Les critiques de la Berlinale

Les critiques de la Berlinale

Child's Pose

Le verdict est tombé : Wong Kar-Wai et son jury ont décidé de sacrer le film roumain « Child’s pose » en lui décernant l’Ours d’Or de la 63e Berlinale.

Et oui, du 7 au 11 février, l’ACD a écumé pour vous tous les cinémas berlinois pour cette 63e édition. Nous étions présents pour la cérémonie d’ouverture avec le film de Wong Kar-Wai, président du jury pour cette édition, The Grandmaster qui sortira le 17 avril 2013, à de nombreuses projections ainsi qu’à des expositions, notamment celle dédiée à Scorcese au musée du Cinéma de Berlin.

Par ce temps neigeux, calez-vous dans votre canapé et découvrez en totale exclusivité les critiques et les impressions des ACDiens sur cette riche édition…

Le palmarès de cette 63e édition

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Le grand vainqueur de cette édition est le film du réalisateur Roumain Calin Peter Netzer, Child’s Pose, qui remporte l’Ours d’Or pour ce drame peignant la haute société roumaine et les relations entre une mère possessive et un fils immature. Le film du bosniaque Danis Tanovic, An episode in the life of an iron picker remporte le Grand prix du jury ainsi que le prix du Meilleur acteur pour le rôle de Nazif Mujic. Le prix d’interprétation féminine a été attribué à l’héroïne chilienne de Gloria, Paulina Garcia. Du côté français, en plus de l’Ours d’or d’honneur déjà annoncé pour Claude Lanzmann, Jean-Bernard Marlin repart avec le non moins prestigieux Ours d’Or du court métrage. De l’autre côté de l’Atlantique, le prix du Meilleur réalisateur a été remis à David Gordon Green et Promised Land, critiqué ci-dessous, a reçu une mention spéciale.

Les critiques

  • Promised Land, de Gus Van Sant – Mention spéciale du festival (Sortie le 17 avril 2013)

Promised Land

Gus Van Sant se lance dans l’écolo! Avec ce film engagé, le réalisateur nous propose une immersion dans les terres promises de l’Amérique profonde. Pour la troisième fois en quinze ans sous la caméra de Gus Van Sant, Matt Damon joue ici le rôle d’un représentant d’un grand groupe énergétique, chargé de racheter les terres à des habitants d’une petite ville de campagne américaine, afin d’exploiter leurs ressources énergétiques. Placé dans un contexte de crise économique, Promised Land est aussi un film engagé politiquement, qui révèle la forte vulnérabilité des américains en ces temps de récession. Après avoir fait la voix off de Inside job (2010), Matt Damon écrit ici, avec John Krasinski, un scénario sur le même registre sociétal, dénonçant ainsi les dérives d’un système économique sans limites.

Or, l’engagement idéologique et politique, aussi noble puisse-t-il sembler, ne doit pas mettre de côté la qualité purement cinématographique du film. Si l’on retrouve avec plaisir la finesse stylistique du réalisateur (jeu avec le flou de la caméra, usage de la longue focale…) et son talent pour capter la Nature (avec de nombreux plans contemplatifs et de véritables « photographies » très réussies), le film pèche ici dans la structure extrêmement classique de son récit, et dans le manque radical de relief de ses personnages. On tombe assez rapidement dans le cliché – et donc facilement dans l’ennui.

Gus Van Sant est bien plus doué lorsqu’il s’agit de saisir la jeunesse, de capter son caractère insondable, innocent. De la même manière que le réalisateur réussit si bien à capturer les lieux naturels, ces lieux protégés de l’hostilité et de la corruption des hommes (le désert dans Gerry, la forêt dans Last Days, et ici la campagne), il appréhende, avec une grande justesse, les jeunes comme des êtres fragiles, errant en-dehors d’une société, dans laquelle ils ne réussissent pas à se reconnaître (Paranoid Park, Elephant). Les adultes, sous la caméra de Van Sant, apparaissent alors bien fades et sans grand intérêt. Une nouvelle déception de la part de ce réalisateur, qui avait pourtant si bien réussi à marquer notre génération.

