Les Hauts de Hurlevent, de Andrea Arnold

Les Hauts de Hurlevent, de Andrea Arnold

Mr Earnshaw recueille un gamin vagabond, Heathcliff,  qui s’éprend de sa fille, Catherine. Un amour impossible.

3ème long métrage de la réalisatrice Andrea Arnold, révélée à Cannes avec le drame social Fish Tank. Elle revient ici avec une adaptation du roman d’Emily Bronté, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent pour nous autres français), film casse gueule par excellence ! D’autres s’y sont déjà essayés comme Jacques Rivette ou Luis Bunuel à la réalisation mais également Ralph Fiennes et Juliette Binoche dans les rôles-phares ; avec plus ou moins de succès… J’ai tellement vu d’adaptations basiques de roman d’époque suivant le schéma classique du « on se rencontre, on s’aime, on s’aime plus, on parle beaucoup, on se déchire » – vous pouvez mélanger les différentes phases mais ça pleure toujours à la fin ! – que j’attendais avec interrogation ce drame. J’avais peur du « déjà vu »…

Disons le tout de suite, c’est le meilleur film que j’ai vu lors de la Mostra de Venise 2011  (il y a 1 an déjà!) et j’avais été assez étonné de l’accueil mitigé qu’il lui avait été réservé par la presse internationale, à l’époque, lors du festival.

Commençons par les acteurs. Le film, découpé en 2 parties avec la fuite d’Heathcliff lorsque Catherine noue une relation avec un riche héritier, offre deux couples d’acteurs pour les rôles-titres. Solomon Glave et James Hawson jouent Heathcliff avec un mélange de brutalité et de finesse exceptionnel. Kaya Scodelario, héroîne de la série Skins « 2ème génération », souffre, elle, de la comparaison avec Shannon Beer, saisissante dans son interprétation de Cathy, pleine d’innocence et de pureté. Scodelario tombe parfois légèrement dans le pathos, surtout lors de ses querelles avec Heatcliff. Cependant si ce trio frôle la perfection, le mérite en revient tout d’abord à la vision hyper minimaliste d’Andrea Arnold : ici les acteurs font dans l’économie des mots, les dialogues sont presque bannis. Arnold préfère un regard, un geste de la main, une façon de marcher à une parole pour décrire une émotion. Bref, elle préfère l’image au mot, et c’est peut être ça le cinéma…

Par ailleurs, elle s’est complètement imprégnée de l’essence même du roman, c’est-à-dire la présence omniprésente d’une nature animale et de ses manifestations, le véritable « héros » qui symbolise l’attachement mortel et sauvage des deux protagonistes. Paysages à perte de vue pris dans des tempêtes ébourrifantes et pluies battantes, les pas colériques de Heathcliff s’enfonçant dans la terre, la vie des insectes filmée au plus près, et je suis en train de me dire que Terrence Malick est entré dans le corps d’Andrea Arnold ! Et je souhaite qu’il en ressorte le plus tard possible ! Cette modernité ajoutée à la réalisation est tout simplement jouissive et nos yeux restent accrochés à l’écran. Il ne manquait que Kate Bush au générique de fin pour clôturer ce chef d’œuvre…

Pierre-Marie Bodelec

 

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