« Les Indestructibles II » ou comment ne pas changer une équipe qui gagne !

« Les Indestructibles II » ou comment ne pas changer une équipe qui gagne !

Incroyables Indestructibles ! Après 14 ans d’attente, et malgré la précédente réussite de Toy story 3, sorti 11 ans après Toy Story 2, la réalisation de cette suite représentait un défi de taille pour Brad Bird et le studio Pixar. Force est de constater que le pari a été réussi, avec un public qui, pour les plus âgés, a vu sa patience être dignement récompensée.

Synopsis

En 2004 nous laissions notre famille de super-héros en proie au démolisseur, qui faisait son irruption au sein de la ville. C’est au sein de cette péripétie que nous les retrouvons d’entrée, in medias res, soit d’une manière analogue à celle du premier opus.

Malgré le sauvetage des citoyens des menaces portées par Syndrome, la réinsertion des héros n’était pas encore garantie. De fait, comme le disait Rick Dicker dans le film de 2004, « Ce sera aux politiciens de faire le reste ». Or, face aux dommages causés par les Indestructibles lors de leur intervention contre le démolisseur, et à l’absence de soutien des représentants politiques, la famille Parr se doit de rester dans l’anonymat, et est donc amenée à déménager de nouveau.

With great power comes great responsibility

C’est alors que le film réussit son tour de force. Suite aux bandes-annonces, on pouvait craindre que le scénario se limite à une simple inversion des rôles de Bob et Helen, avec cette dernière reprenant son costume d’Elastigirl, tandis que Bob restait au sein du foyer à s’occuper des enfants. Si Helen reprend son costume pour des raisons similaires à celles de Bob lors du premier volet (nécessité de subvenir aux besoins de la famille dans une situation où ni Bob ni Hélène n’ont de travail) et connaît les mêmes plaisirs à redevenir une superhéroïne vedette, la reprise du costume par Helen en 2018 a son lot de différences avec celle de Mr Indestructible en 2004.

Tout d’abord, Helen a beaucoup plus de recul sur son retour en tant qu’Elastigirl. Même si elle apparaît comblée de servir de nouveau la justice, elle ne demeure pas enfermée dans le mythe de sa gloire passée comme le pouvait l’être Mr Indestructible. En outre, alors que Bob Parr avait repris du service en toute confidentialité, le couple Parr a ici chacun connaissance des rôles qu’ils ont à remplir, et notamment celui de Bob en tant que père de famille.

C’est précisément le rôle de Bob et l’équilibre scénaristique trouvé avec la vie épique d’Helen pendant une partie du film, qui font de nouveau la force de cet opus. Au-delà d’un film de super-héros « qui découvrent leur côté humain plus ordinaire », Brad Bird nous livre une fois de plus un superbe film familial aux nouveaux enjeux, suivant le fil rouge qui avait été le sien en 2004 : « l’histoire d’une famille dont chaque membre apprend à équilibrer sa vie personnelle et l’amour qu’il porte aux autres ». Outre le fait d’être un super, du fait de ses pouvoirs, Mr Indestructible se découvre en tant que « su(per)père », soit un Homme en capacité de donner le maximum pour ses enfants et son couple, malgré les difficultés rencontrées. Bob Parr est ainsi amené à gérer les premières déceptions amoureuses de Violette, alors qu’il n’est pas très adroit sur le sujet, ou encore à désapprendre tout ce qu’il avait appris concernant les maths pour aider Flèche dans ses devoirs.

Ce traitement de Bob en tant que père au foyer et d’autant plus intéressant du fait des interrogations sociologiques actuelles que soulève ce statut. Bob nous confirme la difficulté de s’adapter à cette « expérience hors normes » (Merla, 2007) de père au foyer, tout en parvenant à acquérir de nouvelles compétences et un réel pouvoir d’agir au sein de la sphère domestique. Cette acquisition de nouveaux pouvoirs d’agir, assimilable au concept anglo-saxon d’empowerment, ne se limite pas à Bob, et est au contraire extrêmement bien abordé dans le cas d’Elastigirl. La thématique de l’empowerment féminin, qui, au-delà d’Helen, concerne également Violette et Evelyn Deavor, est habilement traitée puisque cet empowerment ne tombe jamais dans les travers de bien-pensance actuels qui voudraient que la femme soit supérieure à l’Homme (en réponse au machisme et misogynie bien réels et loin d’être récents, qui posent la supposée supériorité de l’homme sur la femme.).

La figure épique d’Helen et celle de super-héros au foyer de Bob viennent nous rappeler adroitement que la femme est l’égale de l’homme, et inversement. Ce film pose en effet bien l’idée qu’au sein d’un couple ou d’un groupe social, les individus sont dotés de forces qui viennent se compléter et que ces forces ne sont jamais figées indéfiniment : Tout individu est dans la capacité d’acquérir de nouveaux savoirs, et au sein du couple, les savoirs de l’époux/épouse ne valent pas mieux que ceux de sa/son conjointe/conjoint.