Marion Attia

  • I Kori (The Daughter), de Thanos Anastopoulos

The Daughter

Le Forum de la Berlinale a présenté cette année des films traitant de l’impact du déséquilibre politique sur la vie et le mental des populations. Chaque film projeté propose une vision globale de la situation actuelle et l’on voit ainsi comment le cinéma et l’art en général cherchent des solutions face à l’incompréhension. Sans vouloir apporter de réponses, Thanos Anastopoulos, réalisateur grec de I Kori (The Daughter), s’interroge sur le sort des générations futures en offrant les rôles principaux de son long métrage à une adolescente de 15 ans et à un jeune garçon de 6 ans. The Daughter raconte l’histoire d’une fille qui recherche désespérément son père subitement disparu. Lorsqu’elle comprend les raisons économiques de sa fuite, elle décide de faire un choix extrême en prenant en otage le jeune fils de l’associé de son père, responsable selon elle de ses dettes et de sa fuite. The Daughter est un film tourné sur fond de crise économique qui frappe de plein fouet la Grèce, ainsi que les autres économies. Le sujet est traité de façon subtile à travers des images d’émeutes urbaines et des mots : dette, responsabilité, dissolution. Après la diffusion du film, le réalisateur l’explique d’ailleurs lui-même : « Je ne considère pas ce film comme un film sur la crise, mais comme un film qui se déroule durant une période de crise ». Le réel problème que souhaite soulever Thanos Anastopoulos est celui de la responsabilité, celle de nos dirigeants mais aussi ici celle des pères, absents. Il se demande aussi comment les enfants, les adolescents d’aujourd’hui qui seront les adultes de demain lorsque, comme il l’espère, la crise sera finie, perçoivent cette situation? Ce sont toutes ses peurs que le réalisateur veut faire partager, il ne cherche pas de réponses, il pose simplement des questions, et des questions pleines de sens. En choisissant le genre du thriller psychologique, il réussit assez bien son pari et interroge profondément le spectateur sur sa propre responsabilité et sur l’avenir de notre monde …

 Léa Nogier

 

  • Don Jon’s Addiction écrit, réalisé et avec Joseph Gordon-Levitt

Don Jon's Addiction

Jon est un tombeur (« Why do you think they call me Don ? »), aucune fille ne lui résiste. Mais Jon a un problème («You sound like it’s heroïn ! ») : il préfère surfer sur les sites pour adultes que sur les courbes délicieuses de ses partenaires, c’est une véritable addiction ! Une vingtaine de branlettes par semaine, entrecoupées par des séances pieuses à l’église durant lesquelles le prêtre l’absous de ses péchés (10 Avé Maria et c’est reparti). Mais sa rencontre avec Scarlett Johansson (pouf au possible, mais c’est prévu) va le chambouler. Il tombe amoureux mais n’arrive pas à se débarrasser de cette vilaine habitude. Après tout pourquoi le devrait-il ? («Every guys watch porn ! »). Mais Scarlett ne veut pas de ça. Une autre rencontre, avec Julianne Moore, va apporter un peu de sentiment dans son monde charnel aussi froid qu’un hiver berlinois ! Avec cette première réalisation, Joseph Gordon Levitt nous offre une mise en scène dynamique, preuve d’un enthousiasme réel d’être affublé de la casquette de réalisateur. Pendant que les filles seront ravies d’épier un Levitt tout en muscles, les mecs reconnaitront (avec embarras ou pas) la plupart des actrices X (dévoilées intégralement et défiant ainsi la censure) qui passent à l’écran.

