L’été ciné 2018 – Film #6 : Le Grand Bleu (1988)

L’été ciné 2018 – Film #6 : Le Grand Bleu (1988)

Regarder Le Grand Bleu, film incontournable du cinéma français réalisé par Luc Besson il y a 30 ans, c’est d’abord avoir du temps devant soi (2h48 quand-même). Mais il faut aussi prendre son temps. Prendre son temps pour voir au-delà de l’histoire, basée sur la vie de Jacques Mayol, célèbre apnéiste de son époque, que le réalisateur romance assez librement.

La lenteur et le charme contemplatif de ce film collent à merveille avec la chaleur estivale et la légèreté des vacances. Mais c’est surtout pour l’omniprésence de cette grande surface bleutée appelée « mer » que ce film est un compagnon idéal en cette douce période.

Certes, on suit la vie de Jacques qui entretient avec Enzo une amitié qui pourrait être qualifiée de malsaine : les deux hommes sont rivaux dans le domaine de la plongée libre et s’affrontent régulièrement lors de compétitions pour savoir qui des deux sera le meilleur et ira le plus profond. Certes, Jacques vit avec la belle Johanna une histoire d’amour qui, du fait de la passion que le plongeur a pour l’océan et ses dauphins, est loin d’être paisible.

Mais loin du tumulte de ces agissements humains, Luc Besson aborde un sujet très prisé des écrivains et des poètes, à savoir la relation qui lie l’homme et la mer. Le dernier vers du poème « L’homme et la mer » de Baudelaire, « Ô lutteurs éternels, ô frères implacables ! » exprime, à mon sens, assez bien ce que j’ai ressenti lorsque j’ai regardé ce film. C’est-à-dire que je le conçois comme une ode à ce gouffre qui fascine, impressionne, terrifie, passionne, émerveille, inspire et aspire tant d’hommes.

Si d’ailleurs la relation de Johanna et Jacques n’est pas apaisée, c’est parce qu’elle est peut-être le reflet de l’opposition entre la terre ferme et les eaux profondes. Johanna est une femme bien ancrée sur terre et qui a des projets de vie on ne peut plus terrestres, tandis que Jacques échappe à ces considérations-là et se déplace plus aisément dans l’eau au milieu de sa « famille » composée de dauphins que sur terre.

Ainsi, si le film réunit deux éléments, la mer et le soleil, qui riment avec vacances, il n’en garde pas moins l’accent du drame. Envouté et guidé par la musique exceptionnelle d’Éric Serra, le compositeur fétiche de Besson, le spectateur ne peut que pressentir un dénouement qui ne sera pas des plus roses.

Le Grand Bleu est parsemé de dialogues courts et exacts, Jacques y décrit la sensation de plonger ainsi : « C’est comme si je glissais sans tomber. ».

La suite est malheureusement plus cruelle : « Le plus dur, c’est une fois en bas. […] Il faut une bonne raison pour remonter. J’ai des fois du mal à en trouver une. »

 

Emmeline Ruellan

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