« L’homme qui tua Don Quichotte » : la critique qui tua Terry Gilliam

« L’homme qui tua Don Quichotte » : la critique qui tua Terry Gilliam

Terry Gilliam est Don Quichotte. Il s’est battu durant 25 ans pour porter à l’écran l’œuvre de Cervantes : la première adaptation des années 2000 est malheureusement interrompue par le retrait de Jean Rochefort (dans le rôle de Don Quichotte), et la version finale a bien failli ne pas voir le jour à cause du producteur Paulo Branco. Pour comble d’infortune, Gilliam est victime d’un AVC avant le Festival et aurait bien pu ne pas concrétiser son projet…

Et maintenant, après 25 ans de besogne et de foire d’empoigne, Gilliam réalise son rêve. L’homme qui tua Don Quichotte a l’honneur d’être présenté hors compétition au festival de Cannes et de clôturer celui-ci. Alors, fantasme ou réalité ?

Terry Gilliam sur le tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte »

L’histoire est celle de Toby (Adam Driver), un réalisateur de pub qui revient sur le lieu de tournage de son film d’étudiant, une adaptation du Don Quichotte de Cervantes. Très vite, Toby est rattrapé par son passé et se confronte aux vestiges de son projet : le vieil acteur de Don Quichotte (Jonathan Pryce) est toujours possédé par son rôle et l’entraine dans une folle aventure de plus en plus surréaliste.

A travers le mythe qu’a entretenu ce projet, le film ne pouvait qu’être une référence aux multiples péripéties qu’a traversées Gilliam. Le réalisateur donne l’impression qu’il cherche davantage à adapter sa propre histoire que celle de Cervantes. Le film est par ailleurs très long (2h12) et laisse vite place à l’ennui. Pour cause, le schéma de narration est très classique (situation initiale, éléments perturbateurs, situation finale) et forme un cycle de péripéties délirantes et très prévisibles, mais dont l’enchevêtrement se révèle étouffant et assommant.

Malgré les références à sa période Monty Python, on taira l’humour grotesque qui rend le film d’une lourdeur irritante. Même le casting peine à sauver le film : Adam Driver semble ne pas être convaincu du rôle de Toby, ce qui peut se comprendre. Jonathan Pryce, quant à lui pas très attachant, nous fait regretter Jean Rochefort, le seul et unique Don Quichotte qui aurait valu le détour. Ainsi, le film est sans cesse en concurrence avec la légende de sa fabrication, et la même impression inévitable est ressentie par le spectateur : cette tentative est de trop et entache le mythe.

Le film reste néanmoins très sincère et en devient touchant. Tout d’abord à travers les nombreux clins-d’œil à la laborieuse réalisation du film, mais aussi les références à la filmographie de Gilliam. A cela s’ajoute une mise en scène fantasmagorique et hallucinante : Gilliam assimile sa folie artistique à celle de Don Quichotte, ce qui alimente le parallèle bien connu entre lui et son personnage.

Touchant oui, mais l’imaginaire de Gilliam prend un coup de vieux jusqu’à en perdre son charme, et les effets spéciaux ratés finissent par le rendre insoutenable. Finalement, il ne reste pas grand-chose à retenir du film et c’est tant mieux , car il n’aurait jamais dû quitter notre imaginaire. La légende se suffisait à elle-même. Pour les plus téméraires, le film est toujours en salle mais n’y restera pas longtemps… Le fantasme de Gilliam se termine et un festival prend fin, on espère les retrouver tous deux dans une meilleure forme !

Sebastien Charmettant

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