Ce film nous rappelle également qu’une famille ne peut pas être réduite à un simple noyau. Au  contraire, dans l’adversité, nos proches et amis en sont de véritables membres. C’est ainsi qu’Edna est amenée à aider Bob dans la gestion des nouveaux superpouvoirs de Jack-Jack ou que Frozone est une fois de plus présent pour épauler la famille Indestructible. Il n’est d’ailleurs pas anodin que celui-ci soit affectueusement nommé « Oncle Lucius » dès le premier opus et qu’Edna s’affuble du titre de « Tante Edna » dans ce film. Dans ce cadre familial, c’est précisément la gestion de Jack-Jack et de ses superpouvoirs qui constitue l’une des grandes réussites humoristiques du film, avec notamment un affrontement des plus cocasses contre un terrible mammifère !

Une suite parfaite ?

Dès lors quels défauts peut-on amputer à cette suite ? On pourrait s’interroger sur le déménagement précipité de début de film, justifié du fait que leur maison aurait été détruite. Par qui ? Leur domicile n’étant pas situé sur le champ d’intervention du démolisseur, le spectateur pourra en déduire qu’il s’agit probablement de la destruction provoquée par Syndrome en 2004. Mais dès lors, la cohérence temporelle, qui voudrait que l’arrivée du démolisseur se fasse 3 mois après la chute de Syndrome (cf didascalies du 1er film), en prend un léger coup. Enfin, la révélation de l’antagoniste principal, sans être totalement prévisible, n’en est pas pour autant surprenante. On pouvait enfin avoir quelques craintes à l’annonce du casting français. Beaucoup d’entre nous l’ont découvert en VF, et étions friands de retrouver Amanda Lear à la baguette d’Edna Mode. C’est pourquoi, il était logique pour certains de découvrir cette suite dans la langue de Molière. Il s’avère que Gérard Lanvin, après avoir fait ses preuves avec Manny dans l’Age de glace, reprend parfaitement le flambeau du regretté Marc Alfos, décédé en 2012, tandis que Louane Emera (dont on n’oublie pas l’INCROYABLE Familles béliers, ayant prouvé l’EXCELLENCE de son jeu d’actrice…) et Timothée Vom Dorp s’en sortent correctement dans les prestations de Violette et Flèche. Enfin, il est légitime de penser que le recours au très bon comic relief de Jack Jack se fait peut-être parfois au détriment du développement de certains personnages par rapport au premier opus, et notamment Flèche.

Malgré ces légers défauts et craintes, nous nous accordons à dire que ces points relevés sont on ne peut plus minimes au vu de la grande qualité du spectacle proposé par Brad Bird.

La haine de l’antagoniste vis-à-vis des super-héros n’est par exemple pas une simple reproduction de la détestation de Syndrome. Ce dernier les haïssait du fait que leurs pouvoirs participaient à la négation de l’exceptionnalité des personnes ordinaires comme lui, tandis que pour le Screenslayer, les super-héros ne font que contribuer à la dépendance des humains vis-à-vis de l’extraordinaireté. Ses motivations sont d’autant plus intéressantes du fait qu’elles s’inscrivent dans l’idée des effets néfastes et dangereux que produisent le divertissement sur les membres de notre société. Le rôle des écrans et des médias dans cette formation d’une opinion publique docile et dépendante à cet Entertainment est parfaitement mis en lumière. Il est en effet à la fois inscrit dans la réalité de « société du spectacle » (Debord, 1967) des années 1960, tout en faisant directement écho aux phénomènes d’hyperconnexion de notre siècle.

Concernant la réalisation, celle-ci est maîtrisée et encore plus aboutie que celle du premier, du fait des évolutions technologiques et techniques. Le film demeure parfaitement inscrit dans l’univers créé en 2004. Nous quittons les années 1950 pour glisser vers les sixties aux couleurs vives et musiques vintages, tout en nous proposant une palette de personnages plus vivants que jamais, un décor encore mieux animé ne dégageant aucune impression d’immobilité, et d’excellentes prises de vues (La course-poursuite en moto et celle de l’appartement, avec par moments des prises de vue caméra à la première personne, en sont de bons exemples).

Cet ensemble, alliant parfaitement la fibre old-school de Brad Bird à certaines problématiques contemporaines, prouve une nouvelle fois que le dessin animé ne se limite pas à un genre destiné aux enfants, comme le clament certains de ses détracteurs.

Bilan

On ne peut donc que remercier Brad Bird pour ce film authentique et bien pensé, qui demeure fidèle à son univers et ses principes : 1h58 d’ambiance rétro-futurise, aux thématiques bien abordées, le tout sans céder à certains procédés des blockbusters héroïques actuels. Dès lors, une fois le générique lancé, ne restez pas sur votre siège pour attendre une quelconque scène post-générique, mais demeurez-y pour réécouter le thème culte de Michael Giacchino, et ainsi vous donner l’envie de revoir le premier opus !

 

Pierre Bosson & Maxence Van Brussel

 

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