Les Amants Passagers, de Pedro Almodóvar ✭✭✭✩✩

Les Amants Passagers, de Pedro Almodóvar ✭✭✭✩✩

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Deux ans après le sombre La Piel que habito, Pedro Almodóvar revient en toute légèreté avec Les Amants Passagers pour notre plus grand plaisir. Les novices risquent d’être désemparés par tant d’humour, de couleur, de gay-té et de provocation, les adeptes leur conseilleront alors de se plonger dans les premiers films du réalisateur. Il est vrai que l’espagnol a plutôt consacré les dernières décennies à des thrillers et des drames plus ou moins sombres avec La Piel que Habito (2011), Etreintes brisées (2009), Volver (2006), La Mauvaise éducation (2004), Parle avec elle (2002) et Tout sur ma mère (1999). Avec Les Amants Passagers, il choisit de retourner à la comédie et au burlesque, genres de prédilection de ses débuts qu’il maniait si bien, fortement inspirés par la Movida et marqués par son premier long métrage Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (1980) mais aussi par Dans les ténèbres (1983), Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça? (1984) et Femmes au bord de la crise de nerfs (1987).

Dans Les Amants Passagers, comme à son habitude, Almodóvar provoque à travers des thèmes qui lui sont chers comme la drogue, l’homosexualité, le sexe et la recherche de l’identité sexuelle. Accompagnés par ses fidèles acteurs (Pénélope Cruz, Antonio Banderas, Javier Camara, Cecilia Roth, Lola Dueñas…), le cinéaste manchego monte ici un scénario en quasi huit clos dans un avion en direction de Mexico. Alors que les passagers de la classe économique ont été plongés dans les bras de Morphée par l’équipage à l’aide d’un somnifère, les passagers – hauts en couleur – de la classe affaire découvrent que l’un des trains d’atterrissage ne fonctionne pas et que l’avion tourne en rond au dessus de Tolède depuis le décollage. Panique à bord, mais heureusement des stewards gays, excentriques et dépravés, sont là pour faire oublier aux passagers leur destinée qu’ils pensent tragique. On assiste alors à une catharsis générale sur fond de musique pop, de sexe, de drogue et d’alcool.

Ceux qui critiquent le film, le prenant au premier degré et le jugeant vulgaire se mettent, à mon sens, le doigt dans l’œil. Certes, le contraste entre La Piel que Habito et Les Amants Passagers tant au niveau thématique que cinématographique est brutal. Dans cette nouvelle comédie, on est très loin du scénario parfait, extrêmement travaillé et réfléchi de son dernier thriller. Mais après un tel film, qui, selon moi, représente l’apothéose de son travail scénaristique, il est difficile de revenir sur le grand écran deux ans plus tard en évitant la critique. L’intelligence du cinéaste est d’avoir choisi ce moment précis pour faire son grand retour à la comédie avec un film simple et léger – ou lourd selon les points de vus – comme Les Amants Passagers. Il use des clichés pour nous faire rire et ça marche. On retiendra notamment la scène des trois stewards exécutant une chorégraphie sur la chanson I’m so existed : mythique !

De plus, il ne faut pas oublier que depuis ses débuts, Almodóvar aime illustrer les travers de la société espagnole, et là où il le fait le mieux c’est avec la comédie. A travers sa caméra c’est bien la société espagnole qu’il dépeint, son cinéma évolue au rythme de celle-ci. Dans Les Amants Passagers, il récidive. Ainsi – et il ne s’en cache pas – l’avion qui tourne en rond dans les airs n’est autre qu’une métaphore de l’Espagne privée de repères dans cette crise économique dont elle ne voit pas le bout. Aussi, Pedro Almodóvar ne manque pas de jeter quelques petits piques en direction de la classe dirigeante notamment lorsque sont évoqués les différents scandales visant la famille royale (Urdangarin, Juan Carlos, …).

Ce retour à la comédie et au cinéma coloré de ses débuts est empreint d’une certaine nostalgie de cette époque folle qu’était la Movida, loin de l’actuelle Espagne épuisée et souffrante. Quoi de mieux que de la représenter à l’aide de personnages colorés et explosifs car comme le disait Almodóvar « La réalité a besoin de la fiction pour être complète, pour être plus agréable, plus vivable »…

Léa Nogier

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