Les Garçons et Guillaume, à table! ✭✭✭✭✭ / ✭✭✩✩✩ de Guillaume Gallienne

Les Garçons et Guillaume, à table! ✭✭✭✭✭ / ✭✭✩✩✩ de Guillaume Gallienne

Les garçons et guillaume 2POUR:

Il est souvent difficile de s’émanciper, de s’affirmer…et surtout de se trouver. Pourtant, c’est ce qu’a fait Guillaume Gallienne  avec talent. Après avoir raconté son histoire dans un roman et au théâtre, il s’attaque à l’adaptation cinématographique.

Très médiatisé, l’enfance de cet homme, âgé désormais de 41 ans, n’a plus de secret. Petit topo pour ceux qui n’auraient pas suivi.

Sa mère l’appelle « ma chérie », le distingue de ses frères, l’entraîne dans la plupart de ses activités féminines. En clair, elle le prend pour une petite fille modèle. Plus généralement, son entourage se rend compte qu’il est un peu différent  à cause de ses manières. Petit à petit, l’étiquette de l’homosexuel le suit et ne le lâche pas. Lui-même finit par penser qu’il est une fille –attiré, donc, par les garçons. Il est marginalisé. Il est sujet aux moqueries. Dans l’univers bourgeois où  il est baigné, il n’est pas accepté…sauf qu’il y a eu malentendu. Guillaume Gallienne n’est pas homosexuel. Certes, il ne chasse pas avec son père. Il n’aime pas le rugby. Il fait des choses étranges (comme se prendre pour la princesse Sissi…). Oui, il apprécie les « tea-time », il se confond facilement et avec amusement à sa mère, il est particulièrement raffiné. Mais, si ses proches ont décidé que sa féminité était preuve d’une orientation sexuelle, il n’en est rien. Guillaume Gallienne n’est pas ce que vous croyez.

Dans ce film, il relève le défi de jouer les deux rôles les plus importants : son propre rôle, qui se décline en deux (son rôle au présent, et celui au passé) et celui de sa mère. Il est étrange, pour le spectateur, de côtoyer ces deux personnages en même temps. Il joue si bien la figure maternelle. Aussi différents que soient la mère et le fils, par leur caractère, leur sexe, leur âge, la ressemblance est frappante. Guillaume Gallienne mélange les genres, mixte les mises en scène, change de position. Il oscille entre narrateur et acteur. A la manière d’un one man show, face à un public invisible, il nous livre son histoire. Il nous raconte son vécu avec beaucoup d’émotion et de justesse. Jamais il ne tombe dans l’excès. Il ne veut pas de notre pitié. Peut-être  certains le traiteront de mégalo…ils n’auront sans doute pas compris…

Après tout, c’est vrai, pourquoi Guillaume Gallienne nous raconte-t-il sa vie ? Il l’avait déjà livré dans son roman, puis au théâtre, et voilà qu’il remet ça au cinéma.  Ce n’est pas pour se mettre en avant ni pour qu’on le plaigne. C’est plutôt une sorte de thérapie. Après avoir été mis de côté parce que trop maniéré,  avoir souffert du regard de son père et de ses frères avec qui il n’a jamais rien partagé,  avoir encaissé insultes et autres mesquineries injustes,  il semble clamer haut et fort qui il est. Il aime les femmes. ..une femme. L’habit ne fait pas le moine, comme dit le dicton. Il a eu du mal à se connaître… mais il y est parvenu. Il est facile de suivre le chemin pré-tracé par ses parents, cependant c’est le meilleur moyen d’être mal dans sa peau. Guillaume Gallienne a réussi à s’écouter et à suivre sa propre voie. Et à dire « merde ». Chapeau bas.

Sophie

CONTRE:

On aurait aimé voir Guillaume Gallienne, dans un univers moins égoïste. Son statut d’enfant rejeté d’une famille ultra-bourgeoise en quête d’information sur son orientation sexuelle ne provoque aucune empathie.

L’initiation de Guillaume est farfelue et alimentée de lieux communs, nous détachant du récit à mesure qu’elle se décredibilise. Les passages inconsistants s’enchaînent: massage anal, boîte gay-carricature, idylle avec un garçon de sa pension anglaise…

Certains moments sont agréables, quand le film s’installe dans des sketches(en train de jouer à Sisi devant son père, dansant le flamenco…), car Guillaume lâche son univers égocentré pour se lâcher dans la comédie. Mais les artifices sont trop nombreux pour qu’on les oublie, comme lorsque Guillaume adopte un timbre de voix plus viril après nous avoir expliqué être sûr de son hétérosexualité.

On préférait l’entendre lire « La Princesse De Clèves » sur France Inter.

MAEL BELHADIA

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BA Les garçons et Guillaume

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3 Comments

  • Avran 8 décembre 2013 at 22 h 40 min

    Un film nombriliste au possible, pas très drôle et fortement cliché. Il résume sa vie à quelques sketchs pas franchement marquants, et toujours excessifs. On dirait que la critique juge plus le personnage que son film.

  • Thibaut Dominican 8 décembre 2013 at 23 h 53 min

    Très bonne critique. Je partage l’avis (ayant vu le film 3 fois) … Mon seul regret porte sur les « facilités » mises en avant pas la critique de Julien Kojfer dans « le plus » du nouvel obs. Trop tranché… Peut être trop cliché. Un peu superficiel aussi.

    Cela reste néanmoins une comédie vraiment excellente, qui fait rire, même après plusieurs visionages.

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