L’été ciné 2018 – Film #3 : Pierrot le fou (1965)

L’été ciné 2018 – Film #3 : Pierrot le fou (1965)

Si vous ne savez pas quoi faire en cette douce soirée d’été, voir ou revoir Pierrot le fou de Jean-Luc Godard est une belle idée pour pallier l’ennui. Jean-Paul Belmondo y incarne à merveille Ferdinand alias Pierrot le fou, un passionné de littérature s’ennuyant profondément dans le milieu bourgeois de sa femme où la publicité semble avoir abrutis les hommes et les femmes qui l’entourent. Le hasard de retrouver la fascinante Marianne (Anna Karina), une ancienne amante, va le pousser à quitter sa famille fuyant avec Marianne vers la mer, belle et calme, de la côte d’Azur. Avec des gangsters à leurs trousses, Pierrot le fou est un road-movie d’action sur la vie, la liberté, l’art et la mort brisant les codes moraux, esthétiques et politiques.

C’était un film d’aventure

Lors d’une soirée mondaine Belmondo croise le réalisateur américain Samuel Fuller qui décrit  le cinéma comme une bataille faite d’amour, de haine, de violence et de mort. En un mot l’émotion. Voilà le point de départ de ce film d’aventure où Ferdinand et Marianne sont emportés dans une cavale amoureuse délinquante vers un affranchissement totale des normes sociales qui lui vaut une interdiction aux moins de 18 ans pour anarchie morale et intellectuelle à sa sortie en 1965. L’histoire s’apparente à un film d’action et pourtant les personnages sont caractérisés par leur inaction, ils n’ont ni attaches ni objectifs et se laissent simplement porter par les événements en n’ayant plus qu’une seule chose à faire : vivre.

C’était un roman d’amour

Roman d’amour et amour du roman, le film aux dimensions littéraires est un véritable éloge du genre romanesque accentué par le découpage en chapitres et les voix off des personnages racontant leur propre histoire. La trame de l’histoire est un voyage incohérent au milieu des histoires de Rimbaud, Céline, Balzac ou Poe qui apparait pourtant claire, logique et organisée pour les personnages. Plusieurs histoires d’amour s’entremêlent, la principale étant la passion entre Ferdinand et Marianne mais on retrouve également l’amour de la poésie, de la vie, de la mer, du bleu du ciel et de la liberté.

C’était une peinture moderne

A l’image des peintres modernes qui s’affranchissent des codes esthétiques de l’art, Godard s’affranchit ici des codes esthétiques du cinéma. Il compose et maîtrise la couleur de ses scènes comme de véritables tableaux de sons et d’images où se superposent citations, peintures, noms d’auteurs et longs plans sur la mer dans un désordre esthétique et harmonieux. On peut remarquer diverses inspirations picturales que ce soit dans la composition quadrillée aux couleurs primaires de certaines scènes tel un tableau de Mondrian, dans les tableaux au mur de Picasso qui se reflètent dans la destruction cubiste des corps inertes ou encore avec la scène où Belmondo se peint le visage en bleu rappelant les anthropométries de l’époque bleue d’Yves Klein. A la manière de ces peintres, il révolutionne le cinéma comme ils ont révolutionné la peinture, tout en gardant une inspiration des maîtres du passé à travers des références à Vélasquez, Renoir ou Van Gogh.

C’était une comédie musicale

L’ironie de Godard se retrouve également dans plusieurs scènes de dialogues comiques et absurdes. On rit. Et parfois, de manière impromptue, Anna Karina se met spontanément à chanter les paroles de Serge Rezvani qui donne des airs de comédie musicale envoutante au film.

En parlant de musique, même si pour Ferdinand c’est « la littérature avant la musique », on peut souligner que l’utilisation des partitions d’Antoine Duhamel magnifie l’image.

Cet éloge de l’art se fait sur fond de satire politique chère à Godard, il y dénonce l’absurdité de la guerre du Vietnam et la bêtise des Américains obsédés par les armes. Il rappelle également de manière détachée la situation au Liban, Congo, Angola ou encore Yémen. Son engagement politique est cependant controversé puisqu’il pose la question du traitement de sujets graves de manière désinvolte s’apparentant à une forme de désengagement.

« Il fait beau dans les rêves, les mots, la mort mon amour. Il fait beau dans la vie. »

Je vous laisse donc apprécier la beauté de ce film emblématique de la Nouvelle Vague française jusqu’à l’explosion finale dans l’éternité de l’été.

Laura Balaven

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