Les Enfants du Paradis, de Marcel Carné – Exposition

Les Enfants du Paradis, de Marcel Carné – Exposition

24 octobre 2012 – 27 janvier 2013, La Cinémathèque française

« Comment vous appelez-vous ? –Moi, je ne m’appelle jamais. Je suis toujours là, je n’ai pas besoin de m’appeler. Mais les autres m’appellent Garance, si ça peut vous intéresser. »

Ah ! Garance…  Ce si joli « nom de fleur » restera à jamais gravé dans la mémoire du spectateur comme étant celui du personnage si somptueusement interprété par la grande Arletty dans Les Enfants du Paradis. A l’occasion d’une exposition consacrée à ce film à la Cinémathèque française du 24 octobre 2012 au 27 janvier 2013, cette petite merveille de 1945, réalisée par Marcel Carné, et restaurée par Pathé, est projetée en ce moment dans plusieurs salles de cinéma de la région parisienne, et notamment à la Filmothèque du Quartier Latin.

Comment parler d’un film aussi riche et magistral, d’un pareil chef-d’œuvre ?

Déjà, en commençant par une chose simple : courez-y. Aucune hésitation ne peut être tolérée. Que vous soyez cinéphile ou tout à fait ignorant du cinéma, ce film vous émerveillera comme rarement vous l’avez été. C’est peut-être même ce film qui vous fera – si ce n’est déjà le cas – tomber amoureux du 7e art…

Cette œuvre est « un petit acte plein de gaieté et de mélancolie. Deux êtres qui s’aiment, se perdent, se retrouvent et se perdent à nouveau », déclare l’un des personnages du film au sujet d’une pièce qu’il est en train d’écrire. Elle nous entraîne en plein cœur de Paris, dans l’ambiance festive et bohème du milieu théâtral et de la pantomime, durant les années 1830. Difficile de croire qu’un tel projet a pu être réalisé pendant l’Occupation tant l’atmosphère y est enchanteresse et merveilleuse.

La première vertu des Enfants du Paradis est de nous rappeler qu’un film est avant tout un travail d’équipe. C’est cette association parfaite du réalisateur Marcel Carné avec son scénariste -rien de moins que le poète Jacques Prévert !- ainsi qu’avec les plus grands réunis à la caméra, aux décors, à la musique, aux costumes et sans parler du jeu si brillant des acteurs – Arletty, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Maria Casarès à son tout début de carrière- qui fait sûrement toute la grandeur de l’œuvre. Présenté en deux parties et d’une durée de 3h10, le film ne présente, à aucun moment, la moindre fausse note. Tout y est parfaitement accordé : chaque dialogue est reçu comme un vers mélodieux, chaque personnage (et ils sont nombreux) nous présente un incroyable relief et un charisme unique.

 Inspirés de personnes qui ont réellement existé pendant la première moitié du XIXe siècle (le mime français Jean-Gaspard-Baptiste Deburau, le grand acteur Frédérick Lemaître, et Pierre François Lacenaire, cet illustre poète-assassin à la fois chansonnier et escroc), le spectateur est complètement transporté, enivré par toutes ces personnalités hors pair, si talentueuses et pleines d’esprit. Malgré leur pauvreté, les personnages vivent dans une sorte de microcosme de fête et de spectacle, ils nous invitent parmi cet enchevêtrement incessant de rencontres, d’amitiés, d’histoires amoureuses, mais aussi de désespoir. Il est très rare de rencontrer (hormis dans les romans de Balzac!) une élaboration si fine et riche de relations entre les personnages, d’être confronté à une incarnation si juste et talentueuse par les acteurs.

Même si la mise en scène et le jeu des acteurs sont encore largement imprégnés du théâtre, toute une recherche cinématographique peut aussi être appréciée dans le film. En effet, le tout premier plan et son long travelling surplongeant le « boulevard du crime » et sa foule ambulante témoigne d’emblée d’un certain souci du travail de la forme cinématographique. Le réalisateur est loin de ne présenter que des plans fixes et une simple mise en scène théâtralisée. Au contraire, le hors-champ est brillamment investi (pour le meurtre du comte notamment), le montage apparaît particulièrement signifiant du fait de la multitude des personnages qui rythment le film et qui ne cessent de s’entrecroiser etc. Ainsi, le travail sur le support cinématographique lui-même présente toute une richesse de sens, un rythme incroyablement vif et maîtrisé. C’est toute cette tension entre le théâtre et le cinéma, le rêve et la misère, l’amour et la mélancolie, ce « réalisme poétique » dont on le qualifie, qui constitue la force même du film. Le spectateur n’a qu’une seule envie en sortant du film (ne vous laissez surtout pas impressionner par sa durée !) : retourner le plus vite possible dans ce monde si magique.

«  Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. »

Mais il peut faire encore mieux ; il peut, à travers les nombreuses archives que propose la Cinémathèque, pénétrer dans les coulisses mêmes du film. L’histoire plutôt tumultueuse de ces deux ans de tournage, des interruptions qu’il a dû subir ou encore de son budget colossal lui sera reconstituée. Le spectateur pourra découvrir tout ce qui concerne de près ou de loin le film, à travers les nombreuses affiches, les dessins, photographies, matériels publicitaires, costumes, appareils, scénarios, correspondances, maquettes, rushes que l’exposition réussit à rassembler. Il aura le sentiment de se balader au sein même de l’environnement du film grâce à la reconstitution de l’une des façades en trompe-l’œil du décor, le Boulevard du Crime. En bref, cette exposition brillamment constituée et organisée, permettra au spectateur de prolonger cet emportement  si merveilleux que le film a pu lui transmettre.

Bon, quand est-ce qu’on y retourne ?

Marion Attia

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LES ENFANTS DU PARADIS, L’EXPOSITION
du 24 octobre 2012 au 27 janvier 2013
Lundi, Mercredi à Samedi : 12h-19h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Dimanche 10h-20h
Fermeture le mardi

La Cinémathèque française – 51 rue de Bercy 75012 Paris (Métro Bercy – Lignes 6 et 14)

Plein tarif : 10 €*
Tarif réduit : 8 €*
Moins de 18 ans : 5 €*

 

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