« Les Oiseaux de Passage », prophétie sanglante du narcotrafic en Colombie

« Les Oiseaux de Passage », prophétie sanglante du narcotrafic en Colombie

Alijuna , Walapuinje, Puchipu et Apüshi, ce sont les mots en wayuunaiki permettant de résumer ce film : étranger, rêves, porte-parole et famille.

Après avoir connu un succès mondial pour son dernier film (L’Etreinte du Serpent, nominé aux Oscars il y a deux ans), Ciro Guerra revient à Cannes pour ouvrir la Quinzaine des Réalisateurs avec son dernier long métrage, Les Oiseaux de Passage (Pájaros de verano). Il raconte l’essor du narcotrafic, un fléau qui hante jusqu’à nos jours l’ensemble de la société colombienne, mais dans un milieu qui nous est moins connu : celui des tribus indigènes.

Ce film n’est pourtant pas un récit purement historique. Il se base sur des faits réels et y ajoute du réalisme magique, permettant ainsi de profiter d’un certain surréalisme assez caractéristique des histoires indigènes traditionnelles. Ce qui rend parfois cette tragédie quasi psychédélique, notamment grâce aux couleurs.

Nous sommes plongés dès le début du film dans la culture Wayuu, une tribu résidant au nord de la Colombie. Nous découvrons ses coutumes et ses mœurs, avec pour élément central la place prépondérante qu’a la famille au sein de cette communauté. Ce polyptyque divisé en 5 chants illustre alors l’ascension puis la chute de ceux qui s’enrichissent grâce au narcotrafic.

Le premier chant introduit le personnage de Rapanuï , un demi-indien qui convoite la fille de la matriarche Wayuu. Pour l’épouser, il se voit obligé de réunir une dot importante. Il décide alors de faire affaire avec les gringos, déclenchant de cette façon le marché du narcotrafic. C’est une histoire de famille, d’orgueil et d’un héritage traditionnel qui perd sa place face à une modernité souillée par l’avarice.

Les Oiseaux de Passage a été codirigé par la femme et productrice de Ciro, Cristina Gallego. Le film a une cinématographie véritablement épatante et réussit à mettre en place des variations de rythmes subites,  avec des scènes de violence qui escaladent (très) rapidement, comme une belle chanson de 2h02min.

En tant que colombien j’ai apprécié ce film qui offre un regard non romanesque du narcotrafic, tout en en montrant les effets réels qui sont très néfastes. Temporellement, il précède les « Narcos » et permet de comprendre comment ces figures ont réussi à exploiter le marché créé par cette tribu. Ce film réussit surtout à montrer à quel point cette culture frappe la société colombienne même dans les régions les plus reculées, et comment l’avarice peut porter atteinte à des individus, à des noyaux familiaux et à la société dans son ensemble.

Les Oiseaux de Passage passe au Forum des Images le 2 juin 2018 (5 euros la place) donc n’hésitez pas à aller découvrir ce merveilleux voyage.

David Rivera

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