L’ÉTÉ CINÉ – Film #7 : La Grande Bellezza (2013)

L’ÉTÉ CINÉ – Film #7 : La Grande Bellezza (2013)

La Grande Belleza ou survivre à l’écrasante beauté de l’été

 

Dans ce film transpirant de beauté Paolo Sorrentino nous invite à suivre Jep Gambardella, écrivain en quête de son inspiration passée, dans son été de mondain romain. Acclamé par la critique comme par les cinéphiles -le film a reçu l’Oscar du Meilleur Film Etranger en 2013- et porté par Toni Servilio, ce film sur les Affres de la Création réussit à rire des enterrements, s’émerveiller de Rome et s’interroger sur l’Art avec brio.

 

Cinéaste italien remarquable et remarqué (sélectionné à Cannes dès son deuxième film, il tourne son 5e avec Sean Penn), Paolo Sorrentino nous livre un film qui constitue, à mes yeux, le sommet de son talent. Renouant avec Toni Servilio avec qui il avait été remarqué dans Les Conséquences de l’Amour, et remettant le couvert avec un personnage âgé, pris dans la routine et séduit fugacement par une jeune beauté, Paolo Sorrentino nous offre un tableau de maître.

 

Il émane en effet de la Grande Belleza une double maîtrise : de la mise en scène cinématographique et de la mise en scène mondaine, les personnages se placent selon leurs codes et le réalisateur nous offre des vues de ces personnages se mettant en scène. Son style, plein de plans séquences agiles et de zooms prolongés permet en effet de fixer l’attention du spectateur sur un mondain parmi ses pairs tout en gardant des vues d’ensembles des évènements.

Mais si le film est un portrait au vitriol de la mondanité romaine il n’en reste pas moins un film parlant de l’obsession d’un écrivain pris d’un sévère syndrome de Stendhal qui essaye de retrouver ses racines et les rares souvenirs lui restant de sa première fiancée. Un film dont le personnage principal attache par le désespoir qu’il tente de cacher sous un cynisme apparemment décomplexé. Toni Servilio (Les Conséquences de l’Amour, Viva la Liberta !, Youth…) démontre de façon grandiose ses talents d’acteur en étant capable, en l’espace d’un instant de nous émerveiller, de nous faire rire ou bien pleurer et de nous faire oublier la longue durée du film. En effet si celui-ci ne dure que 2h 21min, il est d’une durée, au sens bergsonien du terme, bien plus longue tant les plans sont travaillés méticuleusement afin de rendre affreusement réel le film.

Il n’est pas facile de plonger dans l’océan de subtilités qu’est la Grande Belleza, en effet l’introduction, s’il est l’un des meilleurs incipit de film de la décennie, n’en demeure pas moins de 12 minutes et l’on ne découvre pas le visage de Jep [le « personnage principal »] avant la dixième minute. Si Paolo Sorrentino fait durer le film c’est pour laisser le temps au véritable protagoniste du film, Rome en été, d’éblouir Jep et le spectateur à travers des scènes courantes ou inconnues du commun des mortels dans les plus beaux monuments de la Ville Eternelle.

 

Ce film n’en reste pas moins un incontournable de la filmographie de Sorrentino et on ne peut espérer comprendre sa façon de filmer Jude Law marcher dans les couloirs du Vatican dans  The Young Pope si l’on n’a pas vu Jep Gambardella déambuler dans les rues de Rome au petit matin. Alors que vous soyez néophyte, esthète ou cinéphile précipitez-vous sur ce film qui prend son temps et qui saura vous toucher par son humour, ses pensées ou sa beauté.

 

Prenez un Martini, allumez votre rétroprojecteur, grillez en une et installez-vous dans le hamac de votre terrasse avec vue sur le Colisée et profitez de ce film sait faire voyager or :

« Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est complètement imaginaire. Voilà sa force » Céline.

Si jamais le film vous déplaît, dîtes vous que cela « n’était qu’un truc [au sens de tour de passe passe]», et c’est la seule chose qu’on puisse lui reprocher.

 

Pablo De Santiago Ravello

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