 M.C

 

  • Frances Ha, de Noah Baumbach (Sortie en France le 19 juin 2013)

Ce film est l’une des bonnes surprises de la Berlinale! Noah Baumbach, fidèle collaborateur de Wes Anderson, nous livre un petit film en noir et blanc, teinté de hip mais pas trop (le film se passe en partie à Brooklyn), et surtout porté par la sympathique Greta Gerwig. Le film suit avec naturel les galères de Frances Ha, un personnage attachant et toujours positif. On attend avec impatience sa sortie en France!

  • Vic et Flo ont vu un ours, de Denis Côté Prix Alfred Bauer (qui distingue l’innovation)

C’est le nouveau film du réalisateur québécois Denis Côté. Il suit le destin tragique de 2 amantes, Vic et Flo. Vic et Flo ont vu un ours est une œuvre agréable: les actrices sont superbes, la mise en scène intéressante et la tension très bien retranscrite à l’écran.

  • La Religieuse, de Guillaume Nicloux (Sortie le 20 mars 2013)

Adaptation du livre de Diderot, déjà porté à l’écran par Rivette dans les années 70 (un temps censuré), le film relate l’expérience malheureuse de Suzanne Simonin, forcée à devenir nonne. Difficile de dire que le film n’est pas réussi: les actrices sont très crédibles, l’époque bien retranscrite par les décors… Cependant, la mise en scène est très (trop) classique. Et surtout, on se demande l’intérêt d’adapter aujourd’hui cette oeuvre, qui ne fait plus scandale du tout…

Arié Chamouni

 

  • Matar extrano de Jacob Sesher Schulsinger et Nicola Pereda

Ce film aborde le thème de la révolution mexicaine sous un angle plutôt séduisant puisqu’il nous promet « une réflexion poétique ». Cependant, nos attentes furent vite déçues … Le film s’est révélé être une succession de scènes longues et répétitives montrant des acteurs désireux de témoigner de la révolution mexicaine dans un salon ou des mexicains marchant dans le désert.  Il semble que le film n’aboutisse nulle part, l’intention du réalisateur est assez floue. De plus, le jeu des acteurs ne rattrape pas la quasi-absence de scénario. Bref vous l’aurez compris, ce film, bien qu’il ai de rares chances de sortir en France, est à éviter.

Eléonore Homasson

Le Musée du cinéma de Berlin – Exposition temporaire dédiée à Scorsese

Martin Scorsese

A Postdamer Platz, non loin de la queue interminable de festivaliers s’arrachant les dernières places pour Couscous Island ou Make Hummus not war (deux films culinaires très en vogue), on découvre au musée du cinéma et de la télévision la toute première exposition consacrée à Martin Scorsese. D’entrée, son premier court-métrage The Big Shave plonge les visiteurs dans l’oeuvre magistrale du cinéaste et laisse déjà découvrir une grande maitrise.

Le reste de l’exposition est divisé en 9 thèmes (Famille, Frères, Hommes et femmes, Héros solitaires, New York, Cinéma, Photographie, Montage et Musique), chaque thème étant illustré par plusieurs extraits, et présentant les sources d’inspirations et les méthodes de travail du cinéaste. On découvre notamment l’importance de Catherine, sa mère, jouant le rôle de la « mama » italienne dans plusieurs de ces films, ou la nature de sa relation avec Robert de Niro par le biais de leur correspondance. Tous deux ont fournis de nombreuses pièces marquantes de leurs collections personelles pour illustrer cette rétrospective. On remarque par exemple la tenue de Jake La Motta dans Raging Bull, les costumes de Gangs of New York ou encore l’automate de Hugo Cabret.

Bien qu’assez courte, cette exposition très dense reflète parfaitement cette passion de Scorsese pour le cinéma et constitue un arrêt obligatoire pour tous les admirateurs du réalisateur en passage dans la capitale allemande.

Martin Scorsese. Jusqu’au 12 mai, 10 heures-18 heures. Deutsche Kinematek Museum, Potsdamer Platz. Site de l’exposition

Avran Thépault

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