L’été ciné 2018 – Film #5 : Before Sunrise (1995)

L’été ciné 2018 – Film #5 : Before Sunrise (1995)

Céline, une étudiante française et Jesse, un américain, font connaissance à bord d’un train qui les amènera à passer une nuit ensemble à Vienne en Autriche. Voila le synopsis très simple de ce beau film qu’est Before Sunrise (1995) de Richard Linklater. On pourrait s’attendre à de gros rebondissements, un peu d’action, un retournement de situation à la fin pour pimenter l’histoire ? mais non, ce n’est pas vraiment le but de ce film. Le spectateur se retrouve en immersion complète dans cette relation qui se crée entre ces deux personnages. A ce stade de l’histoire, une question ressort : qu’est-ce que deux inconnus vont bien pouvoir se raconter pendant une nuit entière ? L’interrogation semble légitime et pourtant, nous sommes rapidement invités à entrer dans leur histoire basée sur de longues discussions très profondes sur la mort, l’amour, les relations humaines et anecdotes assez précises sur leur vie… sans une once de jugement entre eux, ce qui leur confère une confiance grandissante pour se découvrir.

L’histoire est filmée de sorte que nous nous concentrons réellement sur Jesse et Céline, ce sont, tout d’abord, les deux seuls personnages, les personnages secondaires ne sont alors que des prétextes pour cerner encore mieux les deux protagonistes, les longs plans séquences de leur dialogue donnent une impression très naturelle de leur discussion offrant au spectateur la sensation de regarder un documentaire sur leur vie sans jamais les quitter des yeux. Ce procédé nous conduit à vivre de façon très réaliste leur complicité naissante ce à quoi s’ajoute la quasi absence de musique donnant à Jesse et Céline le monopole de la parole.

Ethan Hawke et Julie Delpy apparaissent dès lors comme l’un des plus beaux couples du cinéma des années 90, leur osmose se ressent tout au long du film, leurs regards et leur timidité mêlés d’envie traduisent à merveille le début d’une relation.

Finalement, pendant ces 1h40, nous sommes embarqués dans une histoire d’amour de façon à la fois intrusive et étonnement agréable (cf la dernière photo). Après le générique de fin, parler avec un inconnu dans le métro paraîtra beaucoup plus charmant, mais surtout le réalisateur laisse le spectateur dans l’attente d’une suite à cette belle nuit ! C’est ce que nous offre Richard Linklater dans deux autres volets sortis à 9 ans d’intervalle. Un procédé que Linklater utilisera également en 2014 pour le film Boyhood, réalisé en 12ans qui donne un aspect tout aussi réaliste à l’histoire et aux personnages qui évoluent, Ethan Hawke est encore de la partie pour notre plus grand plaisir.

Si la trilogie Before est un peu différente, on observe tout de même les acteurs mûrir avec leur personnage, et l’insouciance du premier volet disparaît progressivement laissant place à une réalité moins idyllique de la vie d’adulte… La nécessité d’en faire une trilogie peut être discutée, et pourtant chaque film nous apporte une facette différente de leur histoire, Linklater dépeint le portrait sur le long terme de deux personnes auxquelles chacun peut aisément s’identifier. Ces différents procédés font de ce film une comédie romantique inédite, différente. Les personnages et leur histoire sont loin du traitement parfois superficiel et cliché que l’on retrouve généralement dans les comédies romantiques (particulièrement américaines), ce qui en fait définitivement un grand film et une grande trilogie.

Jesse, Céline et moi

 

Kenza IKBAL

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