L’Odyssée De Pi, de Ang Lee

L’Odyssée De Pi, de Ang Lee

Life of Pi signe le retour du renommé Ang Lee derrière la caméra. L’adaptation du livre écrit par Yann Martel en 2001 s’ajoute à la liste des grands films du réalisateur, aux côté de Brokeback Moutain, Lust, Caution ou encore le culte Tigre et Dragon. On retrouve dans Life of Pi tout l’aspect majestueux du dernier, où la photographie sublime une odyssée extraordinaire et épique. Le film est une réussite et confirme que le cinéaste est capable de magistralement combine beauté scénique et propos touchant.

Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun au cours de laquelle Pi devra développer son ingéniosité et faire preuve d’un courage insoupçonné pour survivre à cette aventure incroyable.

Ayant lu le livre il y a quelques moi de cela, j’allais voir le film plein d’appréhension suite au visionnage de la bande annonce qui ne me semblait absolument pas en capter l’ambiance. Heureusement pour moi, celle-ci s’est avérée trompeuse et totalement non représentative du film (un phénomène assez courant dans le cinéma américain aujourd’hui, on se souvient de la femme ayant intenté un procès aux distributeurs de Drive car la bande annonce était piégeuse). En réalité, le film retranscrit très bien le bouquin, et parfois même ce qui pouvait en faire les défauts.

En effet, l’histoire magnifique de Pi et Richard Parker donne le ton dès le début : il s’agit de parler du divin et du sens de la vie. L’ambition paraît grande pour un film de 2h, et en surface les idées véhiculées ne vont globalement pas plus loin que les réflexions philosophiques d’un book club du dimanche après-midi. Mais la profondeur du film ne s’arrête pas aux propos tenus par ses personnages. Ang Lee confirme son talent incroyable pour raconter des histoires et leur donner une certaine résonnance. La beauté des images créée une véritable poésie qu’articule un excellent sens de la mise en scène (les passages de tempête et le naufrage sont extrêmement intenses). Réaliser quelque chose d’aussi beau en ayant comme base « un garçon perdu en mer », c’est un exploit plutôt impressionnant, et cela rend très bien. La 3D est d’ailleurs utilisée à son plein potentiel dans le film, elle donne vie aux images plutôt que servir de banal outil d’immersion.

On peut éventuellement reprocher au film sa faible intensité psychologique. L’isolement en pleine mer d’un jeune garçon en compagnie d’un tigre offrait pourtant une matière pleine de potentielle, et au final le désarroi de Pi semble faiblement retranscrit. Mais le film fait le choix de s’attarder sur autre chose. Il raconte cette histoire comme un conte (d’ailleurs la narration se base sur une mise en abyme, Pi adulte raconte son odyssée à un écrivain), et se focalise sur la relation qui se développe entre Pi et Richard Parker.

Au final, Life of Pi s’affirme comme l’un des grands films du réalisateur, égalant presque Tigre et Dragon par sa beauté scénique. Même si le fond philosophique ne vaut pas vraiment Nietzsche, il ne le prétend pas non plus, et l’humilité véhiculée par le film est apaisante et remarquable. Le film invite le spectateur à s’interroger en le confrontant à une belle histoire, au même titre qu’un mythe. C’est peut-être ça, finalement, la religion cinéphile.

Adrien Palliez 
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