction ne manqueront pas de nous amuser. Après cette première partie, pleinement réussie, il est temps pour Oscar de rejoindre, bien malgré lui, Oz et d’élargir ses horizons. C’est d’ailleurs ce que fait l’écran lui-même : l’image s’élargit peu à peu et semble ne jamais cesser de grandir. Le noir et blanc laisse la place à un déluge de couleurs et la 3D prend toute son ampleur. Oscar vient d’entrer dans un nouveau monde : celui fantastique d’Oz.

Mais au bout du « conte », il n’y bien que pour lui que ce monde est nouveau. Les forêts luxuriantes, les créatures étranges, séduisantes ou effrayantes de cet univers ne sont que des variations minimes de ce qui a déjà été fait, si bien qu’aucune des images colorées jusqu’à l’excès ne nous restera en tête après la projection du film. C’est d’autant plus dommage que cet univers aurait pu nous distraire durant une intrigue aussi molle que connue. Dénoncer le manque d’originalité de l’histoire serait vain puisqu’il s’agirait de dénoncer au passage la quasi-totalité des intrigues de blockbusters depuis le Star Wars de 1977. Si de Matrix au Seigneurs des anneaux, en passant par Transformers, il s’agissait toujours d’un « élu » que rien ne prédisposait à mener sa quête, ses vieilles ficelles narratives héritées de la littérature ne cédaient jamais car renforcées par une identité propre ou du moins une efficacité certaine. Comme l’avait fait Burton pour son Alice, Raimi fait de son décor un personnage mais un mauvais personnage.

Les personnages justement ! Seul celui de James Franco, avec tous ses défauts, attise notre sympathie. Les autres Mila Kunis, Michelle Williams et Rachel Weisz interprètent des personnages stéréotypés jusqu’à la moelle et ces dernières ne cherchent pas véritablement à donner une dimension plus grande à leur jeu mono-expressif (voir le sourire niais de Michelle Williams). Au final on s’ennuie beaucoup en regardant Oz. Le troisième acte du film, à défaut d’être épique, renoue avec ce qui nous plaisait au début du long métrage et c’est ce qui sauve un peu le film. James Franco et deux de ses comparses font preuve d’une inventivité réjouissante pour chasser les méchantes sorcières hors de leurs contrées. Les illusions et les jeux de lumière qui nous apparaissent aujourd’hui comme les plus désuets se révèlent au final puis puissant que les sors dévastateurs des sorcières. Sam Raimi signe ainsi avec cette séquence une véritable lettre d’amour au cinéma, rendant hommage, comme l’avait fait Scorsese avec son Hugo Cabret, aux premiers effets spéciaux, au cinémagique du temps de Méliès.

M.C

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